Ne pas en faire trop

Ne pas en faire trop
L’apprentissage est vraiment plus efficace quand il est fait dans le plaisir. Si cette règle est vraie pour les adultes, elle l’est encore plus pour votre enfant.

Les parents le constatent d’eux-mêmes : l’apprentissage est vraiment plus efficace quand il est fait dans le plaisir. Si cette règle est vraie pour les adultes, elle l’est encore plus pour votre enfant. « Pour que l’apprentissage motive et qu’il reste davantage en mémoire, il faut que le cœur embarque », explique Nicole Malenfant, enseignante en Techniques d’éducation à l’enfance au Collège Édouard-Montpetit.

Linda S. Pagani, professeure et chercheuse en psychoéducation, insiste aussi sur la nécessité d’apprendre dans le plaisir.

« On n’a qu’à se laisser guider par les initiatives et les jeux des enfants. À certains moments, ces derniers souhaitent naturellement apprendre. Les opportunités se présentent d’elles-mêmes. On peut alors y glisser un apprentissage », explique-t-elle.

La 5e année du cerveau : une petite révolution

Entre l’âge de 4 et 5 ans, le cerveau de l’enfant vit une importante transition, explique la chercheuse Linda S. Pagani. À 4 ans, le lobe frontal (qui organise le comportement et l’attention) connaît une forte poussée de croissance, puis entre 4 et 6 ans, l’enfant consolide ses nouvelles compétences. « L’été précédant l’entrée à l’école, on remarque souvent que l’enfant a une grande soif d’apprendre et on ne le reconnaît plus! », remarque-t-elle.

Les dangers de la performance

Bien sûr, il est tentant d’apprendre systématiquement à votre enfant les couleurs, avec son jeu de blocs, ou les lettres, lorsque vous lisez votre journal. Mais vous aurez avantage à vous interroger sur vos motivations. Est-ce que votre enfant le réclame vraiment ou est-ce que vous le lui imposez?

« Certains enfants aiment être poussés, mais ce n’est pas la majorité. Des parents ont tendance à transférer sur leurs enfants la pression qu’ils vivent eux-mêmes au travail », affirme Nathalie Fréchette, professeure en psychologie au Collège Édouard-Montpetit.

Selon elle, cette tendance ne tient pas compte des vrais besoins de l’enfant. « On confond besoin de stimulation et performance. Cela part d’une bonne intention, car on connaît de plus en plus de choses sur le développement de l’enfant. Oui, il faut profiter des 5 premières années pour mettre les choses en place, mais, entre apprendre à tenir un crayon et savoir écrire toutes les lettres, il y a un grand pas! », explique-t-elle.

Lorsqu’un enfant a été trop poussé, les conséquences ne tardent pas à se faire sentir. Elles peuvent se manifester dès la 1re année ou à l’adolescence, peuvent être subtiles ou très apparentes. « Certains enfants sont de plus en plus stressés, très petits. Ils le manifestent en étant plus agités, en se plaignant de maux de tête ou de maux de ventre. » Ensuite, à l’école, ils risquent tout simplement de décrocher. « Quand on arrive à l’école trop prêt, c’est ennuyeux. Et quand on s’ennuie, on se désintéresse et on désorganise tout le groupe », poursuit Nathalie Fréchette.

A, B, C… C’est bien assez!
Avant la fin de la maternelle, on n’attend pas des enfants qu’ils connaissent toutes les lettres. Le « Programme de formation de l’école québécoise », outil de travail des professeurs, fixe simplement pour objectif qu’ils « reconnaissent quelques lettres ». Alors, rien ne presse! Vous pouvez consulter ce programme sur le site du ministère de l’Éducation.
Pour sa part, Nicole Malenfant met les parents en garde contre leurs attentes démesurées envers les futurs professeurs. « L’enseignante ne pourra pas s’occuper de 18 enfants individuellement de la même façon qu’en garderie ni considérer les demandes particulières de chacun des parents », rappelle-t-elle.

Naitre et grandir.com


Source :
magazine Naître et grandir, septembre 2011 et novembre 2013
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir

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