Dossier

Besoin d'affection!

Un câlin, un bec sur la joue, un sourire, un regard doux… Recevoir de l’affection, c’est essentiel pour votre enfant. En plus de le réconforter, cela favorise la formation de son cerveau et l’aide à apprendre.

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Vive les câlins!

Lorsqu’il reçoit de l’affection, votre enfant se sent aimé. Être câliné, consolé, bercé et écouté lui permet aussi d’être bien, de se sentir rassuré et de s’ouvrir au monde.

Par Julie Leduc

Lorsqu’il reçoit de l’affection, votre enfant se sent aimé. Être câliné, consolé, bercé et écouté lui permet aussi d’être bien, de se sentir rassuré et de s’ouvrir au monde.

Un enfant a besoin de recevoir de l’affection pour bien se développer. Quand il est bébé, l’enfant dépend complètement de ses parents. L’affection passe alors beaucoup par les soins. « Être sensible aux besoins de son bébé, répondre rapidement à ses pleurs, le nourrir avec chaleur, s’assurer que sa couche est sèche, ce sont des marques d’affection qui aident à créer un bon lien d’attachement entre l’enfant et ses parents », explique Isabelle Bourgault, neuropsychologue.

Quand votre enfant reçoit de l’affection, il comprend qu’il est aimé et qu’il a une valeur. Il se sent en sécurité et cela développe aussi son estime de soi. Et c’est justement ce dont votre enfant a besoin pour explorer ce qui l’entoure et apprendre des choses.

C’est bon pour le cerveau

Pour bien se développer, le cerveau a besoin de stimulations. Ainsi, quand vous regardez votre bébé, que vous le caressez et que vous lui parlez doucement, vous lui montrez votre amour, mais vous favorisez aussi la formation de son cerveau. Par exemple, la région associée à la mémoire, à l’apprentissage et au contrôle des émotions se développe mieux chez un enfant qui reçoit beaucoup d’affection.

« Il y aurait même plus de liens qui se créent entre les neurones d’un enfant qui reçoit beaucoup d’affection », indique George Tarabulsy, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval et directeur scientifique du centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Lorsque vous lui donnez de l’affection, votre enfant se sent valorisé.

Les gestes d’affection, d’amour et de réconfort aident aussi les tout-petits à apprendre à gérer leurs émotions. « Ils peuvent ainsi être plus attentifs à tout ce qui les entoure », ajoute-t-il.

Les câlins et les bisous envoient aussi des messages de bien-être au cerveau. « Ainsi, lorsque l’enfant est cajolé, réconforté et dorloté, il se sent bien. Il est apaisé et rassuré. Il est moins stressé et moins anxieux. Tout cela le rend prêt à faire des apprentissages », mentionne la neuropsychologue Isabelle Bourgault.

Comportement et confiance en soi

Les gestes affectueux ont aussi un effet positif sur le comportement de l’enfant. « Quand un tout-petit se sent aimé, compris et qu’il a confiance en ses parents, il a tendance à mieux collaborer avec eux », explique George Tarabulsy. Il a ainsi plus de facilité à suivre les consignes.

Un enfant qui obtient de l’aide quand il en a besoin et qui reçoit beaucoup d’amour développe aussi une bonne confiance en lui. « Cela favorise son autonomie et sa capacité à faire confiance aux autres, dit Isabelle Bourgault. Il est capable d’avoir de bonnes relations avec les autres et d’aller chercher de l’aide auprès d’autres personnes que vous. »

Des besoins différents selon l’âge

 Un enfant a toujours besoin d’amour et d’affection. Certains besoins se font toutefois sentir plus que d’autres à différentes étapes de son développement.

De 0 à 1 an : À cet âge, l’affection passe beaucoup dans les soins au bébé. « Ce qui compte, c’est de répondre aux pleurs et aux besoins de votre bébé, de stimuler ses sens, dit Isabelle Bourgault. Par exemple : regarder votre enfant et lui parler quand vous changez sa couche. Le toucher, le prendre, le bercer, le porter et être proche de lui pour qu’il sente votre odeur : tout cela aide à développer son sentiment de sécurité et à créer le lien d’attachement. »

1 an à 2 ans : L’enfant développe sa confiance en lui, il explore et il tente de nouvelles expériences. Il devient plus autonome, mais il a encore un grand besoin d’être rassuré. Les routines, par exemple, lui apportent un sentiment de sécurité et de confiance. En plus, ces moments vous donnent des occasions de montrer votre affection à votre tout-petit. Par exemple, vous pouvez enrouler votre enfant dans sa serviette à la sortie du bain pour lui faire un gros câlin, le bercer ou lui chanter une chanson avant de le coucher.

2 ans à 3 ans : C’est l’âge où l’enfant a besoin de s’affirmer et de faire des choses par lui-même. Comme il n’est pas toujours capable de faire ce qu’il veut et de gérer ses émotions, il vit beaucoup de frustrations. Cela l’amène à faire des colères. Il est très important de continuer à donner de l’affection à votre enfant, même quand il fait une crise. Vous pouvez rester près de lui pour qu’il ne se fasse pas mal et le serrer contre vous pour le réconforter quand la crise est finie. Aidez-le ensuite à mettre des mots sur ce qui s’est passé. Petit à petit, il apprendra à accepter les frustrations et à exprimer sa peine ou sa colère autrement.

3 ans à 5 ans : L’enfant a encore besoin de câlins, mais il affirme son indépendance et apprécie de plus en plus la présence des autres enfants. Bien sûr, vous pouvez continuer à le cajoler et à le bercer, mais il faut aussi respecter ses limites et ne pas le forcer à donner ou à recevoir des becs ou des câlins, mentionne George Tarabulsy, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval. « Il ne faut pas s’inquiéter, car l’enfant vient de lui-même se coller quand il en a besoin. » Vous pouvez quand même montrer votre affection autrement (ex. : jouer avec lui, l’encourager, lui dire que vous l’aimez et que vous êtes fier de lui). Le border et prendre un moment pour l’écouter et parler avec lui dans son lit chaque soir peut aussi être une belle façon de lui montrer que vous vous intéressez à lui.

Quand on n’est pas très affectueux…

Faire des câlins, des caresses ou des bisous est assez naturel avec un bébé. Il arrive toutefois que certains parents deviennent moins « colleux » quand leur enfant grandit. Les gens qui n’ont pas reçu beaucoup d’affection dans leur enfance peuvent aussi avoir du mal à en donner.

Le parent qui n’est pas à l’aise avec les câlins et les bisous peut très bien montrer son amour autrement, pense le professeur George Tarabulsy. « Être disponible pour son enfant, jouer avec lui, lui raconter une histoire, lui parler et lui poser des questions sont de belles marques d’affection », dit-il.

Si l’enfant ne se sent pas bien, s’il pleure ou s’il a mal, le contact physique et les câlins sont importants pour le réconforter. Il faut savoir qu’« une réaction positive se produit quand on prend un enfant dans nos bras et qu’on le serre contre nous : ça lui fait du bien, note George Tarabulsy. Les contacts physiques aident au contrôle des émotions et les enfants en ont besoin. » La neuropsychologue Isabelle Bourgault ajoute : « Si votre tout-petit vous tend les bras, il faut le prendre. Il est important d’être sensible à son besoin de recevoir des câlins pour ne pas lui faire vivre de rejet. »

 

Mille façons de donner de l'affection!

Il existe plein de manières de montrer de l’amour à un enfant. Dix parents racontent comment ils s’y prennent pour exprimer leur affection à leur tout-petit.
Il existe plein de manières de montrer de l’amour à un enfant. Dix parents racontent comment ils s’y prennent pour exprimer leur affection à leur tout-petit.

« Mon moment coup de coeur, c’est le matin, quand Ariel vient nous rejoindre dans notre lit. Le week-end, toute la famille reste collée ensemble un bon moment! Parfois, Ariel apporte un livre ou une poupée pour jouer. Mon conjoint et moi avons aussi une tradition le soir avant le dodo. Nous collons notre doigt sur le sien, comme si nous étions connectés, et nous lui disons : “Bonne nuit, je t’aime!” »

Marie-Soleil Pelletier, maman de Rosalie (4 mois) et Ariel (2 ans)

 « Le matin, pour encourager Chloé à manger son déjeuner et pour la faire rire, je lui fais un bonhomme sourire avec ses fruits. Avant de l’habiller pour la garderie, elle vient s’asseoir sur moi et on se colle pour écouter une petite émission de télé. Elle est un peu endormie et contente d’être avec moi. C’est notre beau moment! »

Frédéric Hamelin, papa de Chloé (2 ans)

« J’ai souvent ma petite Ophélie dans les bras et je l’allaite, comme j’ai allaité mes garçons. Pour moi, c’est un geste d’affection. Avec mes garçons, nous avons notre petit moment le soir. Je fais à chacun un petit massage dans le dos pour les aider à se détendre avant le dodo. »

Nathalie Bergeron, maman d’Ophélie, (5 mois), Alek (5 ans) et Lukas (7 ans)

 « Quand je vais chercher ma grande à la garderie, peu importe le brouhaha, je prends un temps d’arrêt pour la regarder dans les yeux et lui faire un gros câlin. Ça vaut des millions! Avec ma plus petite, l’affection passe beaucoup par l’allaitement. Quand elle s’endort au sein le soir, quel bonheur! »

Julie Racine, maman d’Emma (1 an) et Ellie (2 ½ ans)

« Je sens que je donne de l’affection à mes enfants quand je passe du temps avec eux. J’ai rénové une petite table pour installer le jeu de train de mon garçon. On y joue souvent ensemble et mon fils est tout content. Avec ma fille, on fait surtout du bricolage. Et chaque soir avant le dodo, je leur dis pourquoi je les aime. »

Isabelle Désormeaux, maman de Nicolas (2 ans) et Rose (5 ans)

 « Mon petit bonhomme vient me rejoindre dans mon lit le matin. C’est notre moment tendre où je le colle et je lui donne des becs. Et là, il a plein d’affaires à me raconter. Je ne sais pas s’il s’agit de ses rêves, mais je l’écoute. Il y a toujours des camions et des autos dans ses histoires. Il me parle aussi de ses amis, de sa cousine et de sa mamie. »

Annie Bélanger, maman d’Émile (2 ans)

« J’aime jouer avec mon garçon. Le soir après le bain, on va sur notre lit et on fait des rounds de lutte! Je fais tomber Jayden à la renverse. Quand il essaie de se lever, je le pousse, je l’empêche de marcher, je le fais rouler sur le lit, je le prends par les pieds et je mets sa tête à l’envers. Et là, il rit comme un fou! »

Maxime Pearson, papa de Jayden (2 ½ ans)

 « Le samedi, je participe à des activités dans un gymnase. Il n’y a que des papas qui jouent avec leurs enfants. J’ai commencé à y aller avec mes filles quand elles avaient 1 an et 4 ans. C’est sûr que cela a renforcé notre lien d’affection. On continue d’y aller tous ensemble avec Émilien. C’est un moment consacré au jeu, au plaisir et au bonheur d’être ensemble. C’est une façon de leur montrer que je les aime. »

Jean-Philippe Pleau, papa d’Émilien (15 mois), Arielle (7 ans) et Juliette (9 ans)
Lorsque vous lui donnez de l’affection, votre enfant se sent valorisé.

« Je mets mon nez dans le dos de ma petite Anna et je fais semblant d’être un chien qui la renifle. Elle rit tellement qu’elle a de la misère à respirer! J’ai aussi de beaux moments de complicité avec Jeanne, qui a 3 ½ ans. Je l’emmène faire des courses, on met la musique dans l’auto et on chante. Et puis, pour elle, je suis le “papa-répare-tout”. Quand un jouet est brisé ou qu’un dessin est déchiré, je le répare quand elle dort et je le place en évidence, pour qu’elle le voie à son réveil. »

Johann Mäder, papa d’Anna (1 an) et Jeanne (3 ½ ans)

« Chaque soir après le souper, je joue avec Mathis. Après, je lui donne son bain, on regarde un livre ensemble et je le berce avant le dodo. La fin de semaine, j’aime aussi l’installer dans un porte-bébé pour partir en promenade. J’aime l’avoir collé contre moi. C’est aussi un bon moyen de le détendre et de l’endormir. »

Francis Provencher, papa de Mathis (1 an)

 

À retenir
  • Lorsque vous donnez de l’affection à votre enfant, il se sent aimé et il s’attache à vous.
  • Les marques d’affection favorisent la formation du cerveau de votre tout-petit.
  • Lorsqu’un enfant grandit dans un milieu affectueux, il lui est plus facile d’apprendre et de bien s’entendre avec les autres.

 

Naître et grandir

Source : magazine Naître et grandir, avril 2017
Recherche et rédaction : Julie Leduc
Révision scientifique : Sylvain Coutu, professeur au département de psychoéducation et psychologie, Université du Québec en Outaouais

 

Ressources

Livres pour les parents

  • L’attachement parent-enfant: de la théorie à la pratique, J. E mery, Éditions du CHU Sainte-Justine, 2016, 495 p.
  • Le développement de l’enfant au quotidien - De 0 à 6 ans, F. Ferland, Éditions du CHU Sainte-Justine, 2014, 260 p.
  • Le développement et l’apprentissage du jeune enfant, UNICEF, 2010 www.unicef.org/
  • Pour une enfance heureuse, Dre C. Gueguen, Éditions Robert Laffont, 2014, 304 p.

Livres pour les enfants

  • Ce que papa m’a dit, texte : A. Desbordes, ill. : P. M artin, Albin Michel Jeunesse, 2016, 40 p.
  • Devine combien je t’aime, texte : S. M cBratney, ill. : A. Jeram, Pastel, l’école des loisirs, 1994, 34 p.
  • Je t’aimerai toujours, texte : R. M unsch, ill. : S. M cGraw, Firefly Books, 1988, 32 p.
  • La plus belle histoire d’amour, texte : D. Demers, ill. : P. Béha, Éditions Imagine, 2006, 32 p.
  • Le câlin magique, texte : S. M cBratney, ill. : I. Bates, Albin Michel Jeunesse, 2013, 32 p.
  • Mon amour, texte : A. Desbordes, ill. : P. M artin, Albin Michel Jeunesse, 2015, 48 p.

 

Photos: Gettyimages/Fatcamera, Maxim Morin et Nicolas St-Germain