Bouger plus à la garderie pour mieux se préparer à l’école

Bouger plus à la garderie pour mieux se préparer à l’école
Bouger plus à la garderie pour mieux se préparer à l’école
Comment un programme de jeux actifs et éducatifs implantés à la garderie prépare les tout-petits pour l’école.

19 mai 2026 | Miser sur le jeu actif et éducatif pour faire bouger les enfants de 3 à 5 ans et les préparer pour l’école, c’est le défi que s’est donné une équipe de recherche du CHU Sainte-Justine. L’initiative à l’essai dans une vingtaine de garderies de la région montréalaise montre déjà des effets positifs jusqu’à la maison.

« Durant la petite enfance, les tout-petits ne bougent pas assez, souligne Camille Dinello-Goupil, professionnelle de recherche au centre de recherche du CHU Sainte-Justine et coordonnatrice du projet Bouge avec moi (BAM). On cherche des moyens de changer la situation parce qu’on sait que l’activité physique favorise le développement global des enfants : c’est bon pour développer leurs habiletés physiques, mais aussi pour les aider à apprendre. »

Bouger, explorer, prendre des risques contribue en effet à la création de connexions dans leur cerveau. Le projet BAM veut donc rendre les enfants plus actifs et favoriser leurs apprentissages dans le but de les préparer à l’école. « Notre objectif plus large est aussi d’influencer les enfants pour qu’ils aient le plaisir de bouger par eux-mêmes et qu’ils gardent de saines habitudes », ajoute la professionnelle de recherche.

Des éducatrices formées en jeux actifs

Depuis septembre, le projet Bouge avec moi se déroule dans une vingtaine de services de garde éducatifs à l’enfance situés principalement en milieux défavorisés. « On priorise ces secteurs parce qu’on observe que les enfants issus de milieux défavorisés arrivent à la maternelle moins bien outillés que les autres, mentionne Camille Dinello-Goupil. Ils ont par exemple plus de difficulté à écouter les consignes, à reconnaître les couleurs et les formes. Notre projet propose donc des jeux actifs structurés qui développent aussi ces compétences en s’amusant. »

Dans les garderies participantes, le personnel éducateur est formé pour apprendre comment intégrer facilement dans leur routine des jeux actifs même quand il n’y a pas beaucoup d’espace (ex. : petit local, petite cour). Un intervenant accompagne ensuite les éducatrices et éducateurs pour les aider à animer ces jeux qui donnent des joues rouges aux enfants et qui les familiarisent avec des connaissances comme les lettres, les chiffres et les couleurs. Une banque de jeux et du matériel (ex. : cerceaux, poches de sable, cônes, foulards) sont aussi mis à la disposition des milieux de garde.

Des activités faciles qui plaisent aux tout-petits

Hayette Idir, éducatrice à la garderie Daisy 2, située dans l’arrondissement de Montréal-Nord, avait déjà l’habitude de faire bouger son groupe d’enfants de 4 à 5 ans. Mais depuis qu’elle participe à Bouge avec moi, elle a encore plus d’idées pour les amuser.

Le plus souvent, elle part jouer avec des cerceaux et des ballons dans un parc près de la garderie. « Le jeu préféré des enfants s’appelle d’île en île, raconte l’éducatrice. Chaque enfant a un cerceau qui représente leur île. Ils doivent se promener à l’extérieur du cerceau et retourner sur leur île quand je dis : "attaque de requin". Je leur donne des défis comme rester sur leur île en se tenant sur un pied. » L’éducatrice varie aussi les déplacements en demandant aux enfants de se promener en marchant sur la pointe des pieds, sur les talons ou en galopant. Ils peuvent aussi marcher avec une poche de sable sur l’épaule ou sur la tête.

Toutes les activités sont faciles, apprécie Hayette Idir. « Ça peut être aussi simple que faire bondir un ballon avec ses mains en comptant les bonds ou lancer un foulard d’une main pour l’attraper avec l’autre », dit-elle. Les enfants aiment les jeux et lui demandent souvent : « Est-ce qu’on va faire BAM aujourd’hui? »

Des bienfaits observés de la garderie à la maison

Hayette Idir remarque déjà que les enfants de son groupe ont plus d’équilibre depuis qu’ils font les jeux de Bouge avec moi. « Plusieurs avaient de la difficulté à marcher sur la pointe des pieds et sur les talons en septembre. Je vois qu’ils s’améliorent et ils en sont fiers. Plusieurs me disent : "Regarde Hayette, je marche sur les talons!" ou "Regarde, je peux galoper!" »

C’est aussi ce qu’observe Maria Regina Goncalves, la maman de Victoria, une fillette de 4 ans du groupe d’Hayette Idir. « Avant le projet, ma fille avait plusieurs difficultés motrices. Par exemple, elle tombait souvent et se cognait sur des objets en marchant, explique la maman. Depuis septembre, son équilibre et sa coordination se sont beaucoup améliorés. »

La maman précise que Victoria présente un trouble du langage et que des démarches sont en cours pour évaluer d’autres difficultés. La petite est en attente d’interventions en orthophonie et en ergothérapie, mais selon sa mère, les jeux actifs de BAM l’aident déjà beaucoup. « Pas juste sur le plan physique, dit la maman. Sa capacité d’attention est plus grande, elle suit mieux les consignes et elle arrive mieux à attendre son tour, par exemple si on fait un jeu de société. »

Au parc, Victoria ne passe plus devant les enfants pour glisser. Hayette Idir remarque d’ailleurs une meilleure capacité à attendre son tour chez tous les enfants de son groupe. « Si je crée un parcours moteur qu’ils doivent faire un à la fois, ils arrivent mieux à patienter avant leur tour, dit-elle. Ils encouragent l’enfant qui fait son trajet. »

En route vers la maternelle

Maintenant que le groupe d’Hayette Idir connaît bien les jeux, l’éducatrice peut demander à 2 ou 3 amis de créer eux-mêmes un parcours avec le matériel. « Je trouve qu’ils ont aussi développé leur autonomie, note-t-elle. C’est un atout pour leur entrée à la maternelle l’automne prochain. » La maman de Victoria est aussi rassurée par l’entrée à l’école de sa fille. « Avant, j’étais très craintive, avoue-t-elle. Maintenant, je sais que ma fille peut surmonter ses difficultés. »

Toutes les observations de l’éducatrice et de la maman font partie des bienfaits visés par l’équipe de recherche qui s’attend que les enfants bougent plus et que leurs comportements s’améliorent avec le temps. « La littérature scientifique nous montre que la concentration, la collaboration et les relations avec les autres s’améliorent quand les enfants bougent plus », précise Camille Dinello-Goupil.

Maria Regina Goncalves estime que les jeux actifs de BAM devraient être utilisés dans tous les milieux de garde. « Ma fille a encore des défis, mais je crois qu’elle en aurait plus sans ce projet. » Bonne nouvelle : au cours des prochaines années, Bouge avec moi prévoit s’étendre dans une soixantaine de garderies. À plus long terme, l’équipe de recherche aimerait suivre les enfants après leur entrée à l’école pour évaluer l’impact du projet sur leur parcours scolaire.

Pour en savoir plus sur le projet : Bouge avec moi

Julie Leduc – Équipe Naître et grandir

Naître et grandir

Photos : GettyImages/StockPlanets et Garderie Daisy 2

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