Les enfants et les jeux vidéo

Les enfants et les jeux vidéo
Mieux vaut encadrer l’usage des jeux vidéo que de les interdire, voyez pourquoi.

De nos jours, les jeux vidéo font partie de l’univers des enfants, souvent dès leur plus jeune âge. Les enfants ont accès à ces jeux sur différentes plateformes : l’ordinateur, les consoles de jeux, mais aussi les tablettes et les téléphones portables. Il est alors important d’en encadrer l’usage, car certains jeux vidéo peuvent comporter des risques. Toutefois, ces jeux peuvent aussi contribuer à l’apprentissage et au développement des habiletés des enfants. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire de les interdire.



Les bienfaits des jeux vidéo

L’enfant peut renforcer certaines qualités et habiletés par l’utilisation de jeux vidéo, selon le type de jeux choisi. Plusieurs spécialistes en ont d’ailleurs reconnu les bienfaits.

  • Les jeux vidéo peuvent favoriser la création de liens avec les autres, à la fois en ligne (jeux multijoueurs) et hors ligne, puisque environ 70 % des enfants partagent cet intérêt.
  • Certains jeux multijoueurs, par exemple les jeux d’énigmes, nécessitent un travail d’équipe et de la coopération.
  • Selon leur nature, les jeux vidéo peuvent contribuer à améliorer l’estime de soi ou l’humeur de l’enfant. Même si les jeux vidéo ne constituent pas une solution aux problèmes d’estime de soi, ils peuvent aider l’enfant à se sentir mieux. Par exemple, l’enfant qui a une moins bonne estime de lui peut, en réussissant une mission ou en complétant un niveau du jeu, vivre des réussites et développer ainsi une meilleure image de lui-même.
  • Certains jeux vidéo développent des habiletés utiles pour les matières scientifiques, comme la logique, la vitesse de traitement de l’information et les habiletés visuelles et spatiales. Ils ont un avantage sur les jeux traditionnels dans ce domaine, car l’interaction et la rapidité d’exécution demandée renforcent certaines aptitudes intellectuelles.
  • D’autres jeux vidéo plus lents, comme les casse-têtes ou certains jeux d’enquêtes, améliorent la capacité de résolution de problèmes. Comme les règles ne sont pas écrites, l’enfant doit faire preuve de déduction et de créativité pour résoudre des problèmes dans des situations très variées.
  • Les jeux vidéo sont moins passifs que la télévision et peuvent être l’occasion d’apprendre de façon active certaines matières (mathématiques, histoire, langue) et d’informer les enfants sur des thèmes sociaux. Bien choisis, ces jeux peuvent renforcer l’empathie, l’ouverture à d’autres réalités que la sienne et aiguiser le jugement.
  • L’objectif principal des jeux vidéo est de motiver le joueur à compléter les différents niveaux afin de réussir le jeu. Des études montrent un effet sur la capacité de l’enfant à conserver sa motivation à long terme et à persévérer jusqu’à la réalisation d’une tâche. Ce type d’engagement peut se poursuivre en dehors du jeu, dans le sport et à l’école par exemple.

Les risques liés aux jeux vidéo

Il faut rester vigilant et encadrer l’utilisation des jeux vidéo, car ils comportent des pièges qui peuvent nuire au développement et à la santé de l’enfant.

  • Lorsqu’un enfant passe du temps devant un écran, il ne consacre pas ce temps à bouger et à s’activer physiquement. Même si votre enfant sautille et gesticule devant son jeu préféré, cela ne remplace en rien l’activité physique nécessaire à son développement psychomoteur.
  • La luminosité dégagée par les différents écrans tient le cerveau éveillé en réduisant le taux de mélatonine, l’hormone régulatrice du sommeil. Il est donc recommandé d’en limiter l’usage en soirée et d’éviter que l’enfant y soit exposé avant le coucher.
  • Peu importe le type de jeu vidéo, le risque de développer une dépendance est toujours présent. Toutefois, l’enfant qui développe une dépendance cache généralement un problème d’adaptation à son environnement. Au-delà du nombre d’heures passées devant l’écran, certains comportements constituent des signaux d’alerte pouvant indiquer une dépendance : niveau d’anxiété élevé, agitation à l’école, présence de cauchemars fréquents et irritabilité. Il est donc important de rester attentif à ce que vit l’enfant.
  • Il est important de surveiller de près le contenu des jeux vidéo auxquels joue l’enfant. De nombreuses études font d’ailleurs un lien entre la violence de certains jeux vidéo et l’éventail de comportements que l’enfant est susceptible d’adopter par la suite. Le risque lié aux jeux vidéo violents est d’apprendre à l’enfant que parmi les solutions à un problème, plusieurs comportements violents sont possibles et efficaces, et même valorisants. D’ailleurs, plus le jeu est réaliste, plus l’apprentissage est important, car l’enfant s’identifie facilement au personnage. Par contre, les effets négatifs des jeux vidéo violents sont beaucoup moins importants lorsqu’il s’agit de jeux collaboratifs, car le jeu en équipe réduit l’effet de la violence en développant, en premier lieu, les capacités de collaboration et d’entraide. Peu importe l’âge de votre enfant, les moins bons jeux vidéo sont violents, réalistes et individuels.
  • Certains jeux vidéo véhiculent aussi des stéréotypes, notamment à l’égard des femmes et des nationalités.
  • Les jeux vidéo actuels sont souvent enrichis en cours de route par les utilisateurs eux-mêmes. Ces ajouts ne sont pas cotés, et du contenu inapproprié peut se retrouver dans des jeux initialement cotés pour tous.
  • Les jeux multijoueurs se jouent sur Internet avec des joueurs inconnus, de tous les âges. Ces joueurs peuvent converser entre eux, et comme leurs discussions ne sont pas encadrées, elles pourraient ne pas convenir à un enfant.
L’effet des jeux vidéo sur le comportement
Nécessaire à l’activité normale du cerveau, la dopamine est un messager chimique lié, entre autres, à l’attention, au plaisir et à la motivation. Lorsqu’un enfant joue à des jeux vidéo pendant une longue période, la dopamine contenue dans son cerveau est alors utilisée. Par la suite, le cerveau a besoin d’un certain temps pour refaire ses réserves.
Comme le manque de dopamine rend moins attentif, plus émotif et parfois même agressif, il faut vous attendre à ces comportements lorsque votre enfant a joué pendant une longue période à des jeux vidéo. Si c’est le cas, vous pouvez envoyer votre enfant jouer dehors, car c’est une bonne façon de favoriser la production de dopamine dans son cerveau.
Source : La Presse Plus

Les recommandations

Afin de minimiser les risques liés à l’utilisation des jeux vidéo, tout en profitant de leurs bienfaits, voici les recommandations des spécialistes.

  • Encadrez le temps d’utilisation. Il est recommandé de limiter le temps d’exposition aux écrans (télévision, jeux vidéo, Internet) à un maximum de 2 heures par jour pour les enfants de 5 à 11 ans.
  • Évitez la présence d’écrans et de consoles dans la chambre de votre enfant, car son activité de jeu est très difficile à contrôler après l’heure du coucher. Installez plutôt la télévision et la console à un endroit plus central de votre maison (ex. : salon, salle de jeu). Ainsi, votre enfant n’a pas à s’isoler pour s’adonner à son loisir et vous pouvez en plus avoir un œil sur le type de jeu avec lequel il aime jouer.
  • Procurez à votre enfant des jeux de différents types (ludoéducatif, d’aventure, stratégique, de simulation) pour développer des habiletés et des champs d’intérêt variés.
  • Assurez-vous que le contenu des jeux vidéo correspond à vos valeurs. Choisissez, par exemple, des jeux qui exposent votre enfant à la diversité et enseignent le respect de l’autre.
  • Informez-vous sur le contenu des jeux vidéo de votre enfant pour vous assurer qu’ils sont adaptés à son âge, mais aussi à son niveau de maturité.
  • Lorsque votre enfant joue à un jeu vidéo, profitez-en pour passer du temps avec lui. Discutez avec lui de ses goûts et de ses champs d’intérêt. Peut-être vous laisserez-vous prendre au jeu et jouerez-vous en mode coopération avec lui.
  • Observez si le comportement de votre enfant change. S’il devient plus irritable, s’il est nerveux ou s’il s’isole, prenez le temps de comprendre ce qu’il vit et de trouver la source du changement pour remédier au problème.
  • Quel que soit son format, le jeu reste une activité centrale dans la vie d’un enfant. Évitez d’être trop critique envers les jeux vidéo si votre enfant les affectionne. Rejeter en bloc ce type d’activités revient à rejeter une part de l’univers dans lequel votre enfant grandit. Cela peut être vécu comme blessant ou humiliant et le pousser à se renfermer sur lui-même.

Les types de jeux

Il existe plusieurs catégories de jeux vidéo. Ces jeux peuvent être très différents les uns des autres. Voici un aperçu de ces catégories pour mieux s’y retrouver.

Jeux ludoéducatifs
Ces jeux sont parfois appelés « jeux sérieux ». Ils ont comme premier objectif d’éduquer par le jeu. Ils alimentent la réflexion, sensibilisent à une réalité ou informent l’enfant sur un sujet choisi. Ils peuvent contribuer à l’apprentissage de certaines matières scolaires.

Pour en savoir plus sur ces jeux, vous pouvez consulter le site edululu.org, qui est consacré à l’évaluation des jeux éducatifs.

Jeux de stratégie
Les jeux faisant partie de cette catégorie peuvent être des casse-têtes ou des jeux stratégiques plus poussés comme des jeux qui demandent de construire une ville ou de conquérir un territoire. Lorsqu’ils sont appropriés pour le groupe d’âge de l’enfant, ils aiguisent les facultés de logique, de créativité et de résolution de problèmes.

Jeux de simulation
Ils font revivre un environnement de la vie réelle à l’enfant. Il peut s’agir de la reproduction à l’écran d’un sport ou de la simulation du fonctionnement d’une navette spatiale. Ils incluent parfois un jeu de rôle, un univers virtuel où l’enfant est représenté par un avatar ou un personnage animé. Selon le contexte du jeu, ils peuvent exiger une certaine réflexion, transmettre des informations à l’enfant, lui faire vivre une autre réalité que la sienne et exercer sa capacité à résoudre des conflits ou d’autres problèmes.

Jeux d’action ou d’aventure
En général, ces jeux demandent à l’enfant de franchir des obstacles et de résoudre des énigmes. Ils contribuent à développer certaines habiletés (de concentration, de rapidité d’exécution et de résolution de problèmes).

Les cotes
L’industrie du jeu vidéo en Amérique du Nord s’est dotée d’un code de classement. L’Entertainment Software Rating Board (ESRB) en est responsable. La loi n’oblige pas les entreprises de jeux à s’y soumettre, mais elles le font volontairement. La cote ESRB du jeu vidéo est un bon indice de ce qu’on trouve dans le contenu.
  • Jeunes enfants
    - La cote eC (early childhood) indique que le jeu convient aux enfants de 3 ans et plus.
  • Enfants et adultes
    - La mention E (everyone) indique que le contenu convient de manière générale à tous les âges. Peut comporter quelques éléments de violence animée, fictive ou légère, ou l’usage occasionnel d’un langage grossier.
    - La cote E10+ indique que le contenu convient de manière générale aux enfants de 10 ans et plus. Peut comporter un plus haut degré de violence animée, fictive ou légère, et de langage grossier ou quelques scènes suggestives.
  • Autres cotes
    - La mention T (teen) pour les 13 ans et plus.
    - La cote M (mature) pour les 17 ans et plus.
    - La cote Ao (adult only) pour les adultes uniquement.
Comme aucune loi ne régit ce système de cotes, sachez que votre enfant peut acheter, emprunter ou télécharger un jeu même s’il n’a pas l’âge requis par l’ESRB pour y jouer, et ce, sans conséquence légale. Il est donc fortement suggéré de vérifier et d’encadrer les achats, les téléchargements et les locations de votre enfant.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Dominique Cazin, neuropsychologue
Recherche et rédaction :
Équipe Naître et grandir
Septembre 2016

 

Photo : iStock.com/MilicaStankovic

 

Ressources et références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

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  • ÉDUCALOI. Classement des jeux vidéo. www.educaloi.qc.ca
  • EDULULU. www.edululu.org
  • GRANIC, Isabela et autres. « The Benefits of Playing Video Games », American Psychological Association, vol. 69, no 1, janvier 2014, p. 66-78. www2.apa.org
  • GRIFFITHS, Mark. « The educational benefits of video games », Education and Health, vol. 20, no 3, 2002, p. 47-51. www.homeworkmarket.com
  • HABILOMÉDIAS. Jeux vidéo – Les inquiétudes. www.habilomedias.ca
  • HABILOMÉDIAS. Les aspects positifs des jeux vidéo. www.habilomedias.ca
  • HABILOMÉDIAS. Les enjeux particuliers pour les filles. www.habilomedias.ca
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  • LOPEZ-FERNANDEZ, O. et autres. « Video game addiction : Providing evidence for Internet gaming disorder through a systematic review of clinical studies », European Psychiatry, vol. 33, mars 2016, p. S306. www.sciencedirect.com
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  • PIGANI, Erik. Jeux vidéo : conseils de psy. www.psychologies.com
  • PROULX, Mélissa. « Jeux vidéo : nos enfants y perdent-ils? », La Presse, 31 octobre 2012. www.lapresse.ca
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  • RYAN, Richard M., et autres. « The Motivational Pull of Video Games: A Self-Determination Theory Approach », Motivation and Emotion, vol. 30, no 4, novembre 2006, p. 344-360. www.selfdeterminationtheory.org
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PHYSIOLOGIE DE L’EXERCICE. Directives canadiennes en matière d’activité physique. Directives canadiennes en matière de comportement sédentaire. www.csep.ca

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