Deuil périnatal : pourquoi tant de parents se sentent-ils laissés à eux-mêmes? Une mère, une spécialiste et une intervenante témoignent du manque de soutien.
8 octobre 2026 | Élyse a vécu deux expériences de deuil périnatal. La première fois, elle s’est sentie abandonnée et incomprise par le milieu hospitalier. C’est une réalité que vivent bien des parents, constatent une spécialiste et une intervenante en deuil périnatal.
Un an après avoir fait une fausse couche, Élyse a perdu sa fille à 37 semaines de grossesse. Sa peine a été immense. « L’équipe soignante de l’hôpital a été douce, mais j’ai été chanceuse. Je sais que ce n’est pas comme ça partout. »
La qualité des services dans une situation de deuil périnatal varie grandement d’un hôpital à un autre et d’une région à une autre, soutient Francine de Montigny, professeure titulaire en sciences infirmières et en sciences de la famille à l’Université du Québec en Outaouais. En effet, le personnel soignant qui oeuvre auprès des parents vivant un deuil périnatal ne reçoit pas toujours une formation spécifique.
Avec le soutien financier du gouvernement, la professeure et son équipe ont développé du matériel pour que le personnel soignant qui interagit avec des parents vivant un deuil périnatal soit mieux sensibilisé et outillé. « Le problème, c’est que nous n’avons pas reçu le budget pour publiciser l’existence de ce matériel », déplore-t-elle.
Vivre une fausse couche à l’urgence
Une femme enceinte qui a des saignements pendant sa grossesse ne sait en général pas comment recevoir de l’aide rapidement. Elle se retrouve alors souvent à l’urgence où elle peut attendre des heures avant d’être vue par le personnel soignant, puisque son cas est considéré comme non urgent.
« Aux urgences, ils ne sont pas équipés ni formés pour bien agir en cas de fausses couches », affirme Isabelle Caron, superviseure clinique et intervenante en deuil périnatal aux Perséides. Cet organisme vient en aide aux personnes vivant un deuil périnatal.
Au fil des ans, l’intervenante a entendu plusieurs témoignages. Par exemple, il est fréquent qu’une femme perde le foetus dans les toilettes de l’hôpital, qui, souvent, ont des chasses d’eau automatiques. « Il arrive aussi qu’une maman se fasse dire d’aller jeter le foetus dans les toilettes. C’est inhumain! », dénonce l’intervenante.
Un an avant de perdre sa fille, Élyse a fait une fausse couche à 10 semaines de grossesse. Après avoir attendu huit heures à l’urgence, elle a eu une échographie. Mais l’appareil n’était pas assez performant. On lui a dit qu’on la rappellerait pour lui proposer un rendez-vous dans un autre service ayant le bon appareil.
« Après trois jours, personne ne m’avait contactée. Je suis allée au privé, où on m’a simplement confirmé que je faisais une fausse couche. » Elle a dû recontacter l’hôpital et insister pour avoir un curetage.
Humaniser les services
« Les fausses couches sont fréquentes. Les souffrances qu’elles causent aux parents sont donc minimisées », constate Isabelle Caron. Élyse s’est sentie souvent incomprise par le personnel à qui elle s’adressait. « En plus, au CLSC, le formulaire de consentement qu’on m’a donné pour le curetage était un formulaire d’avortement. Ce serait montrer un minimum de sensibilité que d’adapter les formulaires! »
Dans les hôpitaux, les curetages de fausses couches se font d’ailleurs dans les mêmes salles que les avortements. « Des femmes rapportent s’être fait dire par le médecin sur place qu’elles auraient dû prendre la pilule ou le condom alors qu’elles étaient là pour une fausse couche! », rapporte l’intervenante Isabelle Caron.
Les oubliés du RQAP
Actuellement, un parent qui vit un décès périnatal avant 20 semaines de grossesse ne reçoit aucune aide du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP). Lorsque le décès survient à partir de 20 semaines, la mère a droit à 18 semaines de prestation. « Le père, lui, n’a droit à rien et doit retourner travailler », dénonce Francine de Montigny.
Si le coeur du bébé bat, même quelques secondes, à l’extérieur du ventre de la mère, alors, là seulement, l’autre parent a droit à deux semaines de congé.
« Quand j’ai perdu ma fille à 37 semaines de grossesse, j’ai trouvé inhumain que mon conjoint n’ait droit à rien simplement parce qu’elle était morte dans mon ventre. J’avais besoin de la présence de mon amoureux et lui aussi vivait de la souffrance », mentionne Élyse.
Le système, tel qu’il fonctionne actuellement, place le père dans une position où il doit soutenir sa conjointe. « Les pères sentent qu’il n’y a pas d’espace pour ce qu’ils éprouvent. On voit alors des deuils décalés, qui arrivent des mois, voire des années plus tard, souvent sous forme de fatigue professionnelle », affirme Isabelle Caron.
Depuis près de 15 ans, Francine de Montigny se bat pour que les pères puissent avoir un congé parental décent. « On demande que tout parent qui vit un deuil périnatal précoce ait droit à 5 semaines de congé. On veut aussi que le coparent ait droit à 5 semaines si le décès a lieu après 20 semaines », explique-t-elle.
Les choses pourraient changer puisqu’autant le PQ que le PLQ ont promis, durant la campagne électorale, d’améliorer le RQAP en cas de décès périnatal pour le deuxième parent.
Un deuil souvent incompris
Selon Élyse, le deuil périnatal est particulier : « C’est un deuil avec peu de souvenirs et beaucoup de culpabilité. » Pour l’entourage des parents endeuillés et la population en général, la sensibilisation est essentielle, croit Isabelle Caron. « La mort est encore très taboue dans notre société. Souvent, les gens qui gravitent autour d’un parent endeuillé sont mal à l’aise. Ils évitent d’en parler au parent ou disent des choses maladroites », explique-t-elle.
En conséquence, les parents qui vivent un deuil périnatal choisissent parfois de se taire, ce qui crée de l’isolement. « Les organismes qui viennent en aide aux parents endeuillés peuvent informer les gens qui les côtoient sur la meilleure façon de soutenir ces parents », rappelle l’intervenante. La Journée québécoise et mondiale de la sensibilisation au deuil périnatal, qui a lieu le 15 octobre, est également l’occasion de parler de cette épreuve que vivent beaucoup de parents.
Deux événements commémoratifsLe 17 octobre : Soirée commémorative et marche lumineuse, organisées par l’organisme Parents Orphelins. La soirée débute à 19 h et a lieu au parc Maisonneuve, à Montréal. Pour plus d’informations : parentsorphelins.orgLe 18 octobre : Fête des anges, organisée par Les Perséides. L’événement débute à 10 h au Centre Mgr Marcoux, à Québec. Pour en savoir plus : lesperseides.org |
Roxanne Bélair – Équipe Naître et grandir
Photo : GettyImages/Rawpixel