L'opposition chez l'enfant

L'opposition chez l'enfant
Si votre enfant ne se plie à aucune de vos demandes… S’agit-il de comportements d’opposition ou d’un trouble d’opposition avec provocation?


On entend souvent parler du trouble d’opposition avec provocation. Toutefois, il faut faire la différence entre les comportements d’opposition normaux et un trouble d’opposition avec provocation.

Les comportements d’opposition

Les comportements d’opposition sont des réactions impulsives face à un événement qui déstabilise l’enfant et qui provoque en lui des émotions difficiles (anxiété, stress, tristesse, colère). Ces comportements peuvent survenir, par exemple, lors de la naissance d’un petit frère ou d’une petite soeur, de disputes entre ses parents, de l’entrée à la maternelle, d’un déménagement, etc.

En raison des émotions difficiles qu’il vit, l’enfant peut entrer en crise dès qu’il vit une petite frustration. L’enfant est ensuite souvent déçu, s’en veut d’avoir fait une crise et d’avoir causé du tort aux autres.

Même s’il s’oppose, l’enfant cherche en général à plaire et il aime recevoir des compliments sur son bon comportement. Cependant, il n’arrive pas toujours à contrôler ses réactions.

L’opposition normale

Les enfants traversent habituellement une période d’affirmation vers 2 ans et jusqu’à l’âge d’environ 4 ans. Au cours de cette période du « non », le tout-petit tente souvent de tenir tête à ses parents et peut avoir des comportements d’opposition.

Cette phase est souvent éprouvante pour les parents, mais elle est normale, et même importante pour le développement de l’enfant. Elle lui permet entre autres de développer son autonomie. S’opposer lui permet de faire les choses « tout seul », « par lui-même » et « à sa façon ».

Toutefois, chez certains enfants, cette phase peut se prolonger au-delà de la période normale d’affirmation. Les comportements d’opposition peuvent alors parfois s’installer et devenir plus intenses. Dans certains cas, un trouble d’opposition avec provocation peut être diagnostiqué chez les enfants de plus de 5 ans.

Le trouble d’opposition avec provocation

Lorsque l’enfant de plus de 5 ans continue à s’opposer, il est possible qu’il présente un trouble d’opposition avec provocation (TOP). Ce trouble touche de 3 à 5 % des enfants après l’âge de 5 ans.

Le TOP renvoie à un trait de personnalité qui est probablement existant depuis la naissance. L’enfant qui présente ce trouble veut contrôler et décider. Il a aussi souvent plus de difficulté qu’un autre enfant à obéir à un adulte.

Lorsque ses parents ou d’autres adultes en autorité, comme le personnel du service de garde, une enseignante ou un grand-parent, lui font une demande, l’enfant avec un TOP peut réagir :

  • de façon passive en ne répondant pas;
  • de façon agressive en se mettant en colère, en criant et en frappant;
  • en provoquant ses parents pour avoir de l’attention ou obtenir ce qu’il veut.

L’enfant qui présente un TOP ne cherche pas à plaire ou à recevoir des compliments de la part des adultes pour son bon comportement. Ses comportements opposants ne sont pas impulsifs, mais plutôt contrôlés. Il cherche à provoquer et il planifie ses actions. Il a peu d’empathie envers ses parents et ne regrette pas souvent ses mauvais comportements.

Lorsqu’un enfant a un TOP, une lutte de pouvoir peut s’installer, et les parents peuvent se sentir dépassés. Ils ont l’impression que c’est l’enfant qui décide. Ce trouble de comportement tend même à s’aggraver si rien n’est fait et peut nuire au fonctionnement de l’enfant.

Les signes du trouble d’opposition avec provocation

Un enfant qui présente un TOP peut adopter les comportements suivants :

Garçon avec un trouble d’opposition avec provocation
  • Refuser toujours de se plier aux demandes de ses parents ou d’une autre figure d’autorité;
  • Continuer à s’opposer avec fermeté et se moquer des conséquences ou des punitions;
  • Réagir par des crises de larmes importantes;
  • Réagir avec une certaine violence (lancer ou briser des objets, cracher, etc.);
  • Provoquer souvent. Par exemple, utiliser des gros mots pour vous faire réagir ou ne pas suivre une règle pour provoquer votre colère;
  • Chercher à se venger auprès de la personne qui lui a imposé quelque chose qui lui déplaît;
  • Faire plus souvent des crises qui deviennent plus intenses;
  • S’opposer au-delà de la période normale d’affirmation, de 2 à 4 ans. Après l’âge de 5 ans, s’opposer toujours avec autant d’ardeur.

Différence entre comportement d’opposition et TOP

Exemple de comportement d’opposition :
En passant devant une crémerie, votre enfant vous demande de lui acheter un cornet de crème glacée et vous refusez. L’émotion submerge alors votre enfant et il fait une crise. Cette crise est une réaction impulsive de votre enfant en raison d’une émotion négative qu’il vit.
Exemple de TOP :
Plus tôt dans la journée, vous avez refusé d’acheter un cornet de crème glacée à votre enfant. De retour à la maison, pour se venger, il fait « accidentellement » tomber son bol de céréales en vous regardant dans les yeux. Votre enfant pose donc un acte contrôlé et planifié pour vous provoquer.

Les causes des comportements d’opposition

Un problème neurologique

Les experts estiment qu’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) non diagnostiqué est très souvent une cause des comportements d’opposition. D’autres problèmes présents dès la naissance, comme un trouble du spectre de l’autisme ou le syndrome de Gilles de La Tourette, peuvent aussi être responsables de ces comportements.

Dans ces cas, l’enfant n’a pas ce qu’il faut pour contrôler son impulsivité. Il peut donc réagir à de petites frustrations par des crises de colère explosives. L’enfant ne cherche toutefois pas à s’opposer volontairement.

Un lien parent-enfant insatisfaisant

Un lien d’attachement sécurisant est essentiel à la mise en place de l’autorité parentale. Toutefois, l’enfant ne peut pas développer un lien d’attachement sécurisant si ses parents sont souvent absents ou s’impliquent peu auprès de lui. C’est aussi parfois le cas lorsqu’un parent vit de la dépression ou de l’anxiété par exemple.

Dans ces situations, l’enfant qui a des comportements d’opposition ne cherche pas à contrôler ou à s’opposer volontairement. Il réagit plutôt à un manque d’attention ou d’amour de la part de ses parents. Il peut aussi s’agir d’une réaction de stress ou d’anxiété provoquée par l’absence physique ou psychologique de ses parents.

Un manque de discipline

Certains comportements adoptés par les parents peuvent entraîner des problèmes d’opposition chez l’enfant. Cela peut, par exemple, se produire si les parents n’imposent pas de limites, répondent aux crises de leur enfant en lui donnant toujours ce qu’il veut ou perdent leur sang-froid et s’emportent souvent.

En l’absence de limites et de discipline, l’enfant pense qu’il peut avoir le contrôle sur son parent, notamment par ses crises, afin d’obtenir ce qu’il veut. De même, un parent qui se fâche montre à son enfant qu’il est en perte de contrôle. L’enfant comprend alors qu’il peut prendre le contrôle de la situation puisque son parent ne l’a plus.

Un événement difficile pour l’enfant

Une séparation, un deuil, un déménagement ou l’arrivée d’un autre enfant dans la famille sont, par exemple, des événements qui peuvent faire vivre à l’enfant des émotions qui ne sont pas agréables à ressentir. À la suite d’un tel événement, l’enfant peut présenter des comportements d’opposition normaux, et ce, peu importe son âge. Il réagit alors aux émotions qui le submergent et l’envahissent et sur lesquelles il a peu de contrôle.

Certains traits de personnalité

Un enfant anxieux peut réagir avec opposition, par exemple, s’il est obligé de sortir de sa routine habituelle. Comme il est envahi toute la journée par des pensées anxieuses qu’il tente de cacher, la moindre frustration peut provoquer une crise lorsqu’il est de retour à la maison.

Par ailleurs, lorsqu’un enfant anxieux doit faire face à ce qui l’inquiète, il peut devenir agressif et colérique. Par exemple, un enfant qui a très peur d’aller à une sortie à la piscine avec l’école peut faire une crise à ses parents le matin avant de partir pour l’école afin d’éviter d’y aller. Il utilise l’évitement pour apaiser son anxiété.

Un enfant à haut potentiel intellectuel et très habile à argumenter peut aussi avoir des comportements opposants si des limites claires n’ont pas été établies et que les parents lui laissent toujours « prendre le dessus ».

Comment intervenir en cas d’opposition?

  • Tentez de trouver la cause du comportement de votre enfant. A-t-il vécu des choses difficiles récemment? Qu’en pense son éducateur ou son enseignante? Est-ce que, sans le vouloir, vos façons de faire pourraient encourager ses comportements opposants?

    Si vous soupçonnez que votre enfant est atteint d’un TDA/H, vous pouvez demander l’avis d’un spécialiste (ex. : pédiatre, psychologue pour enfant, neuropsychologue). Pour les enfants d’âge préscolaire, un diagnostic est rarement posé avant l’entrée à l’école. Le spécialiste pourrait toutefois déceler certains indices un peu avant.
  • Renforcez le lien positif entre vous et votre enfant. Pour ce faire, réservez des moments à votre horaire pour les consacrer uniquement à votre enfant. Profitez-en pour jouer avec lui, lui raconter une histoire, l’écouter, etc. Il se sentira important pour vous et cela renforcera le lien d’attachement entre vous.
L’écoute et la validation sont de précieux alliés pour apaiser une émotion chez votre enfant et éviter qu’elle ne se transforme en colère.
  • Prenez le temps de comprendre la demande de votre enfant et reconnaissez son émotion plutôt que de simplement refuser. Par exemple, s’il veut avoir un jouet qu’il aperçoit alors que vous magasinez pour autre chose, regardez le jouet avec lui et reconnaissez son émotion (ex. : « Wow! C’est vrai qu’elle a l’air super cool cette épée laser! »). Une fois qu’il se sera senti entendu et compris dans le fait qu’il aimerait vraiment beaucoup ce jouet, votre enfant sera mieux disposé à entendre vos arguments (ex. : « Nous ne sommes pas ici pour ça, tu as déjà suffisamment de jouets à la maison. »).

    Faites la même chose lorsqu’il est déçu ou triste. Dites-lui par exemple : « C’est vrai que ça doit être décevant de devoir arrêter ton jeu vidéo pour faire tes devoirs », sans argumenter. Dites-lui ensuite qu’il doit tout de même faire ses devoirs.
  • Demandez-vous pourquoi vous refusez la demande de votre enfant. Il est possible que ce soit parfois juste par principe, alors que vous pourriez dire oui sans qu’il y ait de conséquences. C’est le cas par exemple si votre enfant veut aller jouer dehors lorsqu’il pleut ou qu’il veut jouer avec un jouet de la piscine dans son bain. Ces « oui » permettent de sortir des règles strictes du quotidien, d’ajouter du plaisir dans votre famille et de contribuer à favoriser la bonne entente.
  • Évitez d’argumenter. Plus vous argumentez, justifiez et expliquez, plus votre enfant peut s’opposer à vos demandes, et plus la situation risque d’empirer, en particulier si votre enfant a un TOP. Il doit apprendre à accepter vos refus. Vous pouvez expliquer à votre enfant que vous allez compter tout haut jusqu’à trois et que s’il n’a pas écouté, il devra assumer la conséquence que vous aurez déterminée avant.
  • Maîtrisez vos émotions. N’attendez pas de perdre patience avant de faire une demande. Votre enfant fait une crise? Laissez-le en lieu sûr et sortez de la pièce. Laissez-le se calmer et arrêtez d’interagir avec lui quelques instants. L’idée est d’imposer une limite à votre enfant avant d’avoir atteint vos propres limites. Ainsi, vous gardez la maîtrise de vos gestes et de vos paroles.
  • Privilégiez le renforcement positif. Soulignez les bons coups de votre enfant, encouragez-le souvent et dites-lui combien vous êtes fier ou fière de lui. De même, n’hésitez pas à donner de l’attention à votre enfant quand tout va bien. Lorsqu’il s’amuse tranquillement, dites-lui combien vous êtes content ou contente de lui.
  • Utilisez un tableau de motivation. Ciblez 3 ou 4 comportements que votre enfant doit améliorer et que vous récompenserez d’un collant ou d’un jeton. Par exemple, divisez la routine du matin en 4 étapes. Pour chaque étape réalisée dans les temps et sans opposition, donnez à votre enfant un collant sur le tableau de motivation. À la fin de la journée, s’il a obtenu 3 collants sur 4, offrez-lui un privilège non matériel, comme avoir deux histoires avant le dodo, se coucher un peu plus tard, une période de jeu avec vous, etc.

Le retrait comme conséquence

Un retrait de quelques minutes est un exemple de conséquence efficace et facile à appliquer avec votre enfant. Le retrait évite d’empirer une crise de colère. Il vous empêche ainsi de trop réagir, par exemple en criant à votre enfant des mots que vous pourriez regretter.
Le retrait permet donc de faire redescendre la tension et d’arrêter l’activité qui empêchait votre enfant de faire ce que vous lui aviez demandé (ex. : il jouait lorsque vous lui avez demandé de se brosser les dents). Le retrait doit être court (plus ou moins 5 minutes). Durant ce temps, vous coupez de façon volontaire le lien de communication avec votre enfant, tout en restant calme et rassurant.
Pour en savoir plus, consultez notre fiche sur le retrait.

Quand consulter?

Si vous avez essayé les techniques suggérées et que le comportement de votre enfant n’a pas changé après quelques mois, il est préférable de voir un spécialiste (ex. : psychologue, neuropsychologue, psychoéducateur ou psychoéducatrice, travailleur social ou travailleuse sociale). Vous pouvez communiquer avec votre CLSC, Info-Santé 811 ou l’Ordre des psychologues du Québec pour obtenir des références.

N’hésitez pas non plus à consulter quelqu’un si vous vous sentez dépassé par la situation ou si vous avez besoin d’aide. Souvent, de simples conseils suffiront à améliorer le comportement de votre enfant. Une thérapie avec lui pourrait aussi être envisagée.

Si le trouble d’opposition avec provocation de votre enfant est lié à un problème neurologique, une médication pourrait être suggérée.

À retenir

  • Il est tout à fait normal et sain qu’un tout-petit s’oppose vers 2 ans et jusqu’à l’âge d’environ 4 ans. Cette phase d’opposition lui permet entre autres de gagner en autonomie.
  • Un enfant peut adopter des comportements d’opposition sans présenter un trouble de l’opposition avec provocation. Dans ce cas, il cherche à plaire, mais il n’arrive pas toujours à contrôler ses réactions.
  • L’enfant qui présente un trouble de l’opposition avec provocation veut contrôler et a de la difficulté à obéir. Ses actions sont planifiées et réfléchies, et visent à provoquer.
Naître et grandir

Révision scientifique : Dr Benoît Hammarrenger, Ph. D., neuropsychologue
Recherche et rédaction :Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Juillet 2023

Photos : iStock.com/Weekend Images Inc. et GettyImages/dcdebs

Ressources et références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • ASSOCIATION DE PARENTS DE L’ENFANCE EN DIFFICULTÉ. aped.org
  • BEAULIEU, Danie. 100 trucs pour améliorer vos relations avec les enfants. Montréal, Éditions Québecor, 2010, 64 p.
  • DOYON, Nancy. Parent responsabilisant : accompagnez votre enfant vers l’autonomie et l’épanouissement. Québec, Éditions Midi trente, coll. « SOS Nancy », 2022, 224 p.
  • DOYON, Nancy. Parent gros bon sens. 4e éd., Québec, Éditions Midi trente, coll. « SOS Nancy », 2022, 224 p.
  • GEORGE, Gisèle. Mon enfant s’oppose : que dire? que faire? Paris, Éditions Odile Jacob, 2006, 272 p.
  • HAMMARRENGER, Benoît. De l’opposition à la communication. Québec, Éditions Midi trente, 2022, 212 p.
  • HAMMARRENGER, Benoît. L’opposition : ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs. 2e éd., Québec, Éditions Midi trente, 2023, 232 p.
  • HAMMARRENGER, Benoît. Trouble d’opposition / provocation. aqnp.ca
  • HOWARTH, Roy. 100 idées pour gérer les troubles du comportement : que faire face à des enfants et des adolescents oppositionnels et provocateurs? Paris, Tom Pousse, 2020, 170 p.
  • LEROUX-BOUDREAULT, Ariane. Les enfants volcans : comprendre et prévenir les comportements difficiles. Québec, Éditions Midi trente, 2013, 64 p.
  • ORDRE DES PSYCHOLOGUES DU QUÉBEC. www.ordrepsy.qc.ca
  • RACINE, Brigitte. L’autorité au quotidien : un défi pour les parents. Montréal, Éditions du CHU Sainte-Justine, coll. « Parlons Parents », 2018, 288 p.
  • RACINE, Brigitte. La discipline, un jeu d’enfant. Montréal, Éditions du CHU Sainte-Justine, coll. « Parlons Parents », 2018, 156 p.

Livres pour les enfants

  • VERDICK, Élizabeth et Marjorie LISOVSKIS. Grrr!!! Comment surmonter ta colère. N. éd., Québec, Éditions Midi trente, 2020, 120 p.
  • HUEBNER, Dawn. Champion pour maîtriser sa colère. Saint-Lambert, Dominique et compagnie, 2009, 96 p.

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