Déconfinement et enfants: attention aux messages de peur

Déconfinement et enfants: attention aux messages de peur
Nicolas Chevrier, psychologue, explique pourquoi et comment miser sur le sentiment de sécurité chez les enfants plutôt que sur le danger dans le contexte de déconfinement.

Les camps de jour seront ouverts cet été. De même, l’ouverture des milieux de garde aura lieu dans la grande région de Montréal dès la semaine prochaine. Pour ma part, je trouve que c’est une excellente nouvelle dans les deux cas.

Pensons aux parents qui doivent aller travailler et qui ont besoin de ces services essentiels. Je suis avec vous, j’ai chaussé vos souliers. Vous avez toute ma sympathie!

Mais avant tout, je pense à nos enfants. Certains ont des contacts avec leurs frères et sœurs depuis quelques semaines, mais, majoritairement, nos enfants ont été privés de contacts sociaux avec d’autres enfants depuis 12 semaines. Douze semaines, c’est très long.

Certains se questionnent sur l’impact qu’aura le confinement sur le développement de nos enfants. J’ai l’impression que ce confinement ne sera pas plus qu’un événement dans leur vie pour la majorité d’entre eux*. Des souvenirs, parfois bons, parfois moins bons… Cependant, la suite des choses sera importante.

Misez sur le sentiment de sécurité plutôt que le danger

On a souvent parlé, dans ce blogue, de l’importance du sentiment de sécurité dans le développement de l’enfant. Un environnement sain est un environnement dans lequel l’enfant se sent à l’aise de faire des découvertes, et cela, sans sentiment de danger imminent.

Si l’enfant perçoit son environnement comme dangereux, il agira en conséquence. Il sera moins à l’aise d’explorer et de faire des découvertes parce qu’il aura retenu que le milieu dans lequel il se trouve est dangereux.

C’est ce qui se produit dans le développement du trouble anxieux chez les enfants ou les jeunes adultes. Souvent, les parents véhiculent un message selon lequel le monde est dangereux :

  • Attention de ne pas tomber en bas de l’échelle dans le parc.
  • Ne marche pas dans la rue, tu pourrais te faire frapper.
  • N’utilise pas un couteau, tu pourrais te couper.

C’est tout le problème des parents hélicoptères, dont il a souvent été question ces dernières années et qui peuvent avoir une influence sur le développement des troubles anxieux chez nos jeunes.

Attention aux mots choisis

Mais le problème dans le cas présent ce n’est pas seulement le discours du parent qui peut être nuisible, mais aussi le message général lié au déconfinement : « le monde est dangereux ».

C’est ce qui m’inquiète avec les mesures de la santé publique en lien avec le déconfinement. Est-ce qu’on envoie le message à nos plus jeunes que les relations avec les autres enfants sont dangereuses?

Si on persiste avec ce message, il faudra le faire avec beaucoup de doigté, plus de souplesse qu’avec la population générale. Il est important d’adopter les deux attitudes suivantes avec nos enfants :

  1. Présenter le message aux enfants de façon à ce qu’ils ne perçoivent pas la situation comme menaçante, mais comme un inconvénient lié à la situation. On ne doit pas leur parler d’une pandémie avec de nombreux morts, mais d’une maladie qui ressemble à une grippe ou un gros rhume qu’on préfère qu’ils n’attrapent pas. Rien ne sert de dramatiser. L’enfant doit toujours se sentir en sécurité. On doit tenir un discours que les enfants comprennent et dont ils n’ont pas peur.
  2. Réagir avec douceur lorsque les enfants n’observent pas les règles. Il ne faut surtout pas utiliser la peur pour motiver l’enfant à obéir aux règles. Rappelez-lui que ce n’est pas agréable d’être malade plutôt que de lui parler des conséquences d’une pandémie sur grand-papa et grand-maman.

Surveillez vos propres réactions lorsque les enfants ne suivent pas les règles. Des réactions de peur et de colère intense envoient un message de danger à l’enfant, un message que l’environnement est dangereux. Si vous avez la même réaction émotionnelle lorsqu’il prête un jouet que lorsqu’il traverse la rue sans regarder des deux côtés, vous lui envoyez un message de danger.

Alors vivement le déconfinement et espérons qu’il sera vécu avec harmonie et prudence.

 

Il est toutefois nécessaire de documenter les effets de cette pandémie chez les enfants, particulièrement chez ceux grandissant dans des familles vulnérables. En effet, ils sont plus à risque de subir des impacts négatifs en lien avec ce confinement. À cet égard, l’Observatoire des tout-petits fait un excellent travail : COVID-19: effets de la crise sur les familles et le développement des tout-petits

 

À lire également de Nicolas Chevrier, psychologue :

 

Photo : GettyImage/wundervisuals

Commentaires (1)

  1. Geneviève 1 juin 2020 à 09 h 56 min
    Je comprends le message général de cet article: ne pas rendre menaçante chaque activité simple de la vie. Mais est-ce nécessaire de lier le développement d’un trouble anxieux à des paroles inoffensives telles que: « Attention, les couteaux sont coupants »? Quand mon fils de trois ans se jette dans la rue parce qu’il a aperçu un lièvre de l’autre côté, oui je lui dis sévèrement « Une voiture aurait pu te heurter ». Quand il s’élance vers un morceau de pomme alors que je suis en train de la trancher, oui je m’exclame: « Attention, j’aurais pu te couper un doigt! ». Que d’insinuer que cela pourrait développer un trouver anxieux chez mon enfant, je trouve cela culpabilisant. En fait, cet article risque plutôt de développer des troubles anxieux chez les parents! Et se faire taxer de « parents hélicoptères » alors qu’on cherche uniquement à s’assurer de la sécurité de nos enfants? Je trouve ça aussi assez contradictoire. Avec des sites comme « Naître et grandir » et toute la professionalisation de la parentalité, les parents deviennent de plus en plus soucieux de ce qu’il faut faire et ne pas faire en terme d’éducation. Normal ensuite d’être porté à constamment observer nos enfants, non?

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