COVID-19: la peur du retour en classe

COVID-19: la peur du retour en classe
Retour en classe ou non? Nicolas Chevrier, psychologue, propose un exercice pour vous aider à prendre votre décision.

Ça y est. Le déconfinement est à nos portes. Le signal a été lancé avec le retour non obligatoire des enfants à l’école primaire. Certains ont peur. Je les comprends. Comment y faire face?

La peur est une émotion saine qui nous protège du danger. Afin de prendre la bonne décision, notre cerveau devra décider laquelle de ces deux stratégies est la plus efficace : faire face au danger ou le fuir.

Chacun d’entre-nous devra réfléchir au pour et au contre, car chaque situation familiale est différente. Certains parents devront retourner au travail et n’auront pas le choix d’envoyer leurs enfants à l’école alors que d’autres, en télétravail ou encore sans emploi, pourront choisir.

Ceux qui auront le choix d’envoyer leur enfant à l’école devront se poser les bonnes questions avant de prendre une décision. En effet, dans certaines familles, il y a des enjeux particuliers comme une condition médicale chez un parent ou chez un enfant, ou encore la présence d’une personne âgée de 60 ans et plus à la maison.

Quoi qu’il en soit, c’est à chacun de déterminer son niveau de tolérance au risque. Or, dans cette situation, comme dans toutes les situations qui génèrent de l’anxiété, il est important de considérer les bénéfices et les risques auxquels on s’expose. Faire cet exercice peut nous aider à prendre une bonne décision et surtout à mieux gérer nos peurs.

Dans le cas de ma fille Leeloo, l’exercice donne le résultat suivant.

Bénéfices :

  • Leeloo s’ennuie beaucoup de ses amies, elle a besoin de stimulation sociale avec d’autres enfants.
  • Elle fonctionne et est heureuse dans un certain cadre, cadre que nous ne pouvons lui donner en ce moment.
  • Un changement d’environnement pour Leeloo lui fera un plus grand bien.
  • Elle a très hâte de retourner à l’école.

Risques :

  • Leeloo pourrait ramener la COVID-19 à la maison, mais personne n’est à risque de complications chez nous.
  • Elle a deux grands-parents qui sont à risque, mais nous acceptons le fait que nous ne les verrons pas en personne avant septembre au moins.

Pour ma fille, l’équilibre penche donc du côté des bénéfices. Mais, pour plusieurs, la balance pourrait pencher de l’autre côté. En fait, c’est un questionnement très personnel pour chaque parent.

L’important, c’est de se laisser guider par des faits, par une réponse rationnelle et non pas par nos émotions. « Je garde mon enfant à la maison parce que le risque est trop important, et non pas parce que j’ai peur. »

Parlant des faits, je vous invite à consulter les informations gouvernementales sur comment se fera le retour en classe.

La peur non fondée disparaît avec le temps lorsqu’on affronte la situation. Cependant, elle se maintient lorsqu’on évite la situation ou que le risque est mal évalué. Bien sûr, comme dans tous les choix que l’on fait dans nos vies, il est aussi important de se rappeler que le risque 0 n’existe pas.

Bonne réflexion!

 

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Photo : GettyImage/Chinnapong

Commentaires (8)

  1. Joannette 30 avril 2020 à 15 h 34 min
    Pas si simple lorsque l'école en milieux rural nous rappelle pour nour dire qu'elle sera la seule de sa classe 3 iem année) et qu,il n'y aura qu'un autre élève en première année. ( Curieusement le fils de ma fille qui réside a la même adresse que nous... Alors comme il habite a la même adresse il ne pratiquerons pas la distanciation. Tout cela pour 24 jours d'école alors ont s'interroge...
  2. Jacquet 30 avril 2020 à 19 h 59 min
    Et le risque direct pour Leeloo d'être contaminée par une maladie dont on ne connait pas encore toutes les conséquences, ça n'entre pas dans en ligne de compte dans votre réflexion ?
  3. Dr Nicolas Chevrier, psychologue 1 mai 2020 à 10 h 57 min
    Bonjour Jacquet, bien sûr que ce risque entre en ligne de compte, mais les informations disponibles me porte à croire justement que le risque est presque inexistant. Je vous copie ici un bref article qui parle du risque chez les enfants. Je vous laisse tirer vos propres conclusions. Merci de votre commentaire, il illustre bien l'importance d'aller cherche les des informations justes. https://www.lesoleil.com/actualite/vos-questions-sur-la-covid-19/covid-19-pourquoi-les-enfants-sont-ils-moins-malades-9026d6c129d117ddd5461afb7b05b43a
  4. Jacquet 1 mai 2020 à 17 h 20 min
    Bonjour et merci pour votre réponse. J'ai lu l'article que vous avez transmis, je retiens notamment que : - selon les statistiques chinoises (qui du reste, paradoxalement, ont été régulièrement accusées d'être sous-évaluées, plutôt que sur-évaluées), 7,3 % des enfants de 1 à 5 ans qui ont contracté la maladie étaient des cas sévères ou critiques. => On peut peut-être se féliciter que ce ratio soit plus faible que celui de la population moyenne, pour ma part, il me paraît encore trop élevé pour faire courir un risque, a fortiori sciemment, à mon fils de 5 ans. et - "comme les adultes, les enfants peuvent propager la maladie, même sans en avoir de symptômes". Je connais personnellement deux personnes atteintes du covid-19, qui sont âgées de moins de 45 ans (donc dans la fourchette d'âge des parents, et non pas des grands-parents), ne présentant pas de co-morbidité : je peux vous assurer que, même sans en mourir, la maladie peut très rapidement devenir épuisante et "angoissante" pendant plusieurs semaines (et cela sans compter les possibles séquelles sur le long terme d'une maladie dont on ne connait encore presque rien...). Un vieux proverbe français dit "Prudence est mère de sûreté", en l'occurrence, il me paraît plus qu'adapté à la situation. Bien cordialement
  5. Jean-Charles 1 mai 2020 à 11 h 00 min
    Dans la balance du risque; les besoins de socialisation que vous supposez à votre fille (qui peut-être sont une intellectualisation d'un de vos propres désirs inconscient, ou d'un sentiement d'incompétence que vous rationalisez " on ne peut pas lui donner quelque chose") semble se placer au-dessus de sa sécurité physique. Qui plus est, comment savez-vous que vous n'êtes pas à risque de complication si le risque 0 n'existe pas. Il y a beaucoup d'angles morts dans votre réflexion (moralisatrice).
  6. Dr Nicolas Chevrier, psychologue 1 mai 2020 à 14 h 54 min
    Bonjour Jean-Charles, les besoins de socialisation d’une enfant de 8 ans sont bien documentés dans la littérature scientifique. Aussi, je comprends qu’ils ne sont pas plus importants que d’autres besoins. Si mon père de 78 ans habitait chez nous, alors ma décision aurait certainement été différente. Tout dépend de la situation de chacun et tant que nos décisions sont basées sur des faits, pas sur la peur, la bonne décision est celle que chacun prend pour son enfant.
  7. Lexa 1 mai 2020 à 13 h 59 min
    Réflexion interessante, actuellement il est impossible qu'une décision équivoque et unanime pour tous soit prise. Certaines personnes peuvent s'occuper de leurs enfants , d'autre devront retourner travailler, certains sont en mesure de s'occuper adéquatemnet de leur enfant, d'autres non. Certains enfants seront suffisament stimuler par leurs parents ou frateries, alors que d'autres seront parker devant la tv. Chacun vit dans un réalité différente de son voisin, le mieux que chaque parent puisse faire est prendre les inforamtions scientifiques qui existent (les vrai pas juste les extrapolation des publication sur facebook ou par les médias) et faire un choix éclairer avec cette informaiton.
  8. Nounou 1 mai 2020 à 17 h 24 min
    Merci infiniment docteur Chevrier pour cet article équilibré, réaliste et rationnel! Vos billets sont toujours une bouffée d’air frais dans ma journée!

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