COVID-19 et stress: et les enfants, eux?

COVID-19 et stress: et les enfants, eux?
On aurait pu croire que les enfants vivraient ce confinement comme des vacances. Or, ce n’est pas le cas. Nicolas Chevrier, psychologue, parle du stress vécu par les enfants.

On parle beaucoup du stress des parents et des travailleurs ces temps-ci. À première vue, on aurait pu croire que nos enfants seraient à l’aise avec le confinement, qu’ils vivraient ce confinement comme des vacances. « Youppi ! pas d’école aujourd’hui! » Or, ce n’est pas le cas. Le syndrome de la tempête de neige ne s’applique pas ici.

Cette pause prolongée peut avoir des implications importantes pour nos enfants, petits et grands. Si on analyse le CINÉ (Contrôle, Imprévisibilité, Nouveauté, Égo), on se rend compte que cette situation est très stressante également pour eux.

Est-ce que votre enfant vit du stress?

Il faut apprendre à bien identifier les manifestations de stress chez notre enfant. Reconnaître les changements comportementaux de nos enfants est important. Voici les comportements à surveiller :

  • pleurer plus souvent ;
  • chigner ;
  • sucer le pouce ;
  • s’accrocher à papa ou à maman ;
  • se plaindre de maux de ventre ou de maux de tête ;
  • s’isoler du reste de la famille ;
  • fixer le vide ;
  • avoir des problèmes d’appétit ;
  • avoir des troubles du sommeil ;
  • être irritable ;
  • faire des colères ;
  • être plus agité qu’à l’habitude.

Les réactions seront différentes selon les enfants et selon leur âge. Plusieurs de ces comportements sont normaux, mais le mot d’ordre reste de se questionner lorsqu’on remarque un changement dans ces comportements. Est-ce que je vois plus de ces comportements? Est-ce que j’en vois de nouveaux? Est-ce que d’anciens comportements recommencent?

Dans mon cas, j’ai pu identifier au moins une manifestation par enfant. Leeloo « pot de colle », 8 ans, a besoin de beaucoup de câlins et qu’on la rassure sur des questions entendues dans les médias (les masques, les morts, les autres virus, les grands-parents… alouette!). Akira, 12 ans, a besoin de passer du temps avec moi pour m’apprendre à jouer à un jeu vidéo qu’il connaît bien (il se sent en contrôle et c’est bon pour son estime de soi!). Finalement, Toshiro a un grand besoin de passer du temps en FaceTime avec son groupe d’amis, isolé dans sa chambre, isolé parmi les isolés… Don’t ask!

Intervenir sans dramatiser

C’est important de ne pas dramatiser. La crise que nous vivons en ce moment est une crise extraordinaire. Aussi, les réactions des enfants sont pour la plupart des réactions ordinaires à une situation extraordinaire. Donc, avant d’intervenir, aidez votre enfant avec des gestes simples. Par exemple, passer plus de temps avec son enfant dans une activité positive qu’il apprécie, jouer à la cachette, regarder une émission comique (chez nous, c’est la série Science de la stupidité, mais bon, chacun son humour!), lire et mimer une histoire amusante, etc. Un peu plus d’attention peut avoir un effet étonnant!

Ensuite, évitez de punir votre enfant pour ces comportements. Bienveillance et compassion sont importantes dans ces temps difficiles. Ça vaut pour nos enfants et ça vaut aussi pour nous. Attardons-nous aux comportements positifs et moins aux comportements négatifs : disons bravo pour les bons coups, ignorons les mauvais coups.

Faites-vous des conférences câlins sur le divan! Quoi de mieux que de regarder le film préféré de votre enfant, avec lui collé sur vous. On peut même intégrer certains de ces moments dans nos routines. C’est ce que j’ai fait avec l’heure de jeu avec Akira. Ça lui donne un objectif plaisant pour sa fin de journée. Parlant routine, je ne m’attarde pas trop à ce point. On en a déjà beaucoup parlé : une routine stable sans qu’elle soit trop stricte permet à l’enfant d’avoir un bon sentiment de contrôle de son environnement. Ça rend la journée un peu plus prévisible et donc réduit le stress et l’anxiété de l’enfant.

Finalement, prenez le temps de parler de la situation avec votre enfant. Demandez-lui comment il se sent. S’il vous dit qu’il s’ennuie de ses amis ou de son éducatrice, dites-lui que vous aussi vous vous ennuyez de vos collègues ou de votre sœur. Comprendre que nos émotions sont normales dans les circonstances est important.

Une fois que vous aurez fait tout ça, ce sera le temps de prendre soin de vous. Du temps en solitaire, si vous le pouvez, avec un bon livre, une série télé, un bon album, une activité avec un peu de détachement, ça fait du bien!

 

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Photo : GettyImage/fizkes

Commentaires (4)

  1. Renée-Pierre 5 avril 2020 à 23 h 26 min
    Bonjour, j’adore vos articles. J’ai une petite fille de 2 ans qui a toujours bien dormis mais depuis 1 mois 1/2, elle ne veut plus dormir dans sa chambre, elle veut toujours être avec moi (je ne peux plus être seule) et refuse tout de papa, que ce soit le bain, l’histoire etc.... est-ce que c’est du stress ? Qu’est-ce que l’on doit faire? Je sais que le dodo dans notre lit n’est vraiment pas conseillé mais c’est la seule solution que j’ai trouvé.
  2. Noémi 9 avril 2020 à 06 h 49 min
    Bonjour! Je trouve votre texte bien intéressant. Toutefois, il s’avère difficile à appliquer dans certaines circonstances. Nous avons 4 enfants, âgés entre 18 mois et 8 ans. Nous sommes tous les 2 tenus de faire du télétravail équivalent à un temps complet. Chacun de nos enfant réagit et comprend à différents niveaux. Lire un livre est environ le temps maximal que nous avons seul avec eux...
  3. Julie Blais 10 avril 2020 à 19 h 03 min
    Effectivement, lorsque les parents doivent continuer à travailler comme si les enfants n'étaient pas à la maison, c'est vraiment pas évident...
  4. Elyse 17 avril 2020 à 23 h 54 min
    Merci, j'ai trouvé dans votre article exactement ce que j'avais besoin d'entendre. Je ne culpabiliserai pas, mais plutôt tenterai d'appliquer vos conseils. Pour reprendre votre citation; ''mon enfant me permet de peaufiner mes talents de parent tous les jours…pandémie ou pas j'ajouterai'' Ici, mon fils (5 ans) est plus agité, écoute moins les consignes (venir au repas, prendre son bain, ranger les jouets....) on dirait qu'il est en vacance prolongé, aussi le surplus d'écran n'aide pas je crois. Je pense revenir à plus de sport extérieur ou intérieur avec lui pour évacuer le stress et l'énergie, j'envisage la minuterie d'écran et tablette et surtout tenter de le faire verbaliser ses craintes avec lui. Il est brimé dans sa socialisation avec les amis du voisinage et de la garderie, d'autant qu'il est enfant unique 2 conte 1 avec ses parents bien souvent! Viva la fin de la distanciation prochaine.

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