Le burnout parental

Le burnout parental
Le burnout parental est-il simplement un terme à la mode? Voici les réflexions de notre psychologue Nicolas Chevrier.

Le burnout parental. Je croyais que c’était une invention de la psycho pop. Un autre nouveau concept sans fondements scientifiques. Et cela, jusqu’à ce que je tombe sur la définition que l’on présente dans le livre Le burn-out parental : l’éviter et s’en sortir*.

Cette définition est la suivante: le burnout parental est un syndrome de détresse intense lié à la parentalité et qui se manifeste de trois façons : un épuisement physique et émotionnel, un désengagement affectif et la perte du sentiment d’efficacité parentale.

Un parallèle avec l’épuisement professionnel

Ce qui m’a surpris, c’est que cette définition est exactement la même que celle que j’ai utilisée durant ma thèse de doctorat. Seulement, ma thèse portait sur l’épuisement professionnel, pas sur l’épuisement parental. Mais en fait, quand on y pense, cette nouvelle façon de voir le sujet, ça a beaucoup de sens. On peut d’ailleurs faire un parallèle entre les deux.

L’épuisement professionnel se développe après une exposition au stress chronique. Ce stress est causé par un déséquilibre entre les demandes qui sont faites à une personne au travail et les ressources qui sont mises à sa disposition pour répondre à ces demandes.

Ainsi, comme parent, on peut faire le parallèle suivant : est-ce que j’ai assez de ressources (temps, argent, stabilité émotive, compétences) pour pouvoir atteindre les objectifs que je me suis fixés? Par exemple, faire faire du sport ou des cours de musique à mes enfants pour qu’ils développent certaines habiletés, faire des activités en famille toutes les fins de semaine, rendre mes enfants plus autonomes et responsables et m’attendre à ce qu’ils agissent toujours correctement chez les autres, etc.

Alors est-ce possible que, chez certains parents, les demandes dépassent largement les ressources disponibles? Je crois sincèrement que oui. Malheureusement, dans notre société, on a souvent une attitude du « j’ai besoin » et du « il faut » plutôt qu’une attitude de « j’aimerais » ou « est-ce réaliste? ».

Parfois, certaines attentes que l’on s’impose comme parent vont entrer en contradiction entre elles. La plus célèbre d’entre toutes est probablement : « je veux être le ou la meilleur(e) au travail et, pour cela, je dois quitter le bureau en dernier » et « une bonne maman ne laisse pas ses enfants jusqu’à la dernière minute à la garderie, elle va les chercher le plus tôt possible ». Or, ces contradictions vont causer un stress important chez le parent, stress qui va lentement le pousser vers l’épuisement.

Nous sommes tous constamment en équilibre sur un continuum, comme le mentionnent aussi les auteurs du livre sur le burnout parental. C’est d’ailleurs un autre parallèle que l’on peut faire avec le burnout professionnel puisque c’est une des importantes découvertes des dernières années sur le sujet. D’un côté il y a l’épuisement professionnel; et de l’autre, le bien-être professionnel. De même, pour un parent, il y a le burnout parental d’un côté et le bien-être parental de l’autre. Le secret du bonheur reste donc dans l’équilibre. Dans le livre, on donne par ailleurs plusieurs pistes intéressantes aux parents pour les aider à retrouver leur équilibre.

Comment réduire l’impact du stress parental

Une des façons importantes de réduire l’impact du stress parental, c’est d’ajuster nos attentes à notre réalité. Je vous donne un exemple personnel.

Lorsque Toshiro est né, j’ai décidé que le sport devait faire partie de la vie d’un enfant et qu’il devait avoir au moins un cours de sport par fin de semaine. C’était très bien avec un enfant. Cela s’est un peu corsé avec deux enfants. Finalement, après deux saisons de baseball et un cours de ballet en parallèle qui ont drainé complètement notre été, j’ai dû ajuster mes attentes concernant le sport. Le stress était devenu trop important pour moi, ma femme et les enfants. On a dû s’ajuster et viser les besoins les plus importants afin de se libérer de demandes que nous nous imposions nous-mêmes!

Ce qu’on sait maintenant, c’est que dans notre société de performance, l’épuisement nous guette tous. Il importe donc de prendre conscience de nos attentes excessives et de faire preuve de souplesse pour arriver à nous adapter et à reprendre plaisir à notre rôle de parent.

Aussi, je vous lance aujourd’hui un défi : tentez de trouver une attente parentale que vous avez et que vous pourriez assouplir ou laisser tomber. N’hésitez pas à utiliser la section commentaire pour le faire; je suis certain que ces discussions entre parents mèneront à des réflexions constructives et peut-être des remises en question salutaires…

 

* Le burn-out parental : l’éviter et s’en sortir, Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam, Éditions Odile Jacob, 2017

 

Photo : GettyImages/KatarzynaBialasiewicz et BartCo

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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Commentaires (18)

  1. Abi 27 avril 2017 à 11 h 27 min
    Votre billet m'interpelle car je suis maman à temps plein de deux enfants et il est vrai que l'on se met beaucoup de pression en tant que parent, mais à fortiori en tant que parent-éducateur. Je me questionne toujours à savoir si mes enfants sont heureux ainsi ou le seraient davantage en milieu de garde. Ouf! C'est drainant parfois mais je garde le cap et je me dis que les garderies sont une invention somme toute récente. Mon aîné va à l'école maintenant et il fonctionne très bien, comme moi à l'époque alors que j'avais passé 5 ans à la maison! Mes enfants font tellement d'activités et de sorties alors que moi j'étais souvent.... à la maison. Bref, la plupart des parents font leur possible et il ne faut pas oublier que les enfants doivent avoir du temps à eux pour rêver et imaginer...
  2. Veronique 27 avril 2017 à 13 h 35 min
    Les repas qui contiennent TOUJOURS tous les bons ingrédients et les 4 groupes alimentaires! De temps en temps, on peut se permettre de manger un repas moins santé quand l'énergie n'y est pas, on peut ainsi mieux se concentrer sur les enfants! Le ménage aussi, c'est quelque chose qu'on s'impose mais qui apporte du stress si le temps manque, on peut parfois tourner les coins ronds au profit de temps de meilleure qualité avec les enfants ou simplement pour se permettre de relaxer quand ils sont couchés!
  3. Adèle 27 avril 2017 à 15 h 17 min
    J'ai deux garçons et j'ai lâché prise sur la tenue vestimentaire. Mon plus jeune, ça ne le dérange pas d'avoir de l'«eau dans sa cave» quand je n'ai pas été rapide pour lui retirer une paire de pantalon trop court, d'avoir des trous dans ses bas et j'en passe. Mon plus vieux lui le froid l'hiver ça n'existe plus à l'âge où il est rendu.... Je n'ai plus envie de chicanes le matin au sujet des vêtements. Je choisis mes batailles!
  4. Marianne 27 avril 2017 à 15 h 40 min
    Je suis une maman qui se targue de préparer tous ses repas à la maison. Ma fille est entrée à la maternelle cette année et la gestion de la boîte à lunch a grugé les dix minutes de flottement que j'avais le matin. L'an prochain, je l'abonne à la cantine. L'autre petit luxe, que nous avons introduit dans notre vie, sont les vendredis bouffe: resto ou hot-dog devant la télé, un changement à la routine pour décrocher de la cuisine...
  5. Cathy 28 avril 2017 à 10 h 51 min
    Pour ma part, j'ai arrêté les cours en dehors de l'horaire scolaire. Fini la natation, la danse ou le patinage. Même si mes filles ne faisaient qu'un cours par saison, à chaque samedi matin, c'était la galère car elles ne voulaient pas y aller. On courait toujours et le plaisir n'était même pas au rendez-vous. Finalement, elles sont quand même heureuses. Et elles ont appris à nager avec nous dans nos moments de baignade en famille.
  6. Soso 28 avril 2017 à 15 h 07 min
    Pour la natation toutefois je crois que parfois c'est nécessaire car mon grand n'aurait jamais fait le tremplin avec moi ou son père, n'étant pas bons nageurs ni l'un ni l'autre. Sa prof de natation l'encourage et l'effet de groupe fait qu'il n'a pas le choix de plonger! Je suis fière de lui et contente de ses progrès car pour lui c'était ça ou ne pas bien savoir nager. J'aimerais aussi qu'il fasse du piano mais juste un petit cours cet été et juste pour le plaisir...
  7. Claire 28 avril 2017 à 16 h 46 min
    J ai 2 filles et franchement,je ne suis jamais débordée. Il me suffit de songer à ma grand mère et ses 9 enfants( elle même faisait partie d une fratrie de 12), ma tante et ses 7 enfants,l autre avec ses 8 enfants, mon oncle 5 enfants... bref,je relativise direct :-)
  8. noyer 28 avril 2017 à 17 h 09 min
    Difficile de lâcher lorsque son enfant souffre de handicap et qu'̂ il a deux frères. Malgré tout on essaye de consacrer du temps pour notre couple on met à contribution la famille pour avoir un peu de répit et on ne culpabilise pas. On revient plus en forme et serein.
  9. Josianne 29 avril 2017 à 10 h 02 min
    C'est drôle car cette semaine je me suis justement sentie male de quitter le boulot (même si mon chiffre était terminé). Ma suppérieur direct restait faire plus d'heures alors que moi je la laissait pour pouvoir arriver assez tôt pour aller chercher ma petite fille sans être pressée et je me demandais ce qui était le mieux, rester travailler jusqu'à la dernière seconde possible pour prouver mon engagement, ou me laisser du temps pour faire mes trucs à la maison( préparer le repas, faire des commissions) et aller chercher Évelyne.
  10. Soso 29 avril 2017 à 18 h 13 min
    À Claire: tant mieux si vous n'êtes pas débordée ! Vos filles sont peut-être bien sages et vous êtes efficaces ou encore vos idéaux sont différents. Je ne sais pas trop que penser des familles avec plusieurs enfants dont les parents ne sont jamais fatigués. Soit ils ont une énergie illimitée ou encore ils délèguent ou quoi encore ! Les enfants à défis ou ceux qui ont des problèmes de santé peuvent causer bien des détresses et des crises familiales . Il ne faut pas juger les autres et ne pas trop se vanter d'avoir des enfants parfaits...
  11. Béatrice 30 avril 2017 à 03 h 06 min
    Bonjour Je m imposait bcp d'exigence pour satisfaire les désirs de mon mari: heure des repas, repas équilibré, modifier mon planning pour que les enfants soient moins à la garderie, activités périscolaire natation pour les 2 théâtre pour le grand danse pour la 2de, sortie le WE pour les aerer...finalement nos désaccords et mon épuisement ont eu raison de notre mariage. Pour le coup j'ai supprimé tous les elements stressant et ne pas avoir les enfants un we sur 2 me permet d'avoir du temps pour moi je souffle et je regonfle mes batteries.
  12. Julie Forest 30 avril 2017 à 10 h 33 min
    Le Menage ,ramassage ...... je ne tolère pas le bordel ! Et cela devient très prenant car je m'en demande beaucoup et je rage quand je vois mon conjoint etre en train de faire peu importe quoi .. ....mais pas du Menage !!! :( je vais essayer de penser comme @claire et me dire que nos grand parent ne devais pas avoir des Maison spick and span avec 6-7 enfants non ?? Nous devons penser au moment présent et profiter pleinement de nos petits bonheur au quotidien ;) c'est ce que je me répète chaque jour et cest ce que j'essaie d'appliquer ;)
  13. Raphaëlle 30 avril 2017 à 14 h 48 min
    Mais que faire quand ce sont les enfants qui sont trop "intense"? Et que dire des environnements qui ne sont pas favorables à la famille? Parce que là encore, c'est facile de rejeter la responsabilité sur le dos des individus.
  14. Veronique 5 mai 2017 à 07 h 11 min
    Oui etant monoparentale de 2 garcons de 2 ans et demi et un bebe de 7 mois que jallaite encore desfois je ne sais plus ou me donner de la tete. Jaime mes enfants plus que tout mais il y a des jours ou je ne ferait quune chose..dormir!! Mais lorsque je vois les 2 rirent ensemble...mon coeur fond!!!
  15. veronique 13 mai 2017 à 11 h 21 min
    L'heure du bain peut paraître stressant. J'ai lâché prise. Je dépasse parfois l'heure du bain de 15 minutes et je stresse moins si mes enfants se couchent 15 minutes plus tard. C'est important de prendre le temps sans trop être pressé. Mes enfants prennent leur bain en s'amusant, ensuite la collation, le brossage de dents, l'histoire et le dodo. L'été, on se couche plus tard. On prend notre temps le soir et tout le monde est plus content.
  16. Audrey 15 mai 2017 à 11 h 06 min
    J'ai 2 enfants, 18 mois et 1 mois et j'ai appris et j'y travaille toujours a lâcher prise et profiter de la vie au lieu de s'en faire avec le lavage, le ménage, etc. Je viens d'une famille de 7 enfants, je suis la plus vieille et je ne sais pas comment mes parents ont fait, mais je pense qu'ils avaient cette capacité de laisser-aller. J'ai tellement de bon souvenir, de jeux, de sorties et de la présence de mes parents, j'aimerais vraiment pouvoir donner cela à mes enfants.
  17. Sam 17 mai 2017 à 11 h 54 min
    En faire moins, plus facile à dire qu'à faire. Quand le petit dernier ne fait pas ses nuits passé l'âge d'un an (encore aujourd'hui, on ne sait jamais si on va réussir à dormir 3h dans la nuit ou pas), que l'aîné s'oppose à tout et pose problème à la garderie, que nous devons travailler 35h chacun pour payer les factures, que c'est toujours sale chez nous, à un moment donné, ça brûle. Dans un premier temps, on peut bien mettre de côté le ménage, faire des repas moins élaborés, créer des routines, mais petit à petit, on s'isole, on n'a plus de temps personnel parce qu'on passe notre temps à gérer des enfants survoltés, et on n'a d'autre solution que de rester forts et unis à travers ça. Et recevoir l'aide de la famille et des amis, on oublie ça... personne ne veut s'en occuper, surtout pas sur une base régulière. Car une journée de temps en temps, ça ne serait pas suffisant pour se sortir de là. Nos parents travaillent encore: ils ne veulent plus passer leurs fins de semaines à gérer des enfants. Nos amis ont eux-même des enfants dont ils doivent s'occuper. Tsé, je crois que si c'est un phénomène de société, le problème est beaucoup plus difficile à résoudre que de revoir ses attentes. Quand on est au bout du rouleau, on n'en a plus trop trop d'attentes, car on aurait ben pensé couper dans le superflu. C'est facile et logique.
  18. Cynthia 17 mai 2017 à 20 h 43 min
    Courage! Je sais à quel point ça peut être frustrant lire ce genre d'article où on présume que tu ne t'es pas rendu compte que le problème venait de tes attentes et que du jour au lendemain, en coupant quelque chose qui n'a pas sa raison d'être, tu vas retrouver le bonheur. Nous vivons à peu près la même chose. Aucun superflu, un enfant qui ne dort pas la nuit, un travail à temps plein, une famille et des amis occupés, des enfants survoltés qui, d'une façon ou d'une autre, obtiendront ton attention constante. Et il n'y a probablement pas de solution facile. De mon côté, j'ai eu la chance d'obtenir temporairement le droit de travailler 32h par semaine, sur 4 jours. Je n'ai aucun espoir que ceci me permette réellement de me reposer un jour, mais au moins, je peux prendre le temps de plier le linge, de planifier des repas, de ramasser les dégâts qui s'accumulaient auparavant et de réfléchir dans le silence aux solutions possibles des problèmes du quotidien. Et j'ai la chance de pouvoir me permettre 3h de moins sur mon salaire. Bonne chance, et reste fort(e). Aucune aide ne viendra de l'extérieur sans que tu fasses des démarches, et tu es peut-être trop épuisé(e) pour aller en chercher, mais ma suggestion serait d'essayer de prendre ne serait-ce qu'une journée off pour réfléchir à des pistes de solution. J'étais tellement fatiguée par moments que ça pouvait me prendre des heures arriver à focuser sur le problème, et je ne voyais pas de solution, sinon attendre que la tempête se calme d'elle-même. Et c'est en en parlant à vive-voix à un collègue de travail que j'ai pensé demander de travailler 4 jours. :-)

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