Les allergies alimentaires chez l'enfant

Les allergies alimentaires chez l'enfant
Quels sont les symptômes d’une allergie alimentaire? Est-ce possible de prévenir?


Qu’est-ce qu’une allergie alimentaire?

Une allergie alimentaire est une réaction exagérée du système immunitaire à une protéine alimentaire (allergène) normalement inoffensive, mais que le corps reconnaît comme une menace.

On parle de réaction allergique médiée par les anticorps IgE lorsque l’aliment déclenche une réaction immédiate, en général dans les 30 minutes suivant l’exposition, en libérant différentes substances causant des symptômes pouvant toucher plusieurs organes.

On estime que 6 % des bébés et 3 % des enfants ont des allergies alimentaires. N’importe quel aliment peut provoquer une réaction allergique. L’allergie au lait est la plus fréquente et touche environ 2,5 % des jeunes enfants. La plupart d’entre eux verront leur allergie au lait disparaître avant l’âge de 5 ans. L’allergie aux arachides touche de 1 à 2 % des tout-petits.

Les enfants qui risquent le plus d’avoir une allergie alimentaire

Les enfants les plus susceptibles de présenter une allergie alimentaire sont ceux qui :

  • ont déjà une allergie alimentaire;
  • souffrent d’eczéma sévère, d’asthme ou de rhinite allergique (rhume des foins);
  • présentent des antécédents familiaux d’atopie, tels qu’allergie alimentaire, asthme, rhinite allergique ou eczéma.

Les allergies alimentaires peuvent-elles disparaître?

Dans la majorité des cas, l’allergie alimentaire disparaîtra avant l’âge de 5 à 7 ans. Pour certains allergènes, dont le lait et les oeufs, jusqu’à 80 % des enfants auront cette chance.

Principaux allergènes

Les recherches médicales indiquent que plus de 160 allergènes différents peuvent causer une anaphylaxie (réaction allergique sévère). Au Canada, les 10 aliments suivants sont considérés comme les allergènes responsables de près de 90 % des réactions allergiques sévères :

  • lait de vache            
  • oeufs
  • arachides
  • noix
  • fruits de mer
    (crustacés et mollusques)            
  • poissons
  • graines de sésame
  • moutarde
  • soya
  • blé

Santé Canada a rendu obligatoire la déclaration de ces 10 aliments sur l’étiquette des produits qui en contiennent ou qui pourraient en contenir.

Symptômes d’une allergie alimentaire

Les symptômes associés à une allergie alimentaire médiée par les anticorps IgE se manifestent dans les minutes, au maximum dans l’heure, après que l’enfant a mangé l’allergène. Une réaction allergique peut se manifester sur différentes parties du corps.

Les symptômes les plus fréquents sont :

  • urticaire, plaques rouges enflées, démangeaisons;
  • changement de voix ou du son des pleurs;
  • irritabilité;
  • changement rapide de l’état général;
  • vomissements en jet, diarrhée à répétition;
  • toux;
  • difficultés à respirer;
  • enflure des lèvres, de la langue et de la gorge.

Anaphylaxie (réaction allergique sévère)

Certains symptômes peuvent indiquer que votre enfant fait une anaphylaxie (réaction allergique sévère). Par exemple :
  • son état général change rapidement de façon importante (ex. : irritabilité, somnolence, perte de connaissance);
  • ses lèvres enflent (parfois langue enflée, mais plus rare chez l’enfant);
  • il respire difficilement;
  • il vomit.

Au premier signe d’une réaction allergique sévère, utilisez un auto-injecteur d’épinéphrine (ex. : EpiPenMD ou AllerjectMD) si votre enfant en a un et téléphonez ensuite au 911. Si vous n’avez pas d’auto-injecteur d’épinéphrine, composez le 911 sans attendre.

Que faire si un enfant a mangé un aliment auquel il est allergique?

Votre enfant peut présenter un ou plusieurs symptômes après l’ingestion d’un aliment auquel il est allergique. Il faut surveiller attentivement l’évolution de ses symptômes même s’ils semblent légers au départ, car la situation peut évoluer et s’aggraver.

Même s’il est recommandé d’utiliser l’auto-injecteur d’épinéphrine (ex. : EpiPenMD ou AllerjectMD) en présence d’une réaction allergique grave, il ne faut pas attendre un symptôme grave pour l’injecter. Si votre enfant présente une combinaison de symptômes légers, il vaut mieux injecter l’auto-injecteur rapidement et téléphoner au 911.

Que faire en cas d’allergie alimentaire suspectée?

Si vous croyez que votre enfant a eu une réaction allergique à un aliment, il est important de consulter un professionnel de la santé pour obtenir un diagnostic.

Pour confirmer la présence ou non d’allergies, un allergologue fera passer des tests cutanés à votre enfant. Lors de ces tests, une très petite égratignure sera faite sur la peau de votre enfant et une goutte d’allergène y sera déposée. Une prise de sang pourrait aussi être nécessaire pour un suivi avec dosage des anticorps IgE.

Si l’allergie est confirmée, le médecin établira ensuite un plan d’action en cas d’urgence. Ce plan devra être communiqué à la garderie ou à l’école de votre enfant.

Selon l’évolution de l’allergie, le médecin pourrait ultimement proposer un test de provocation. Toujours fait sous supervision médicale, ce test consiste à faire manger à l’enfant de petites quantités d’allergènes à intervalle d’environ 20 minutes en augmentant peu à peu la dose. Si le test de provocation est concluant et réussi, l’enfant pourra consommer l’aliment testé. Il devrait d’ailleurs le faire régulièrement afin de conserver sa tolérance à celui-ci.

Allergies et introduction des aliments complémentaires

Un bébé est physiquement prêt à manger des aliments complémentaires vers l’âge de 6 mois.

Contrairement à ce qui a été longtemps recommandé, retarder l’introduction de certains aliments au-delà de 6 mois ne préviendrait pas l’apparition d’allergies. En effet, il n’existe pas de preuve scientifique démontrant que l’introduction tardive des aliments allergènes protégerait un enfant contre les allergies. Au contraire, cela pourrait même augmenter le risque.

La Société canadienne de pédiatrie et la Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique recommandent d’ailleurs d’introduire des aliments allergènes solides chez les enfants à haut risque d’allergie alimentaire (ex. : ceux qui ont des parents, des frères ou des soeurs ayant des allergies, de l’asthme ou de l’eczéma) vers l’âge de 6 mois, mais pas avant l’âge de 4 mois.

Ainsi, la Société canadienne de pédiatrie, les Diététistes du Canada, Allergies Québec et le guide Mieux vivre avec notre enfant ne recommandent plus d’attendre à un âge donné pour introduire un aliment allergène, par exemple du poisson ou un blanc d’oeuf. Cette recommandation est également valable pour les enfants qui risquent de développer des allergies. Les parents de ces enfants devraient toutefois discuter de la situation avec leur médecin afin de savoir comment réagir en cas de problème et ainsi être rassurés.

Par ailleurs, les plus récentes études recommandent d’introduire les arachides tôt, soit vers l’âge de 6 mois, chez les nourrissons à haut risque d’allergies alimentaires. Selon l’âge du bébé, cela pourra prendre la forme d’une poudre d’arachide ou de beurre d’arachide dilué. Pour la procédure à suivre, l’idéal est d’en discuter avec votre médecin.

Précautions à prendre lors de l’introduction des aliments

  • Lorsque votre bébé commence à manger des aliments solides, assurez-vous d’introduire un seul aliment allergène à la fois et attendez de 3 à 5 jours avant d’offrir un nouvel aliment allergène. Commencez par une petite quantité. Si votre enfant mange des purées, donnez-lui 5 ml du nouvel aliment. Augmentez ensuite petit à petit la quantité.
  • Évitez, au début, de lui donner des aliments préparés qui contiennent plusieurs allergènes (ex. : muffin ou barre tendre pouvant contenir lait, oeuf, noix, etc.). Ainsi, si votre enfant présente des symptômes d’allergie, vous pourrez en connaître la cause.
  • Notez les aliments allergènes servis à votre bébé et la quantité donnée afin d’en faire part à l’allergologue, au besoin.
  • Une fois le nouvel aliment allergène introduit et bien toléré par votre bébé, continuez à lui en donner quelques fois par semaine afin de maintenir la tolérance.
  • Évitez de donner à votre bébé un aliment cru lorsqu’il en mange pour la première fois. La cuisson diminue l’effet allergène des aliments.

Réaction irritative de contact

Des réactions irritatives se produisent parfois au contact d’un irritant tel que des aliments acides (tomate, ananas, agrumes), épicés ou vinaigrés pouvant engendrer des rougeurs au pourtour de la bouche et sur les joues. Cette zone sur le visage est particulièrement vulnérable au contact direct, surtout si la peau est sèche. Ce type de réaction irritative n’est pas d’origine allergique, surtout si aucun autre symptôme ne l’accompagne.
Les bébés au teint clair, particulièrement si leur peau est sensible et facilement réactive, ayant de l’eczéma ou non, aux cheveux blonds ou roux et aux yeux bleus ou verts sont plus susceptibles de présenter des réactions irritatives de contact.

Comment prévenir une réaction allergique?

Si votre enfant a une allergie alimentaire, gardez toujours avec vous un auto-injecteur d’épinéphrine (ex. : EpiPenMD ou AllerjectMD) et apprenez comment l’utiliser. Si votre enfant est plus âgé, apprenez-lui à s’en servir et insistez sur l’importance de toujours l’avoir à portée de main.
  • Apprenez à lire les étiquettes nutritionnelles et les listes d’ingrédients sur les emballages afin d’éviter, même sous forme de traces, les aliments auxquels votre enfant est allergique. Le site d’Allergies Québec offre des listes contenant les appellations possibles de différents allergènes. En cas de doute, communiquez avec le fabricant dont les coordonnées se trouvent sur l’emballage.
  • Lorsque vous mangez à l’extérieur de la maison, informez-vous de la liste des ingrédients des aliments servis. N’offrez pas ces aliments à votre enfant en cas de doute.
  • Informez la garderie ou l’école de votre enfant de ses allergies.
  • Faites porter un bracelet d’identification de type AllerblingMD ou MedicAlertMD à votre enfant afin d’informer les intervenants de ses allergies en cas d’anaphylaxie.

Qu’est-ce que la thérapie de désensibilisation orale?

Une thérapie de désensibilisation orale a été développée depuis 2017 dans le cadre d’un projet pilote au CHU Sainte-Justine. Elle est maintenant offerte ailleurs, dont à Sherbrooke, à Chicoutimi et bientôt à Québec. Cette thérapie est aussi offerte à l’Hôpital de Montréal pour enfants dans le cadre d’un projet de recherche pour les allergies au lait de vache, aux oeufs et aux arachides.

Cette thérapie de désensibilisation orale est un traitement de longue durée (3 à 5 ans) qui vise à désensibiliser les enfants ou à leur donner une plus grande tolérance à un allergène. Ce traitement consiste à administrer chaque jour des doses minimes d’allergène sur une période prolongée. La quantité des allergènes mangés est augmentée petit à petit en respectant le seuil de tolérance de chaque enfant. Le protocole du traitement est adapté selon la sévérité de l’allergie alimentaire.

Le traitement est toutefois considéré comme exigeant puisqu’il implique des visites fréquentes à la clinique ainsi que des risques de réactions allergiques. Il reste que les personnes allergiques dont la qualité de vie est altérée pourraient y trouver des avantages.

Cette récente thérapie de désensibilisation a eu du succès pour différents allergènes, comme le lait de vache, les oeufs, les arachides, les noix, le sésame, le soya et le poisson. Les enfants ayant des allergies alimentaires multiples peuvent aussi être traités.

L’allergologue et les parents peuvent faire la demande conjointement auprès des cliniques d’immunothérapie orale (CITO). Les listes d’attente sont toutefois longues.

 

Naître et grandir

Révision scientifique : Dre Marie-Josée Francoeur, allergologue et immunologue pédiatrique
Recherche et rédaction :Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Novembre 2020

 

Photo : iStock.com/perkmeup

 

Ressources et références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • ALLERGIES QUÉBEC. allergies-alimentaires.org
  • ALLERGIES QUÉBEC. Plan d’urgence individualisé. allergies-alimentaires.org
  • ALLERGIES QUÉBEC. Votre enfant vit-il avec des allergies alimentaires? allergies-alimentaires.org
  • ALLERGIES QUÉBEC. L’allergie alimentaire chez les bébés et jeunes enfants. allergies-alimentaires.org
  • ASSOCIATION DES ALLERGOLOGUES ET IMMUNOLOGUES DU QUÉBEC. Allergies alimentaires. 2016. allerg.qc.ca
  • ASSOCIATION DES ALLERGOLOGUES ET IMMUNOLOGUES DU QUÉBEC. Instructions pour la consultation en allergie. allerg.qc.ca
  • BYE BYE ALLERGIE. L’immunothérapie orale. byebyeallergies.ca
  • CHU Sainte-Justine. Clinique d’immunothérapie orale (CITO). 2019. www.chusj.org
  • FOOD ALLERGY CANADA. Eat early, eat often. 2020. foodallergycanada.ca
  • LEAP STUDY. Learning Early About Peanut Allergy. www.leapstudy.co.uk
  • SANTÉ CANADA. Allergènes alimentaires les plus courants. 2018. www.canada.ca
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE. Soins de nos enfants. Les allergies et les intolérances alimentaires : quelle est la différence et puis-je les éviter? 2019. www.soinsdenosenfants.cps.ca
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE. Le moment d’introduire les aliments allergènes solides chez les nourrissons à haut risque. 2019. www.cps.ca
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE D’ALLERGIE ET D’IMMUNOLOGIE CLINIQUE. csaci.ca

Livres pour enfants

  • CYR, Sylvie et Jean MORIN. Les allergies racontées aux enfants. Éditions de Mortagne, 2018, 64 p.
  • DENEAULT, Katy et Émilie RIVARD. Les chasseurs de créatures. Les Éditions Fabulle, 2017, 24 p.
  • SEIGNEUR, Dominique et Jacques LAPLANTE. Moi, je connais ça, les allergies! Éditions Petit homme, 2019, 40 p.

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