Enfant allergique: faites-lui confiance!

Enfant allergique: faites-lui confiance!

iStock_000048249620_LargeIl y a des fois où la vie nous joue de drôles de tours. En avril 2007, à la demande de l’Association québécoise des allergies alimentaires, j’ai prononcé une conférence sur l’anxiété parentale en lien avec les allergies alimentaires chez les  jeunes enfants. En tant que psychologue spécialisé dans la gestion du stress et de l’anxiété, j’ai accepté ce mandat avec plaisir, même si je n’avais jamais vécu de près ou de loin avec un enfant qui souffre d’allergies alimentaires. Au final, je crois avoir fait du bon boulot.

Presque un an plus tard, Akira a 6 mois et mange goulûment un petit pot de bébé à saveur de « costarde anglaise ». Dès qu’il avale, il pleure, devient plaqué rouge et vomit. Après un voyage à l’urgence et un saut chez l’allergologue, le diagnostic tombe : allergie mortelle aux œufs et aux produits laitiers. On nous prescrit un auto-injecteur, une bouteille d’antihistaminique et l’adresse du site de l’Association québécoise des allergies alimentaires. Hasta luego!

C’est à ce moment-là que j’ai compris la vraie nature du mandat qui m’a été confié l’année précédente. Comment, comme parents d’un enfant allergique, devons-nous gérer le quotidien de notre famille maintenant que nous savons que le risque de mort de notre enfant est omniprésent? J’ai donc dû revenir à ma propre formation et en appliquer le contenu à notre vie de tous les jours.

La gestion des allergies au quotidien

De façon générale, il y a 2 grandes approches pour gérer les allergies alimentaires.

1-     L’adaptation de l’environnement à l’enfant

Selon cette approche, toute la famille arrête de consommer les aliments qui contiennent les allergènes. Dans notre cas, cela implique d’arrêter de manger tout ce qui renferme des produits laitiers et des œufs. Aussi, cela veut dire qu’on ne mange jamais à l’extérieur de la maison. Dans les fêtes de famille ou d’amis, on arrive après le repas, question de ne pas tenter Akira. On ne laisse jamais non plus notre enfant sans surveillance dans un anniversaire au cas où il y aurait des aliments allergènes à grignoter.

2-     L’adaptation de l’enfant à son environnement

Selon cette approche, les autres membres de  la famille continuent de consommer les aliments allergènes. On va même les consommer à la même table, le lait de soya côtoie le lait de vache près des céréales tous les matins et il y a toujours du beurre sur la table pour égayer une tranche de pain si on en a envie. De même, on va au restaurant en famille et on choisit souvent ceux qui entraînent leurs employés à faire des repas pour les enfants allergiques. Dans les fêtes de famille, on arrive avec nos repas ou on fait confiance à nos hôtes, mais on mange tous en même temps et avec plaisir. Aussi, les consignes sont claires aux anniversaires et Akira peut s’amuser avec ses amis sans être chaperonné par papa ou maman.

Le choix de l’autonomie et de la confiance

Vous vous doutez bien quelle approche nous avons choisie! Après 6 ans, je peux vous en parler avec fierté. J’ai un garçon qui vit très bien avec ses allergies. Il est à l’aise dans toutes les situations. Il ne manquera pas de rappeler à l’adulte qui lui sert son assiette, dans un environnement inconnu (que ses parents auront d’abord  informé de ses allergies), qu’il est allergique aux œufs et aux produits laitiers. Il a su grandir avec des aliments allergènes autour de lui. Il reconnaît que c’est sa responsabilité de vérifier à nouveau au moment d’être servi que son repas ne contient pas d’allergènes et il s’en assure aussi aisément que lorsqu’un autre enfant demande si le plat qu’on lui sert est « piquant ».

Ce que je remarque aujourd’hui avec Akira me permet de faire un parallèle avec une nouvelle étude dont certains journaux ont fait état récemment. Des chercheurs ont observé que les enfants d’âge préscolaire ayant des allergies alimentaires avaient davantage tendance à demander de l’aide à  leurs parents pour résoudre un problème que ceux qui n’avaient pas d’allergie. Les auteurs de l’étude associent ce comportement à l’attitude surprotectrice qu’ont souvent les parents ayant un enfant avec un trouble de santé chronique. Cette attitude est un frein au développement de l’autonomie de l’enfant, concluent-ils.

L’adaptation dont a fait preuve Akira illustre bien l’envers des résultats de cette recherche probablement parce que plutôt que de surprotéger notre enfant, nous avons décidé de lui faire confiance. Cette étude illustre également les fondements d’une philosophie parentale importante, mais qui semble parfois en voie de disparition. Elle se résume à cette phrase : « Notre rôle de parent ne consiste pas à ouvrir le chemin pour nos enfants, mais bien à leur fournir les meilleurs outils pour qu’ils puissent le faire eux-mêmes. »

Mis à jour le 26 novembre à 16:20

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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