Retour en classe: comment prendre sa décision?

Retour en classe: comment prendre sa décision?
Les parents qui ont des enfants d’âge scolaire doivent décider s’ils envoient ou non leurs enfants à l’école. Voici des pistes pour guider leur choix.

29 avril 2020 | C’est un dilemme pour plusieurs parents que de choisir d’envoyer ses enfants à l’école, ou de poursuivre les apprentissages à la maison. Comment prendre sa décision? Quels critères considérer?

Pour certains parents, le choix n’existe pas. Appelés à retourner au boulot, que ce soit dans les services essentiels (réseau de la santé et de l’éducation) ou dans les entreprises qui amorcent le déconfinement, ils doivent retourner au travail. « Je suis enseignante de deuxième année, dit Marjolaine Therrien, maman de deux enfants de 5 et 7 ans. J’ai hâte de retrouver mes élèves, mais j’avoue que je suis stressée. Je ne sais pas comment ça va se passer à mon école ni dans celle de mes enfants. Quelles mesures seront prises? Est-ce que les directives de distanciation seront respectées? »

Cette part d’inconnu, qui apporte son lot d’inquiétudes, fait partie des éléments qui compliquent la décision des parents. « L’un des premiers facteurs de décision, c’est la connaissance relative que l’on a de l’évolution de la pandémie, dit Dre Cécile Rousseau, pédopsychiatre. Mais on procède par essais-erreurs, car on ne sait pas exactement comment le virus va réagir. On cherche des certitudes, c’est fâchant pour tout le monde. Il faut prendre la moins mauvaise décision. »

Protéger la santé

Cécile Rousseau rappelle que les enfants sont très peu touchés par la COVID-19. « Dans le monde, les cas de décès d’enfants sont très, très rares. De plus, les enfants semblent être de moins bons vecteurs de la maladie. » Autrement dit, le virus voyage moins bien sur les enfants; les risques de transmission sont donc diminués sans toutefois être nuls. Il faut se rappeler que le risque zéro n’existe pas.

Évidemment, les risques pour la santé augmentent si l’enfant ou le parent a une condition médicale particulière. Cela devrait d’ailleurs être le premier critère pour prendre une décision, souligne Geneviève Bérubé, orthopédagogue. « Préserver la santé de chaque membre de la famille est ce qu’il y a de plus important. Ensuite, cela dépend de la réalité de chaque famille : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision. Chaque personne, que ce soit un adulte ou un enfant, est différente! »

Considérer l’opinion de l’enfant

Geneviève Bérubé invite les parents à se faire confiance et à prendre la décision dans laquelle « ils se sentent bien »… tout en s’assurant que l’enfant est sur la même longueur d’onde. « Il faut impliquer l’enfant dans la démarche, précise-t-elle. Si l’enfant est super motivé ou qu’il est extrêmement social, il faut considérer cela. Et si au contraire, il est très anxieux ou inquiet, il faut aussi en tenir compte. »

Et si l’enfant veut absolument y aller mais le parent hésite? « Je pense que le parent doit faire un petit effort pour maîtriser son anxiété », dit Cécile Rousseau, pédopsychiatre. Et si au contraire, on doit l’envoyer mais qu’il est réticent ou terrifié? « Il faut être à l’écoute de notre enfant, essayer de comprendre ce qui lui fait peur, le rassurer et être indulgent. Peut-être qu’on peut apprivoiser cela, comme à la rentrée scolaire, et y aller par petits bouts? »

Tenir compte des difficultés d’apprentissage

Pour Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice, les enfants en difficultés d’apprentissage, qui ont besoin de leur matériel ou de services spécialisés, auraient tout avantage à retourner sur les bancs d’école. « Cela peut faire une grosse différence pour eux », mentionne-t-elle.

Elle croit que les enfants dont les parents sont à bout de souffle devraient aussi retourner à l’école. « Si on voit qu’il commence à y avoir un manque de respect, qu’on verse dans la violence verbale, psychologique et qu’on craint que ça ne devienne physique, il faut envoyer notre enfant », dit-elle. Une image à garder en tête : celle du parent qui doit apposer son masque à oxygène sur son visage, en avion, avant de le mettre à son enfant...

Un parent qui se sent démuni ou peu outillé pour faire l’école à la maison devrait aussi songer à envoyer ses enfants à l’école, croit Geneviève Bérubé, orthopédagogue. « Ça prend de l’humilité pour le reconnaître, dit-elle. Je pense qu’il faut faire preuve de bienveillance envers soi, envers son enfant et envers l’école. »

Luc Chamberland, papa de jumelles de 6 ans, n’a pas encore pris sa décision. Il attend d’avoir plus d’informations et plus de précisions quant au déroulement des journées à l’école. « Comment cela va s’organiser dans la cour et dans les locaux? Combien d’enfants seront sur place? Je me donne encore du temps et je me dis que lorsque ma décision sera prise, elle ne sera pas finale. Rien ne peut être “final” dans ce temps-ci! On doit rester dans la souplesse… quitte à changer d’idée. »

En rappel - Critères à considérer
  • La santé de tous les membres de la famille (ex. : maladie chronique)
  • Le retour au travail et la situation économique
  • Le désir et la volonté de l’enfant
  • Les troubles ou difficultés d’apprentissage des enfants
  • La santé mentale des parents (ex. : fatigue, épuisement, déprime) et des enfants (tristesse, déprime, anxiété)
  • La capacité à faire ou non l’école à la maison
  • Le niveau de confort que l’on ressent, globalement, par rapport à chacune des options

 

Maude Goyer – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photo : GettyImages/BraunS

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