Devenir parent quand on a été maltraité enfant...

Devenir parent quand on a été maltraité enfant...

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Un tiers des futurs parents qui attendent un premier bébé a été maltraité durant l’enfance, ce qui les pousse à se remettre en question.

24 mai 2018 | Un tiers des futurs parents qui attendent leur premier bébé ont vécu de la maltraitance durant leur enfance. Dès le début de la grossesse, ils passent par toutes sortes d’émotions et se remettent en question… Reproduiront-ils les comportements de leurs parents? Sauront-ils offrir un environnement familial harmonieux à leur enfant?

« Bien que l’adaptation à la parentalité puisse être plus difficile pour ces parents souvent plus fragiles, la plupart s’en sortent bien, souligne Nicolas Berthelot, psychologue et professeur au Département des sciences infirmières de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il est tout à fait possible d’être un parent adéquat même si on a vécu des abus physiques ou sexuels, ou qu’on a été témoin de violence conjugale, de consommation abusive de drogues ou d’alcool ou de problèmes de santé mentale durant notre enfance. »

Les recherches à ce jour montrent que la grande majorité des parents qui ont vécu de la maltraitance ne reproduiront pas avec leurs enfants les comportements dont ils ont été victimes. On peut donc donner ce qu’on n’a pas reçu!

Le psychologue recommande toutefois à ces parents de prendre conscience des conséquences que les traumatismes de l’enfance peuvent avoir sur eux afin de mieux comprendre leurs émotions et, surtout, de trouver des stratégies pour réduire les impacts de la maltraitance. Ce travail de réflexion, surtout s’il est fait avec un intervenant, diminue grandement le risque de poursuivre le cycle de la maltraitance.

Santé à risque

Parfois, la maltraitance vécue durant l’enfance laisse cependant des traces insoupçonnées à l’âge adulte. En effet, certaines personnes qui ont été maltraitées lorsqu’elles étaient jeunes sont plus vulnérables et susceptibles de souffrir de dépression et d’anxiété et d’abuser de drogues et d’alcool. La grossesse, particulièrement, peut réactiver certains symptômes chez 20 % des femmes enceintes ayant vécu un traumatisme durant l’enfance (ex. : cauchemars, méfiance, colère, irritabilité, isolement).

Des études ont aussi montré que plus une enfance est marquée par plusieurs formes de maltraitance, plus le risque de développer des problèmes de santé à l’âge adulte augmente. Par exemple, les femmes qui ont subi plusieurs abus étant enfant sont plus à risque, lorsqu’elles sont enceintes, de souffrir de diabète de grossesse et d’hypertension et de mettre au monde un bébé prématuré ou ayant des retards de développement.

L’ADN de la maltraitance

Certains événements stressants ou violents vécus durant l’enfance s’inscrivent même dans l’ADN des cellules et affectent le fonctionnement des gènes. On parle alors de séquelles ou de marques épigénétiques qui vont activer ou désactiver des gènes, à la façon d’un interrupteur.

Par exemple, de fréquents abus durant l’enfance forcent l’organisme à produire plus d’hormones de stress pour rester alerte et anticiper le prochain épisode de violence. Le gène qui contrôle la production de ces hormones n’est pas déficient. Mais la maltraitance, qui a fait son chemin jusqu’à l’ADN des cellules, a mis l’interrupteur de ce gène en mode production continue. L’organisme de l’enfant maltraité produit donc constamment une plus grande concentration de ces hormones de stress.

Ce dysfonctionnement peut continuer à l’âge adulte et se transmettre à la prochaine génération, même si celle-ci ne vit pas d’abus ou de négligence. Certains des enfants nés de parents maltraités durant l’enfance présentent ainsi de l’anxiété, des troubles de comportement ou un tempérament plus difficile.

« Les parents ne doivent surtout pas se sentir coupables de cette situation, précise Nicolas Berthelot. Il est possible de modifier ces marques épigénétiques avec de bons soins, un environnement aimant, rassurant et calme ainsi qu’un bon encadrement! »

Un pour tous, tous pour un

Le psychologue insiste particulièrement sur l’importance d’un bon réseau social de soutien. « Lorsque des parents ayant été maltraités à un jeune âge sont bien entourés et aidés par des membres de leur famille, des amis ou des thérapeutes, le risque de reproduire un style parental violent ou négligent diminue grandement », signale-t-il. Autrement dit, un bon soutien et de l’amour atténuent les marques psychologiques et épigénétiques laissées par les traumatismes subis durant l’enfance.

C’est dans cette optique d’ailleurs que Nicolas Berthelot et ses collègues de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Christine Drouin-Maziade et Roxanne Lemieux, ont mis sur pied le projet STEP (soutenir la transition et l’engagement dans la parentalité). Ce projet a, entre autres, un programme pour intervenir rapidement auprès des nouveaux parents qui ont été victimes de maltraitance dans leur enfance.

« Il n’existe actuellement aucun programme d’aide qui accompagne ces parents dès la grossesse, signale le chercheur. Nous travaillons sur une approche d’accompagnement de groupe unique au monde pour soutenir les femmes et les hommes lors de cette période d’adaptation et les préparer aux défis particuliers qu’ils risquent de rencontrer dans leur nouveau rôle de parents », explique-t-il. Le psychologue et son équipe ont déjà mis en ligne plusieurs conseils pour les parents au passé difficile.

 

Nathalie Kinnard – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photos : GettyImages/Tempura

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