Deuil d'un enfant: des mots qui touchent

Deuil d'un enfant: des mots qui touchent
On n’a pas idée de la douleur des parents qui perdent un enfant. Essayez de l’imaginer et vous en serez encore à des années-lumière.

Mon amie Chantal est en train de dégeler. Pendant que nous nous affairons à nos tâches quotidiennes, à nous inquiéter du changement d’huile qu’il faut faire faire et à mille autres choses sans importance, Chantal se remet du vent glacé qui a percuté sa vie et l’a laissée pantelante au milieu du décor vide. Après la touchante et aimante cérémonie d’adieu que nous avons faite à sa fille, après avoir été serrée par tous ses amis aimants et compatissants, Chantal a mal aux bras. Sa fille n’y viendra plus jamais.

On n’a pas idée de la douleur des parents qui perdent un enfant. Essayez de l’imaginer et vous en serez encore à des années-lumière. C’est peut-être à cause de cette douleur qu’on n’ose pas les approcher. On pense peut-être que d’en parler aggravera la blessure. Mais on se trompe. Ce qui fait mal, c’est le silence. Le néant. C’est déjà assez affreux de voir mourir un de ses enfants sans que la communauté le fasse disparaître en ne prononçant plus son nom. Si vous lui posez la question, Chantal vous dira qu’elle a deux enfants. Un grand qui fait son chemin et une fille qui n’est plus là...

C’est vrai de tous ceux qu’on a aimés et qui ne sont plus.

Je songe à Nathalie et Marc qui ont accompagné leur petite fille dans un combat perdu d’avance contre la mort. Je me souviens du silence qui les accueillait quand ils arrivaient quelque part pendant les mois qui ont suivi le décès de Théodora. Au bout de trois ou quatre mois, je m’étais avancée vers eux, la gorge nouée, avec le sentiment d’être ridicule et maladroite, pour leur dire que je pensais souvent à eux et à leur petite qui n’était plus. Alors que je regrettais déjà d’avoir fait ce pas, Marc m’avait prise dans ses bras avec un grand sourire et murmuré merci à l’oreille.

Au cœur de cette rentrée automnale, mille signes rappellent ceux et celles qu’on a aimés et qui ne sont plus. Une chanson qu’elle aimait, un jeu auquel elle excellait, sa couleur préférée, une robe qu’elle avait cousue pour nous... Prononcer le nom de ceux et celles qui nous ont quittés, dire leur joie et rappeler ces signes qui sont les leurs, tout cela n’a rien de morbide. Bien au contraire, c’est reconnaître la part qu’ils et elles ont eue dans notre vie, la place qu’ils tiennent encore dans nos cœurs. Surtout, c’est peut-être dire à ceux qui les ont aimés encore plus que nous : « Tu vois je ne l’ai pas oubliée... Elle n’a pas été effacée de la vie...»

Dans les mois qui viennent, ne doutez pas un seul instant que tous les Marc, Nathalie et Chantal pensent à leur petit. Pas tout le temps. Pas à chaque instant. Mais ils pensent à eux et espèrent que ceux et celles qu’ils ont aimés si profondément n’ont pas été effacés de la vie.

Cette année, à la prochaine sortie aux pommes ou rencontre familiale, si quelque chose vous rappelle ces enfants, dites-le. Dites-le à ceux et celles qui les ont aimés et pensent souvent à eux. Dites-le tout simplement.

Parce que ça aide les vivants.

 

Ce texte a été originalement publié sur le blogue de  France Paradis.

 

Photo : iStock.com/laflor

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
Toutes les chroniques de l'auteur