Allaitement: que penser des applications mobiles?

Allaitement: que penser des applications mobiles?
Par Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
Les applications pour l’allaitement peuvent être utiles dans certaines situations particulières, mais comportent aussi des désavantages.

Sur les téléphones intelligents, il existe une application pour à peu près tout. Et l’allaitement ne fait pas exception. Bien que ces applications puissent avoir leurs utilités dans certaines situations bien particulières, elles comportent aussi des désavantages.

La presque totalité des applications sert à compter le nombre de tétées, leur durée, l’intervalle de temps entre les boires, etc. Cela peut paraître pratique, mais toutes les intervenantes en allaitement que j’ai consultées les déconseillent.

« Nous avons travaillé fort pendant des années pour expliquer qu’il ne faut pas regarder l’horloge, mais plutôt les signes du bébé, affirme Ghislaine Reid, consultante en lactation dans la région de Montréal. Maintenant, c’est comme si le téléphone intelligent remplaçait l’horloge. Nous nous éloignons de l’allaitement à la demande et nous risquons de revenir à un horaire de tétées. » Selon la consultante, cette façon de faire est à éviter. Elle pourrait nuire à la production de lait et à la relation entre la mère et son bébé.

Certaines applications permettent même de noter le nombre de minutes que le bébé passe sur chaque sein. « Le temps passé au sein n’est pourtant pas une bonne façon de savoir la quantité de lait bue par le bébé », rappelle Mylène Schryburt, monitrice de la Ligue La Leche. Plusieurs facteurs peuvent en effet avoir une influence et ces applications ne peuvent pas en tenir compte.

Dans les premiers jours de vie de bébé, il peut toutefois être utile de compter le nombre de couches mouillées et d’avoir une idée générale du nombre de tétées par jour. « Cependant, à partir de l’âge de 2 ou 3 semaines, si bébé a repris son poids de naissance et s’il semble satisfait après la tétée, il n’est plus nécessaire de tout compter», souligne Mylène Schryburt.

Cette opinion est partagée par la consultante française Véronique Darmangeat. « Les seuls cas dans lesquels je peux trouver ces applications utiles sont pour les bébés qui ont un gros souci de prise de poids. On veut alors surveiller la prise alimentaire et la production de lait de la mère », explique-t-elle. Ces applications peuvent aussi servir lorsqu’on a besoin de recueillir des informations précises comme dans le cas d’une mère qui tire son lait pour leur bébé prématuré, d’une mère de jumeaux ou d’un bébé malade, ajoute Mylène Schryburt.

De façon générale, les applications pour l’allaitement minent la confiance des mères, selon Marie-Caroline Bergouignan, consultante en lactation sur la Rive-Sud de Montréal. « Elles s’attendent à ce que leur téléphone leur dise quoi faire et comment le faire », déplore-t-elle.

Des applications pour offrir du soutien?

D’autres applications fournissent de l’information sur l’allaitement aux nouvelles mères. Mylène Schryburt recommande toutefois de demeurer prudentes. « Il faut évaluer qui a conçu l’application et si elle est mise à jour régulièrement, souligne-t-elle. Il faut aussi aller consulter d’autres sources pour s’assurer d’avoir une information juste. » La monitrice de la Ligue La Leche suggère aussi de se méfier des applications conçues par les fabricants de préparations commerciales pour nourrissons.

Marie-Caroline Bergouignan ajoute pour sa part que ces applications peuvent empêcher la mère d’aller chercher le soutien nécessaire. « Une mère qui allaite a besoin d’aide individuelle et personnalisée à sa situation. Comment une machine pourrait-elle faire cela? »

Des applications pour encourager l’allaitement

Au printemps 2016, des chercheurs américains annonçaient avoir développé une application pour favoriser l’allaitement. Elle était destinée aux femmes enceintes et aux nouvelles mères. Celles-ci recevaient 5 à 7 messages textes par semaine portant sur l’allaitement. Ces messages contenaient de l’information comme le nombre normal de selles pour un nouveau-né ou différents bénéfices de l’allaitement.

Les résultats de l’expérience semblent concluants. Chez les mères qui ont utilisé l’application, 95 % allaitaient toujours 3 mois après la naissance de leur enfant, contre 83 % chez les mères qui ne l’avaient pas utilisée. De plus, 95 % des mères qui avaient reçu ces messages textes allaitaient leur bébé 80 % du temps, alors qu’elles n’étaient que 78 % dans l’autre groupe.

Des applications bien conçues pourraient donc être une nouvelle façon de donner un coup de pouce aux mères qui souhaitent allaiter. Cependant, il faut éviter de les utiliser pour tout calculer. Il est aussi important de se rappeler que de telles applications ne peuvent pas remplacer l’aide d’une professionnelle.


Kathleen Couillard est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette.

Photo : GettyImages/Wavebreakmedia

Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
D'abord microbiologiste, je suis maintenant journaliste scientifique et maman. Je concilie donc, pour mon plus grand plaisir, science, parentalité et enfance.
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