Dépression post-partum : les pères sont aussi à risque

Dépression post-partum : les pères sont aussi à risque
Par Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
8 octobre 2015
Bien qu’on en parle encore peu, certains pères vivent difficilement l’arrivée d’un enfant.

Longtemps tabou, le sujet de la dépression post-partum chez les nouvelles mères est abordé de plus en plus dans les médias. Malheureusement, on parle encore très rarement des pères qui vivent difficilement l’arrivée d’un enfant.

D’après une étude réalisée à l’Université McGill et dont faisait état le journal Montreal Gazette, la dépression paternelle pourrait être détectée bien avant la naissance de l’enfant. Les chercheurs ont en effet observé que 13 % des futurs pères interrogés présentaient des symptômes dépressifs.

Malheureusement, il est difficile pour ces hommes d’obtenir de l’aide, car l’attention de leur entourage est souvent entièrement dirigée vers leur conjointe. L’étude de McGill révèle d’ailleurs qu’à peine 23 % de ces pères ont parlé de leurs sentiments à quelqu’un et que 35 % d’entre eux auraient aimé le faire, mais se sentaient inconfortables ou ne savaient pas vers qui se tourner. Ces résultats ne sont pas à prendre à la légère puisque les symptômes dépressifs pendant la grossesse augmentent le risque de dépression après la naissance.

Une étude réalisée au Japon auprès de 807 couples révèle d’ailleurs que 14 % des pères étudiés souffraient de dépression post-partum. Ce problème de santé mentale était aussi fréquent que la dépression maternelle qui touchait 10 % des mères japonaises. Les scientifiques ont d’ailleurs remarqué que la dépression chez la mère augmentait le risque du père d’en souffrir lui-même. De plus, les pères dépressifs étaient plus nombreux à être insatisfaits par rapport à leur relation de couple. L’arrivée d’un enfant peut en effet être un défi important pour un jeune couple, expliquent les scientifiques.

L’étude a également mis en évidence d’autres facteurs pouvant nuire à la santé mentale des pères. Par exemple, le fait d’avoir eu besoin d’un traitement de fertilité était associé à un risque plus grand de dépression. C’était aussi le cas des pères qui étaient anxieux par rapport à leur situation économique et de ceux qui ont déjà connu des problèmes de santé mentale dans le passé.

Les chercheurs japonais autant que les chercheurs de McGill insistent donc sur la nécessité de reconnaître les pères vivant une dépression. Cela est d’autant plus important si la mère est elle-même dépressive puisque le père pourrait ne pas être en mesure de la soutenir adéquatement. De plus, plusieurs études ont révélé que les pères dépressifs ont moins d’interactions positives avec leurs enfants.

C’est ainsi que la dépression paternelle pourrait influencer le développement des tout-petits. En effet, lorsqu’un père est dépressif, son enfant a 2 fois plus de risque de vivre des problèmes émotifs ou comportementaux à 3 ans et demi. Ces enfants sont aussi plus susceptibles de connaître des troubles de santé mentale à 7 ans. Reconnaître la dépression paternelle est donc primordial autant pour ces hommes que pour leur conjointe et leurs enfants.

 

Kathleen Couillard est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette.

Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
D'abord microbiologiste, je suis maintenant journaliste scientifique et maman. Je concilie donc, pour mon plus grand plaisir, science, parentalité et enfance.
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