Gérer les conflits avec des mots

Gérer les conflits avec des mots
Par Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
7 juin 2016
Depuis quelque temps, mes garçons jouent plus longtemps ensemble. C’est mignon! Par contre, qui dit interactions plus fréquentes dit aussi augmentation du potentiel de conflits…

Depuis quelque temps, mes garçons jouent plus longtemps ensemble. Renaud, 2 ans et demi, est devenu le perroquet de Jules, 5 ans et demi! C’est mignon! Par contre, qui dit interactions plus fréquentes dit aussi augmentation du potentiel de conflits… C’est la partie la plus exigeante pour les parents! Les conflits demeurent un signe que les enfants expriment leurs besoins et tentent de prendre leur place dans le dialogue (je me le répète souvent!).

Bien sûr, il y a des façons plus socialement acceptables d’exprimer ses besoins. On s’entend, hurler et taper n’en font pas partie! L’enfant qui maîtrise les mots pour parler demeure mieux outillé pour gérer les conflits même si, sous le coup de l’émotion, ce ne sont pas toujours eux qui sortent en premier! Reste à l’encourager à formuler ce qu’il ressent avec des mots!

Avant 3 ans

Avant 3 ans, l’enfant a plus de difficulté à exprimer verbalement ce qui ne lui plaît pas. Comme les conflits portent souvent sur un objet qu’il ne veut pas partager ou qu’il se fait enlever, certains mots en particulier peuvent lui être bien utiles. Associés à des gestes, ils sont encore plus faciles à apprendre :

  • Non! (On peut secouer la tête.)
  • À moi! (On peut amener l’enfant à se montrer avec sa main.)
  • Donne! (On peut proposer à l’enfant de tendre une main ouverte.)

On peut encourager l’enfant à utiliser ces mots dès qu’il commence à parler. On se place alors à sa hauteur et on lui suggère : « Tu peux dire : … » Bien entendu, plus l’enfant se rapproche de l’âge de 3 ans, plus il est à même de préciser sa pensée (ex. : « Non, veux pas! », « C’est à moi! », « C’est mon camion! », etc.). Je pense à mon petit Renaud qui disait dernièrement à son ami, au moment de quitter la garderie : « C’est MA maman À MOI! » Et son ami, qui était en compagnie de son père, de répondre : « C’est MON papa! » Un gros conflit!

Après 3 ans

Après 3 ans, l’enfant précise mieux son insatisfaction, même s’il adopte parfois des façons de s’exprimer qui ne sont pas adéquates. Par exemple, mon Jules peut dire « Renaud! J’aime pas ça quand tu détruis ma cabane! » mais il peut aussi faire une crise le lendemain dans une situation semblable.

Le plus important à retenir est que l’enfant a, à cet âge, plus de moyens langagiers pour exprimer son insatisfaction. On peut donc l’encourager à le faire en lui suggérant des phrases. On peut aussi lui poser des questions plus complexes qui l’amènent à raisonner :

  • Comment tu te sens? Comment se sent ton ami, tu crois?
  • C’est quoi le problème?
  • Vois-tu une solution?
  • Qu’est-ce qui va se passer si vous continuez à vous chicaner comme ça?

Un enfant de 3 ans ou plus comprendra mieux ces questions. Elles l’amènent à faire des inférences ou à « lire entre les lignes », une habileté importante non seulement pour gérer les conflits mais aussi pour améliorer son langage. Et s’il le faut, on peut attendre que l’enfant soit plus calme avant de poser ces questions.

Comment se passent les conflits chez vous? Vos enfants arrivent-ils à mettre des mots sur leurs frustrations?

 

Photo : iStock.com/Audrey Kuzmin

Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
À la fois orthophoniste et maman, je vous parle dans mes mots du développement de la communication et du langage de mes deux enfants.
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Commentaires (4)

  1. Soso 7 juin 2016 à 22 h 18 min
    Entre mes deux garçons règnent le fameux «amour-haine» et je peux vous assurer que c'est très difficile pour une maman! Mon grand de la maternelle, volubile et rempli de manigances, en fait baver à son petit frère qui ne parle pas encore. Je ne peux les laisser sans surveillance plus de 2 ou 3 minutes (!). Les conflits tournent évidemment autour des jouets; dès que le bébé en prend un, l'aîné a soudainement envie de lui montrer quelque chose de fabuleux et le lui arrache. Ou encore, l'aîné joue et tient mordicus à ce que rien de bouge sans son autorisation suprême, ce qui fait enrager le petit dernier! J'ai tenté de raisonner mon plus vieux, mais il invente maintenant que son petit frère s'est fait mal lui-même malencontreusement... Donc grand garçon hurle sa frustration de ne pouvoir avoir un égal lors de ses jeux et petit frère crie et pleure car il ne peut rien faire sans attirer les foudres de son aîné. Je tente de raisonner mon grand et d'encourager mon bébé à s'affirmer, mais c'est dur! Je voudrais les voir heureux ensemble, tout le temps. Et pourtant, le soir ils se font un bisou avant le dodo...
  2. Marie-Ève B-Gaudin 8 juin 2016 à 13 h 17 min
    Bonjour Soso, Ça me fait penser à ce qui arrive parfois chez moi! C'est certain qu'on peut encourager les enfants à mettre des mots sur leurs insatisfactions et leurs frustrations...mais ça reste des enfants! Et comme vous dites, il y a aussi les moments de complicité, ouf!
  3. Sabrina St-Onge, ergothérapeute 8 juin 2016 à 15 h 55 min
    Oui je suis bien d'accord, les conflits sont souvent un casse-tête pour les parents! J'ai un truc à ajouter pour désamorcer les bombes potentielles: se connecter sur les émotions de votre enfant. Si votre enfant est en colère, il ne sera probablement pas prêt à mettre des mots sur l'événement qui vient de se produire. Il faut commencer par lui démontrer notre empathie envers sa colère (ex: tu es fâché d'avoir perdu ton jouet?). Une fois que vous avez démontrez de l'empathie envers ses émotions vécus, cela peut avoir pour effet de le calmer et ensuite ouvrir une porte au dialogue !
  4. Marie-Ève B-Gaudin 8 juin 2016 à 16 h 09 min
    Bonjour Sabrina, c'est un excellent commentaire. Je n'ai pas axé sur la partie «gestion des émotions», en tant qu'orthophoniste, mais c'est vrai que c'est super important de faire preuve d'empathie et de nommer l'émotion pour désamorcer la colère : ) C'est l'étape avant les mots de l'enfant : ) Merci pour la précision.