Le bien-être des enfants du primaire sous la loupe

Le bien-être des enfants du primaire sous la loupe
Le bien-être des enfants du primaire sous la loupe
Une enquête menée auprès de 12 000 parents évalue le bien-être des familles québécoises.

18 mars 2026 | Même si la qualité de vie des enfants s’améliore, certains aspects de leur quotidien comme l’usage de psychostimulants, l’utilisation des écrans et la présence d’anxiété sociale dès le primaire préoccupent. C’est ce qui ressort de la 3e édition de l’enquête nationale sur le bien-être des familles québécoises dont les résultats viennent d’être rendus publics.

L’enquête révèle un score de 67 % pour décrire la qualité de vie des enfants. Cela représente une légère hausse par rapport aux éditions précédentes, mais il y a place à l’amélioration. « On est un peu au-dessus de la note de passage, mais sur un score de 100 %, il y a quand même une marche », indique celle qui supervise l’étude, Dre Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique qui enseigne à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. Le score est un peu plus élevé pour les élèves du primaire (68 %) que pour ceux du secondaire (65 %).

Qualité de vie et santé mentale

Pour arriver à ce résultat, les 12 000 parents participants à l’étude ont été questionnés sur dix aspects liés à la qualité de vie de leur enfant, comme son niveau d’énergie, son sentiment de tristesse et de solitude, ses loisirs de même que ses relations avec les autres. « La moyenne des notes accumulées à toutes ces questions donne le score sur 100, explique Dre Généreux. Un score de 100 % indiquerait que les enfants ont une qualité de vie parfaite dans les 10 volets examinés. Par exemple, ils ont toujours plein d’énergie, ils ne sentent jamais triste, jamais seuls, etc. »

L’enquête révèle par ailleurs que 8 % des enfants d’âge primaire auraient, selon la perception de leurs parents, une faible qualité de vie faible. Les enfants les plus touchés sont ceux qui ont des besoins particuliers : 17 % d’entre eux auraient une faible qualité de vie comparativement à 4 % des autres enfants.

Bonne nouvelle, 72 % des enfants au primaire auraient une santé mentale estimée très bonne à excellente. « Toutefois, ce pourcentage diminue avec le temps, précise Mélissa Généreux. La portion d’enfants en très bonne santé mentale tend à diminuer plus l’enfant vieillit, c’est vrai pour les garçons et les filles. Il faut donc essayer de comprendre pourquoi la situation se détériore. »

Des psychostimulants dès la 1re année

Pour la première fois en trois ans, l’enquête documente l’usage de psychostimulants chez les enfants. On y apprend que 13 % des élèves du primaire en prendraient. Cela commence dès la 1re année et l’usage de ces médicaments augmente chaque année jusqu’en 5e année. Ce pourcentage est élevé, estime la Dre Généreux. « Normalement, les psychostimulants sont prescrits aux enfants qui ont un TDAH et ce ne sont pas tous les enfants avec un diagnostic qui sont traités avec ces médicaments », dit-elle. Or, les récentes données de l’Institut national de santé publique du Québec indiquent que ce trouble toucherait jusqu’à 8 % des enfants de 5 à 11 ans.

Selon l’enquête, les garçons consommeraient davantage de psychostimulants que les filles. Au primaire, 16 % d’entre eux en prendraient comparativement à 9 % des filles. Selon les parents sondés, 29 % des enfants qui prennent des psychostimulants ne se seraient pas fait proposer des stratégies autres que la médication pour favoriser leur bien-être. Qu’il s’agisse par exemple de faire un loisir, des activités sportives, du plein air ou de mieux gérer les écrans. Cette donnée étonne la médecin spécialiste en santé publique « Normalement, ces enfants sont suivis par un professionnel de la santé, dit-elle. On pourrait espérer que des stratégies alternatives et complémentaires leur sont suggérées. »

Écrans et anxiété sociale

Selon les résultats de l’enquête, très peu d’enfants du 1er cycle du primaire passeraient 4 heures et plus devant un écran durant la semaine. Sans surprise, l’utilisation des écrans est plus importante la fin de semaine et augmente avec les années.

Un élève sur 5 possèderait toutefois un téléphone intelligent au primaire, dont 6 % dès la 1re année. Les enfants seraient peu présents sur les réseaux sociaux au début du primaire, mais « dès la 4e année, 8 % des enfants ont un compte sur les réseaux sociaux, selon leurs parents, indique Dre Généreux. C’est 16 %, en 5e année, et 33 %, en 6e année. » Elle souligne que cette réalité est loin des souhaits de la Commission spéciale sur les écrans et la santé des jeunes qui recommande une majorité numérique fixée à 14 ans.

Elle ajoute que 21 % des enfants du primaire auraient un usage considéré à risque ou problématique avec les écrans, dit-elle. « L’enquête montre même qu’ils seraient plus de 10 % à risque de développer une dépendance dès la 1re année », dit-elle. Les garçons seraient plus à risque que les filles.

L’enquête indique également que 14 % des enfants manifesteraient des signes d’anxiété sociale au primaire, comme la peur d’être rejetés. Concernant la violence à l’école, elle semble davantage vécue par les enfants qui ont des besoins particuliers. Au primaire, 22 % des enfants avec besoins particuliers seraient souvent victimes d’intimidation ou de discrimination à l’école, contre 8 % des autres enfants.

Les parents préoccupés par les contenus en ligne

L’enquête sur le bien-être questionne les parents sur leurs préoccupations par rapport à leurs enfants. Comme en 2024 et en 2025, les écrans représentent la principale préoccupation des parents. Toutefois, en 2026, c’est l’influence du contenu en ligne, plutôt que le temps d’écran, qui les inquiète davantage. « Les parents sont plus conscients des enjeux par rapport au type de contenu accessible sur les écrans et à leur impact sur le comportement de leur enfant », signale la médecin.

Au cours des prochaines semaines, les résultats de l’enquête devraient être présentés à diverses instances, afin d’orienter les décisions qui se prennent en faveur du bien-être des jeunes. « Nos systèmes publics sont importants pour nos enfants, insiste Mélissa Généreux. Il y a des stratégies autres que les médicaments pour améliorer leur bien-être, comme les sorties culturelles. Couper dans tout ce qui est parascolaire, ça me fait de la peine. C’est une façon de couper dans ce qui pourrait favoriser le bien-être général des jeunes alors qu’ils en ont besoin. »

L’enquête nationale sur le bien-être des familles québécoises est menée en partenariat par la Fédération des comités de parents du Québec, l’Association des comités de parents anglophones, l’Association pour la santé publique du Québec et l’École branchée. Elle vise à mieux comprendre les besoins et les réalités des familles et des jeunes. Pour l’édition 2026, 12 004 parents qui ont des enfants à l’école primaire et secondaire ont répondu à un sondage en ligne du 2 au 13 février 2026. La moitié des répondants avaient des enfants au primaire. Il est à noter que les résultats sont basés sur les perceptions des parents interrogés et non sur celles des enfants concernés. De plus, l’échantillon utilisé est de bonne taille, mais il s’agit d’un échantillon de convenance, c’est-à-dire qu’il ne peut pas représenter l’ensemble de la population.

Julie Leduc – Équipe Naître et grandir

Naître et grandir

Photos : GettyImages/Jacob Wackerhausen et Orbon Alija

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