Coqueluche: pourquoi vacciner les femmes enceintes

Coqueluche: pourquoi vacciner les femmes enceintes
Le vaccin contre la coqueluche pendant la grossesse permet de prévenir les complications chez le nouveau-né.

11 décembre 2020 | Depuis mai 2018, les femmes enceintes québécoises peuvent se faire vacciner contre la coqueluche pendant le deuxième trimestre de leur grossesse. Une enquête réalisée par l’Agence de la santé publique du Canada révèle toutefois que seulement 48 % d’entre elles ont reçu ce vaccin.

Cette proportion est plus importante ailleurs au Canada comme en Saskatchewan (74 %), à l’Île-du-Prince-Édouard (76 %) ou dans les Territoires du Nord-Ouest (85 %). Selon les auteurs de l’enquête, ces différences pourraient s’expliquer par le fait que les provinces et territoires n’ont pas tous commencé à offrir et à promouvoir le vaccin en même temps.

L’enquête révèle également que 60 % des femmes enceintes qui n’étaient pas vaccinées ne savaient pas que cela était conseillé durant la grossesse. Pour mieux comprendre cette stratégie de prévention de la coqueluche, nous nous sommes entretenus avec la Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

Pourquoi s’inquiète-t-on de la coqueluche?

« L’objectif principal du programme de vaccination contre la coqueluche est de prévenir les complications graves de cette maladie. Celles-ci surviennent généralement chez les bébés de moins de 6 mois, et plus particulièrement chez les nouveau-nés de moins de 3 mois », explique la Dre Quach. En effet, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, la majorité des enfants de moins de 6 mois qui sont infectés par la coqueluche doivent être hospitalisés.

L’infection d’un jeune bébé par la coqueluche est stressante pour la famille, ajoute la pédiatre. « Les bébés touchés font des pauses respiratoires et doivent être branchés à un moniteur d’apnée lorsqu’ils retournent à la maison, souligne-t-elle. La bactérie responsable produit aussi une toxine qui fait ralentir le cœur. Il faut donc toujours surveiller leurs systèmes cardiovasculaires et respiratoires. Cela peut durer plusieurs semaines. »

Pourquoi vacciner la mère pour protéger le bébé?

Pendant la première vague de COVID-19 au printemps, la vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse a été suspendue temporairement. Pour le Comité consultatif national de l’immunisation, il est toutefois très important de maintenir la vaccination des femmes enceintes et des jeunes enfants.

« Les bébés sont vaccinés contre la coqueluche, mentionne la Dre Quach. Ils ont ainsi une certaine protection après la première dose à 2 mois, mais la deuxième dose à 4 mois est vraiment nécessaire pour être complètement protégé. » Par conséquent, les nouveau-nés de moins de 3 mois qui sont les plus vulnérables ont peu de moyens pour se défendre contre la maladie.

De plus, le vaccin actuellement utilisé pour éviter la coqueluche empêche les gens d’être malades, mais pas d’abriter la bactérie dans leur gorge et de la transmettre. « Nous ne pouvons donc pas compter sur l’immunité collective pour protéger les jeunes bébés », souligne la pédiatre.

Le Comité sur l’immunisation du Québec en est venu à la conclusion que la seule façon de protéger les nouveau-nés est de vacciner leur mère pendant la grossesse. « Cela permet à la mère de produire suffisamment d’anticorps et de les passer à son bébé pour qu’il soit protégé », explique la Dre Quach.

Selon le MSSS, cette stratégie serait très efficace. La vaccination des femmes enceintes préviendrait environ 90 % des hospitalisations et 95 % des décès associés à la coqueluche chez les bébés de moins de 3 mois.

Le taux d’anticorps maternels doit toutefois être très élevé pour que le bébé puisse être protégé. C’est pourquoi on recommande aux mères d’être vaccinées à chaque grossesse. En effet, selon un document de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), il existe peu de données permettant de savoir si une dose de vaccin donnée durant une grossesse serait suffisante pour protéger un bébé issu d’une autre grossesse par la suite.

La vaccination des femmes enceintes contre la grippe et la COVID-19

L’enquête de l’Agence de la santé publique du Canada révèle que seulement 34 % des femmes enceintes québécoises ont été vaccinées contre la grippe. Il s’agit du plus faible taux au Canda. Ce vaccin vise essentiellement à prévenir la malade pendant la grossesse. « Les femmes enceintes risquent davantage de vivre des complications, surtout d’ordre respiratoire, explique la Dre Quach. Cependant, l’enjeu avec ce vaccin, c’est qu’il n’est pas toujours efficace d’une année à l’autre. »
Pour ce qui est du vaccin contre la COVID-19, les femmes enceintes pourraient être les dernières à le recevoir. En effet, les experts en savent encore peu sur les effets du vaccin sur le fœtus. Les autorités de santé publique préfèrent donc être prudentes malgré le fait que les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 soient à risque de complications comme une pneumonie ou un accouchement prématuré.

Ce vaccin est-il sécuritaire pendant la grossesse?

Selon l’INSPQ, le vaccin contre la coqueluche est considéré comme sécuritaire pour la mère et le bébé. « Il s’agit d’un vaccin inactivé qui est très bien toléré, confirme la pédiatre. Il est donné après le premier trimestre alors que la plus grosse partie du développement est terminé. »

Le vaccin est d’ailleurs offert aux femmes enceintes depuis plusieurs années dans de nombreux pays, dont les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni. Des millions de doses ont ainsi été administrées sans qu’aucun problème notable ait été détecté.

Quelle est la procédure pour être vaccinée?

Actuellement, les femmes enceintes doivent prendre rendez-vous dans un CLSC pour se faire vacciner. La Dre Quach croit toutefois que les taux de vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse seraient plus élevés si la vaccination se faisait à l’endroit où la mère est suivie.

« Quand ce n’est pas accessible, c’est beaucoup plus difficile, souligne-t-elle. Les mères ont tellement d’autres choses en tête. Elles travaillent. » De plus, selon elle, agir pendant le suivi de grossesse permettrait de bien montrer l’importance de ce vaccin.

 

Sources : Agence de la santé publique du Canada, INSPQ, MSSS et La Presse +

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/Prostock-Studio

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