Environnement: sensibiliser les enfants sans leur faire peur

Environnement: sensibiliser les enfants sans leur faire peur
Mieux vaut sensibiliser les enfants à l’environnement sans leur faire peur et générer de l’« écophobie ». Voici quelques conseils d’experts.

20 février 2019 | Changements climatiques, pollution, déforestation… : les nouvelles au sujet de l’environnement sont rarement bonnes. Comment, dans ce contexte, en parler aux jeunes enfants pour les sensibiliser sans les effrayer? Des spécialistes partagent leurs conseils.

« Aborder les changements climatiques avec les plus jeunes peut s’avérer complexe, car cela demande un haut degré d’abstraction », estime Thomas Berryman, professeur en éducation relative à l’environnement à l’Université du Québec à Montréal. Comprendre les problèmes environnementaux implique notamment des notions de temps et d’espace. « Pour les enfants, le temps long se compte souvent en dodos et les distances lointaines sont difficiles à comprendre », explique l’expert.

Aussi, les appels à la protection de l’environnement peuvent emprunter un ton dramatique qui n’est pas approprié pour les enfants. Ce genre de discours peut même générer de « l’écophobie », ou « la peur de l’écologie et du monde naturel », selon David Sobel, professeur à la faculté de pédagogie de l’Université Antioch, aux États-Unis.

Les récits de catastrophes naturelles, de pollution de l’air qui nuit à la santé ou d’animaux en voie de disparition peuvent en effet faire paraître le monde extérieur comme dangereux aux yeux des enfants. De plus, faire porter le poids de la sauvegarde de l’environnement sur les épaules de tout-petits, qui ont peu de contacts réels avec la nature, peut être une source d’inquiétude.

« Les enfants sont déconnectés du monde au-delà de ce qu’ils connaissent, tout en étant reliés aux animaux et aux écosystèmes menacés dans le monde par le biais des médias électroniques », analyse le chercheur américain dans le magazine Yes! « Si nous demandons prématurément aux enfants de faire face à des problèmes qui dépassent leur compréhension et leur contrôle, je pense que nous les coupons d’un lien sain et fort avec la nature », ajoute-t-il.

Être positif

Jardinage en famille

Plutôt que de sensibiliser les enfants par la peur et des explications incompréhensibles pour eux, Thomas Berryman suggère d’utiliser un langage positif et accessible. Par exemple, il propose aux parents de mentionner que la famille tente de faire des choses qui sont « bonnes pour la nature, car de manière générale, ce qui est bon pour la nature est aussi bon pour nous. Nous faisons aussi partie de la nature. »

Le compostage et le jardinage sont notamment des activités du quotidien qui aident à renforcer ce lien d’appartenance, estime le chercheur. « Réaliser que nos restes de table nourrissent la terre et les plantes que nous allons ensuite manger est assez clair. »

Un avis partagé par Michel T. Léger, professeur en didactique des sciences de la nature à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick. « L’enfance est la période durant laquelle la relation à l’environnement est la plus authentique. Un enfant de 4 à 6 ans est instinctivement attiré vers la nature », explique l’expert. Il conseille d’ailleurs de jouer sur ce lien en proposant aux enfants des activités positives liées à l’environnement, comme le camping, le vélo ou la randonnée dans la nature.

Montrer l’exemple

Michel T. Léger insiste sur l’importance d’effectuer ces activités en famille afin que les valeurs environnementales se développent chez l’enfant. « C’est aussi en lui montrant que nous entretenons nous-même une relation saine avec l’environnement que l’enfant va conserver son affinité naturelle avec celui-ci. »

Ainsi, cet expert encourage les parents à se rendre au marché avec leur enfant et à aller rencontrer des fermiers afin de lui montrer que ce que l’on mange vient de la terre et de la communauté. À l’épicerie, il recommande aussi aux parents d’expliquer à leur tout-petit qu’ils choisissent tel ou tel produit parce qu’il présente moins d’emballage plastique ou parce que c’est un produit d’ici. « De cette manière, on va préparer l’enfant à vivre dans un monde où les problèmes environnementaux vont se complexifier », conclut le chercheur.

 

À retenir
  • Éviter d’utiliser un discours dramatique lorsqu’on parle d’environnement avec un enfant afin de ne pas l’effrayer.
  • Parler des gestes à poser dans des mots simples et positifs, en expliquant à l’enfant son lien d’appartenance à la nature.
  • Favoriser le contact des enfants avec la nature, autant à la maison (ex. : jardinage, compostage) qu’à l’extérieur (ex. : camping, vélo, randonnées dans la nature).
  • Montrer l’exemple afin que l’enfant développe les valeurs environnementales qu’il pourra observer dans les gestes de ses parents.

Sur le même thème : Quels gestes poser pour prendre soin de la planète en famille?

 

Perrine Larsimont - Équipe Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photos : GettyImages/freemixer et hannatverdokhlib

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