Comment parler d'itinérance avec votre enfant?

Comment parler d'itinérance avec votre enfant?
Voyez comment aborder le sujet de l’itinérance avec votre enfant.


L’itinérance est de plus en plus visible, que ce soit au parc, sur le chemin de la garderie et de l’école ou à l’entrée de l’épicerie. Comment parler à votre enfant de cette situation qui peut l’attrister, lui faire peur ou simplement le rendre curieux?

Comment vous préparer à parler d’itinérance avec votre enfant?

Votre enfant est influencé par ce que vous pensez et ce que vous ressentez. C’est pourquoi il est important de prendre conscience de votre rapport à l’itinérance avant d’en parler avec votre enfant.

Posez-vous des questions à propos de vos réactions face aux personnes en situation d’itinérance. Par exemple : Avez-vous peur? Est-ce que cela vous rend triste, mal à l’aise ou empathique? Cet exercice permet de définir les valeurs que vous voulez transmettre à votre enfant.

Prenez ensuite le temps de vous renseigner sur le sujet. Vous pouvez faire appel à des ressources ou à des livres pour trouver les mots pour en parler.

Quand aborder le sujet de l’itinérance avec votre enfant?

Il faut partir de l’intérêt de votre enfant à propos du sujet et attendre qu’il soit prêt à en parler. Difficile de préciser à partir de quel âge commencer. L’idée est d’attendre que votre enfant se questionne sur le sujet, que ce soit avec des mots ou des gestes (ex. : une attitude intriguée).

Par exemple, lorsque vous croisez une personne qui semble en situation d’itinérance (ex. : la personne dort sur un banc, demande de l’argent, parle seule, transporte beaucoup de sacs, etc.), vous pouvez évaluer l’intérêt de votre enfant en lui demandant s’il a remarqué sa présence. S’il n’a rien remarqué ou qu’il n’a pas d’intérêt, n’insistez pas pour en parler.

Même chose s’il est mal à l’aise et qu’il ne veut pas parler d’itinérance, ne forcez pas la conversation. Montrez-vous toutefois ouvert en lui disant que vous êtes disponible pour répondre à ses questions et en parler avec lui quand il voudra le faire.

Comment répondre aux questions de votre enfant sur l’itinérance?

Lorsque votre enfant pose des questions, il est important d’adapter vos réponses à son âge et à sa maturité. Ne lui mentez pas pour adoucir la réalité, mais ne lui donnez pas des détails qui pourraient l’inquiéter. Misez sur des réponses simples. Votre enfant vous posera d’autres questions s’il veut en savoir plus.

Afin d’éviter les préjugés, c’est une bonne idée de le sensibiliser au fait que vous ne connaissez pas l’histoire de chaque personne en situation d’itinérance, mais que ces dernières n’ont pas choisi de vivre les difficultés de la rue.

Les livres jeunesse sur l’itinérance peuvent aider votre enfant à comprendre le phénomène.

Même s’il est important de répondre aux questions de votre enfant, il faut le faire en respectant vos propres limites. Si vous ne connaissez pas la réponse à une question, dites-le : « C’est une bonne question, mais je ne connais pas la réponse. » Il est préférable de reconnaître que vous ne savez pas au lieu de répondre n’importe quoi.

De plus, si vous êtes mal à l’aise de répondre à une question, vous pouvez dire à votre enfant que vous allez réfléchir à sa question et lui répondre un peu plus tard. Ça vous donne le temps de préparer une réponse. Vous pouvez aussi diriger votre enfant vers une autre personne qui pourrait lui donner une réponse (ex. : votre partenaire, membre de votre famille ou ami).

Voici des exemples de questions que votre enfant pourrait poser et de réponses que vous pouvez lui donner.

Pourquoi la personne dort sur un banc et a de gros sacs?

Vous pouvez répondre que la personne n’a peut-être pas d’appartement ou de maison où dormir et où déposer toutes ses affaires. Expliquez que c’est ce qui peut l’obliger à devoir transporter tout ce qui lui appartient dans des sacs partout où elle va. Afin de susciter l’empathie de votre enfant, vous pouvez lui demander comment il se sentirait s’il devait lui aussi traîner chaque jour toutes ses choses avec lui.

Pourquoi il y a des gens qui font du camping au bord de la rue?

Vous pouvez dire que ces personnes ont peut-être vécu des difficultés (ex. : maladie, perte d’emploi, perte de logement) qui font qu’elles n’ont plus de logement ou de maison. Vous pouvez aussi expliquer à votre enfant que faire du camping est la façon qu’elles ont trouvée pour se débrouiller afin de dormir et d’habiter quelque part.

Si l’emplacement comporte plusieurs tentes ou abris de fortune, vous pouvez ajouter que les personnes en situation d’itinérance se regroupent parfois dans un même lieu pour se sentir moins seules et pour s’entraider.

Pourquoi la personne n’a pas d’argent?

Vous pouvez dire que cette personne vit peut-être une situation difficile qui fait qu’elle ne peut pas travailler ou que son travail ne lui apporte peut-être pas assez d’argent pour combler tous ses besoins.

Il est préférable de répondre à votre enfant de façon générale, de ne pas entrer dans les détails et de s’adapter à son niveau de compréhension. Vous pouvez aussi simplement dire à votre enfant que vous ne connaissez pas la réponse parce que vous ne connaissez pas la personne.

Est-ce qu’on peut lui donner de l’argent ou de la nourriture?

Si vous n’êtes pas à l’aise, remerciez votre enfant pour sa gentillesse, mais invitez-le à poursuivre votre chemin. Vous pouvez tout de même sourire ou saluer la personne en passant. Ne pas ignorer les personnes en situation d’itinérance montre à votre enfant que tout le monde a droit au respect et à la dignité.

Si vous êtes à l’aise, vous pouvez approcher la personne en situation d’itinérance, pour échanger quelques mots. Il est important de toujours demander avant d’offrir de l’argent ou de la nourriture. Vous pouvez dire par exemple : « Est-ce qu’on peut vous offrir un sandwich? » Le consentement est important. Les personnes en situation d’itinérance ne veulent pas toujours de l’aide.

Vous pouvez aussi proposer à votre enfant d’aider autrement. Par exemple, vous pouvez aller ensemble faire un don dans un organisme qui vient en aide aux personnes en situation d’itinérance. Vous pouvez apporter de l’argent ou des choses utiles comme des vêtements, des cartes-cadeaux d’épicerie, des billets d’autobus, des brosses à dents, du shampoing, des lingettes humides, etc.

Quoi faire si votre enfant est triste ou mal à l’aise par rapport à l’itinérance?

Si votre enfant semble triste lorsqu’il croise une personne en situation d’itinérance, vous pouvez nommer l’émotion que vous voyez. Dites-lui par exemple : « Je comprends que ça te rende triste. » Essayez ensuite de voir ce qui le touche. Vous pouvez dire à votre enfant qu’il peut saluer la personne ou lui sourire, que cela fait plaisir et peut aider la personne à se sentir moins seule.

Il peut aussi être rassurant de dire à votre enfant que des personnes (organismes, gouvernements) travaillent à trouver des solutions pour loger les personnes qui vivent dans la rue et les aider à améliorer leur situation.

Si votre enfant est mal à l’aise, il est important de mettre des mots sur ce qu’il ressent. Vous pouvez lui demander par exemple : « As-tu été surpris tantôt de voir le monsieur parler seul à haute voix? C’est vrai que c’est surprenant! » Vous pouvez ensuite lui expliquer que même si la personne parle fort, agit drôlement ou dérange, ça ne veut pas dire qu’elle est dangereuse.

Quoi faire si votre enfant a peur d’une personne en situation d’itinérance?

Si la peur de votre enfant est liée seulement à la présence de personnes en situation d’itinérance sur une rue, et non à une menace réelle, vous pouvez lui dire que vous comprenez qu’il peut être impressionné et que la situation peut lui faire peur. Expliquez-lui ensuite que le comportement des gens qui vivent des difficultés peut parfois surprendre et déranger, mais que ça ne veut pas dire qu’ils sont dangereux.

Vous pouvez rappeler à votre enfant que ça arrive à tout le monde de vivre de la colère ou de pleurer très fort. Faites-lui remarquer que, dans ces moments-là, lui, il peut par exemple aller dans sa chambre s’il le veut, alors que les personnes en situation d’itinérance n’ont pas vraiment d’endroit où se retirer pour vivre leurs émotions.

Il est toutefois normal que votre enfant ait peur devant une personne intoxiquée, qui crie ou qui a un comportement menaçant. Dans ce cas, proposez-lui simplement de vous prendre la main et continuez votre chemin. Vous pouvez aussi dire : « Cette personne semble mécontente. On va la laisser tranquille et continuer notre route. » Vous pouvez en reparler plus tard avec votre enfant s’il le souhaite. Si la situation comporte un danger imminent, éloignez-vous et contactez le 911.

Il peut arriver qu’un enfant, exposé à des gestes agressifs à répétition près de son milieu de garde ou de son école, ne veuille plus s’y rendre. Si c’est le cas de votre enfant, dites-lui qu’un adulte sera toujours là pour l’accompagner. Il est important aussi de reconnaître l’émotion de peur que vit votre enfant et de l’aider à la gérer. Vous pouvez par exemple lui proposer d’apporter un objet qui le rassure (ex. : un toutou) pour faire le chemin avec vous. Cela peut aider à développer son courage.

Temps froid : quoi dire si votre enfant est inquiet?

Il est normal qu’un enfant s’inquiète pour les personnes qui restent dehors l’hiver dans le froid et la neige. Vous pouvez dire à votre enfant que des gens ont comme travail d’aller leur parler pour leur proposer d’entrer se réchauffer. Expliquez-lui aussi que des endroits comme des haltes-chaleur et des refuges existent pour accueillir les personnes en situation d’itinérance et leur permettre de se réchauffer. Cela amène un peu d’espoir et peut rassurer votre enfant d’apprendre que des gestes d’entraide permettent de soutenir les personnes qui vivent des moments difficiles.

À retenir

  • Attendez que votre enfant montre de l’intérêt pour l’itinérance avant d’en parler avec lui. Répondez à ses questions en adaptant vos réponses à son niveau de compréhension et évitez de donner trop de détails.
  • Si votre enfant est triste et veut aider, vous pouvez lui proposer de sourire ou de saluer la personne. Avant d’offrir de l’argent ou de la nourriture, demandez toujours à la personne en situation d’itinérance si c’est ce qu’elle veut.
  • Il peut être rassurant de dire à votre enfant que des gens travaillent pour aider les personnes en situation d’itinérance.
Naître et grandir

Révision : Annie Fontaine, professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie, Université Laval
Recherche et rédaction :Équipe Naître et grandir
Octobre 2026

Photos : GettyImages/Daniel Balakov et urbazon

Ressources

Ressources

Livres pour enfants

  • CUMMINGS, Phil et Shane DEVRIES. Quelques miettes. East Gwillimbury, Éditions Scholastic Canada, 2023, 32 p.
  • DAMASSE-POTTIER, Stéphanie et Tom HAUGOMAT. Sans détour. Rouen, Éditions de L’étagère du bas, 2022, 48 p.
  • L’ENGRENAGE SAINT-ROCH. Dans la rue : album psychoéducatif pour mieux comprendre l’itinérance. Québec, Éditions Midi trente, 2026, 48 p.
  • POIRIER, Nadine et Geneviève DESPRÉS. La case 144. Sherbrooke, Éditions D’eux, 2019, 32 p.
  • VIDAL, Séverine. Le manteau. Paris, Éditions Gallimard, 2020, 24 p.
  • YUN, Dong-Jae et Jae-Hong KIM. Le parapluie vert. Vanves, Éditions Didier, 2017, 48 p.
  • ZIMMER, Marie. Grand-mère Crevette. Le Puy-en-Velay, Éditions L’atelier du poisson soluble, 2016, 32 p.

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