Les enfants, les préjugés et le racisme

Les enfants, les préjugés et le racisme
Il est normal qu’un enfant ait des préjugés. Vous pouvez toutefois l’aider à s’en défaire.


La lutte pour combattre les préjugés, les stéréotypes et le racisme est importante. Même si ces sujets sont sérieux, il est possible d’agir tôt pour sensibiliser votre enfant à ce genre d’injustices. Voici quelques conseils pour défaire les préjugés et prévenir le racisme.

Qu’est-ce qu’un préjugé et un stéréotype?

Un préjugé est une idée qu’on se fait de quelqu’un ou de quelque chose et qu’on prend pour une vérité, sans pour autant y avoir réfléchi ou s’être correctement informé. Cette croyance peut être enseignée par l’entourage ou acquise par une expérience vécue.

On parle plutôt d’un stéréotype lorsqu’une pensée ou une expérience nous porte à généraliser et à attribuer une caractéristique à tout un groupe d’individus. Par exemple, un enfant pourrait se dire : « J’ai vu un enfant handicapé qui avait l’air triste. Je crois donc que tous les enfants qui ont un handicap sont tristes. »

Le danger avec les préjugés et les stéréotypes, c’est qu’ils peuvent mener à des malentendus, à de la discrimination et à de l’exclusion envers une personne ou un groupe.

Il est important de les combattre, car ils peuvent notamment amener une personne à poser des gestes injustes et irrespectueux envers d’autres ou à avoir un comportement raciste. Un enfant pourrait par exemple rejeter un autre enfant ou se moquer de lui parce qu’il a un handicap, une couleur de peau différente de la sienne ou des vêtements différents des siens.

Les stéréotypes sexuels

Parmi les stéréotypes courants, les stéréotypes sexuels sont encore bien présents. Ils influencent la façon de voir les filles et les garçons et peuvent amener les adultes (ex. : parents, éducatrices, éducateurs, entourage) à traiter différemment les enfants selon leur sexe. Par exemple, les comportements calmes sont souvent valorisés chez les filles, alors que les comportements agités et impulsifs sont mieux tolérés chez les garçons.

Il faut faire attention de ne pas transmettre ces stéréotypes. Quand les stéréotypes sont répétés souvent, les enfants peuvent comprendre qu’agir selon les stéréotypes est la façon attendue de se comporter. Plus tard, cela pourrait influer sur leurs relations amicales et amoureuses, et même avoir une incidence sur leur choix de carrière.

Pour en savoir plus, consultez notre fiche Enseigner l’égalité aux tout-petits.

Les préjugés et le développement de l’enfant

Vers 3 ou 4 ans

Un enfant de cet âge se tourne plus naturellement vers des amis du même sexe que lui pour jouer. Il a aussi tendance à se rapprocher de ceux qui ont des préférences et des caractéristiques semblables aux siennes. Par exemple, il préférera un ami sportif comme lui.

À cet âge, l’enfant est très curieux. Il observe les différences, comme la langue, la couleur de peau ou le sexe, mais il ne porte pas encore de jugements sur ces différences. Par exemple, il ne croit pas qu’un autre enfant est inférieur ou supérieur à lui à cause d’une différence.

Il fait tout de même preuve d’une certaine méfiance envers ce qui est différent, parce que la différence représente de la nouveauté et de l’inconnu pour lui. De plus, il enregistre les paroles et les gestes de son entourage sans les remettre en question.

Vers 5 ou 6 ans

Pendant la petite enfance, la pensée d’un tout-petit est davantage tournée vers ses propres besoins. Il a tendance à diriger son affection vers les gens qu’il connaît bien. Ce sentiment d’appartenance à sa famille ou à ses amis le sécurise.

À cet âge, l’enfant se compare davantage aux autres. Il est plus conscient des différences entre ses amis et lui, que ce soit par exemple sur le plan des caractéristiques physiques et des habiletés (sportives, artistiques).

Il aime toujours avoir des amis qui ont des champs d’intérêt semblables aux siens, mais il présente aussi une certaine curiosité envers les différences. Par exemple, il peut demander à un autre enfant ou à un adulte : « Pourquoi ta peau est foncée? » ou « Pourquoi tu portes un turban? ».

Vers 7 ans

L’enfant comprend que certaines différences sont présentes dès la naissance et qu’elles sont permanentes (ex. : la couleur de la peau). C’est aussi à cet âge que l’enfant prend conscience qu’il existe différentes classes sociales autour de lui. Ainsi, il peut observer qu’un enfant a un moins grand appartement que lui ou qu’il reçoit moins de cadeaux à son anniversaire. Il pourrait alors avoir une réflexion comme : « Ils sont moins riches que nous, n’est-ce pas? »

C’est un âge où les préjugés et les stéréotypes peuvent prendre davantage de place dans ses relations sociales. Comme votre enfant est à la fois capable de raisonnement, mais qu’il est encore très influençable, vos réponses à ses questions peuvent faire une grande différence dans sa perception des autres.

À partir de 7 ans

L’enfant a la maturité nécessaire pour nuancer son jugement. Au fur et à mesure qu’il est en contact avec des gens différents de lui, il est capable de reconnaître que ses préjugés ne sont souvent pas fondés. Par exemple, il comprend que des enfants très différents peuvent aussi avoir des champs d’intérêt en commun avec lui.

Comment prévenir les préjugés et le racisme

La famille et l’environnement social peuvent contribuer au développement des préjugés et des stéréotypes. Vous avez donc un rôle à jouer pour rendre votre enfant plus ouvert aux gens différents de lui. Voici des conseils pour prévenir les préjugés et les comportements racistes chez votre enfant ou pour briser ceux qu’il aurait pu développer.

  • Exposez votre enfant à la différence. Essayez de le mettre en contact avec d’autres communautés culturelles. Par exemple, racontez-lui des histoires ou montrez-lui des films avec des personnages de diverses origines ou ayant des façons de vivre différentes de la sienne. Vous pouvez aussi visiter un festival de type Pow Wow, aller marcher dans le quartier chinois de Montréal ou amener votre enfant dans un commerce tenu par des gens de diverses communautés culturelles pour lui montrer qu’il vit dans une communauté diversifiée. Veillez aussi à ce qu’il y ait une diversité dans ses jeux et ses jouets (ex. : poupées et figurines qui présentent différentes couleurs de peau).
  • Donnez l’exemple. Vous êtes un modèle pour votre enfant. Plus vous serez respectueux envers les autres et ouvert à eux, plus votre enfant le sera aussi. Par exemple, l’interaction concrète avec des personnes d’origines variées a un impact positif sur l’ouverture de votre tout-petit.
  • Discutez avec votre enfant de ce qu’il voit et entend à la télévision ou dans son entourage. C’est un moyen de le sensibiliser aux injustices. Profitez par exemple de situations qui se présentent dans une émission ou dans un film pour reconnaître et dénoncer des gestes injustes ou des paroles racistes.
  • Utilisez les livres pour le sensibiliser aux injustices. Certains abordent des thèmes comme le racisme et l’injustice avec des mots faciles à comprendre pour les enfants. D’autres permettent de défaire certains stéréotypes. Par exemple, si votre enfant dit qu’il faut avoir la peau blanche et des cheveux lisses pour jouer à la princesse, vous pouvez chercher à la bibliothèque une histoire sur une princesse africaine, indienne ou mexicaine pour lui montrer qu’il existe d’autres modèles.
  • Si votre enfant exprime une méfiance ou de la peur envers une autre personne, parlez-en avec lui. Posez-lui des questions sur ce qu’il ressent et aidez-le à réfléchir à ses sentiments. Vous pourrez l’amener à constater que c’est la nouveauté qui lui fait peur, mais que ses craintes ne sont pas fondées.
  • Si votre enfant a un commentaire raciste, questionnez-le pour comprendre d’où vient cette idée.
Plus un enfant a des contacts avec des personnes de différentes communautés, plus il se montre ouvert à la diversité.
  • C’est souvent quelque chose que les enfants ont appris ou entendu. Expliquez-lui qu’il s’agit d’une injustice et faites appel à son empathie. Dites par exemple : « Si tous les amis du cours de natation ont le droit de sauter dans l’eau sauf ceux qui ont les yeux bruns comme toi, comment vas-tu te sentir? » Faites-lui comprendre que les gestes et les propos racistes ne sont pas acceptables. Expliquez-lui que diminuer quelqu’un ou le priver de quelque chose à cause de la couleur de sa peau ou de ses origines est irrespectueux et blessant.
  • Montrez à votre enfant les conséquences des comportements discriminatoires ou racistes en faisant référence à des événements historiques. Même avec un enfant de 4 ou 5 ans, vous pouvez parler de la ségrégation des Noirs aux États-Unis en racontant l’histoire de Rosa Parks ou expliquer le régime de l’apartheid en Afrique du Sud à partir de l’histoire de Nelson Mandela. Ces histoires l’aident à comprendre les conséquences négatives que peuvent avoir le racisme et le maintien de préjugés envers certains groupes ou certaines personnes.

Si votre enfant est victime de préjugés ou de racisme

Il est possible, pour toutes sortes de raisons, que votre enfant soit lui-même victime de préjugés ou de racisme. Si c’est le cas, il est important d’être d’abord à l’écoute de ce qu’il vit. Aidez votre enfant à parler des émotions et des malaises qu’il ressent, comme l’humiliation, la peine et la colère, et dites-lui qu’il a raison de se sentir comme ça. Si vous êtes bouleversé, vous pouvez aussi le dire : « Je suis fâché et je trouve cela injuste. »

Posez des questions à votre enfant pour comprendre la situation, mais restez calme. Votre enfant s’est-il disputé une seule fois avec un camarade de classe ou est-il victime de préjugés à répétition? Vit-il de l’isolement ou de l’intimidation? Reçoit-il souvent des commentaires racistes?

Ensuite, vous devriez lui parler des gestes que vous allez poser comme aller expliquer la situation à son éducatrice ou à son enseignante ou écrire avec lui une lettre à son ami et ses parents pour expliquer la peine qu’on lui a faite. Ne l’incitez pas à la violence, aidez-le plutôt à se faire confiance et à s’affirmer. Suggérez-lui aussi des façons de parler de la situation avec ses camarades. Vous pouvez par exemple faire des jeux de rôle avec lui pour l’aider à réagir, à s’affirmer et à mettre ses limites.

Ces gestes montrent à votre enfant que vous êtes en action, que vous n’acceptez pas ce qui est arrivé et que vous voulez que ça change. Cette réponse aide votre enfant à se respecter, à se faire confiance, à s’affirmer et à reprendre du pouvoir sur la situation.

Si rien ne se règle, n’hésitez pas à retourner en parler avec l’éducatrice ou l’enseignante de votre enfant. Vous pouvez même vous adresser à la direction de son milieu de garde ou de son école pour trouver une solution afin qu’il se sente accepté par les autres enfants.

Pour plus de détails, consultez notre fiche sur l’intimidation.

 

À retenir

  • Les paroles ou les comportements de la famille et de l’entourage peuvent amener un enfant à développer des préjugés et des stéréotypes.
  • Exposer votre enfant à la différence, être respectueux envers les autres et le sensibiliser aux injustices sont des moyens de prévenir les préjugés et le racisme.
  • Si votre enfant est victime de préjugés ou de racisme, il faut l’aider à parler de ce qu’il vit et agir pour que la situation change.

 

Naître et grandir

Révision scientifique : Solène Bourque, psychoéducatrice
Recherche et rédaction :
Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Janvier 2021

 

Photos : iStock.com/FatCamera et GettyImages/Georgijevic et fizkes

 

Ressources et références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

Pour les parents

  • AMIRALI, Lila. Mon enfant est victime d’intimidation. Que puis-je faire? Hôpital de Montréal pour enfants, Centre universitaire de santé McGill. www.hopitalpourenfants.com
  • ENCYCLOPÉDIE SUR LE DÉVELOPPEMENT DES JEUNES. Apprendre à contrer l’intimidation. enfant-encyclopédie.com
  • MOI J’AI UN AMI BLANC! Campagne de lutte contre les stéréotypes prenant la forme d’une webfiction satirique. monamiblanc.org
  • VANDER KELEN, Masha et autres. Développement moral et développement des préjugés chez l’enfant : introduction aux domaines d’étude et illustration à travers le phénomène du « victimisateur heureux ». Bruxelles, Université libre de Bruxelles, 2006. www.academia.edu

Pour les enfants

  • BOOMERANG ÉDITEUR JEUNESSE. Collection « Au coeur des différences ». boomerangjeunesse.com
  • DUMONTET, Astrid. Le racisme. Éditions Milan, 2019, 40 p.
  • GRAVEL, Élise. J’aime la diversité. Affiche à imprimer. elisegravel.com
  • GRAVEL, Élise. La discrimination. Affiche à imprimer. elisegravel.com
  • GRAVEL, Élise. Le racisme expliqué aux enfants. Affiche à imprimer. elisegravel.com
  • GRAVEL, Élise. Le respect de la différence. Affiche à imprimer. elisegravel.com
  • KAISER, Lisbeth. De petite à grande Rosa Parks. La courte échelle, 2018, 32 p.
  • MÉNARD, Johanne. Connais-tu Nelson Mandela? Éditions Michel Quentin, 2014, 64 p.
  • NSAFOU, Laura. Le chemin de Jada. Éditions Cambourakis, 2020, 30 p.
  • SPILSBURY, Louise. Le racisme et l’intolérance. Scholastic Canada, 2019, 32 p.
  • SWEET, Susan D. Cendrilune : le conte de fée d’une scientifique en herbe. Dominique et compagnie, 2020, 40 p.
  • WINTERS, Kari-Lynn. Pain doré. Éditions de l’Isatis, 2018, 32 p.

 

Partager

À lire aussi