Restreindre un enfant s’il mange beaucoup?

Restreindre un enfant s’il mange beaucoup?
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
Voici un principe simple, éprouvé scientifiquement, qui aide à vivre des repas beaucoup plus zen : le partage des responsabilités.

Je l’ai dit et répété souvent : on devrait laisser les enfants libres de cesser de manger lorsqu’ils sont rassasiés. J’ai reçu plusieurs commentaires et questions au fil des années. Notamment de parents qui se demandent plutôt quoi faire si l’estomac de leur enfant est un trou sans fond.

Peut-on priver un enfant de certains aliments? Le restreindre volontairement? Contrôler ce qu’il mange? Non, non et non. Ça ne contribuerait qu’à aggraver le problème en développant une préoccupation, voire une obsession envers les aliments. On devrait laisser les enfants manger à leur faim. Cela dit, des structures doivent être mises en place.

Voici un principe simple, éprouvé scientifiquement, qui aide à vivre des repas beaucoup plus zen. C’est le partage des responsabilités.

Responsabilités des parents

Quand manger

En tant que parent, vous êtes responsable d’établir les horaires de repas et de collations. Vous déterminez « quand » on mange. Établissez des règles claires et informez-en votre enfant. Faites-lui comprendre qu’il aura l’occasion de manger plusieurs fois par jour (3 repas et 2 ou 3 collations au besoin).

On doit manger pour la bonne raison : parce qu’on a faim. Pas pour passer le temps, pour se désennuyer, pour se consoler, pour anticiper une faim prochaine ou par simple habitude en mettant le pied dans la maison et en allumant la télévision. Manger à tout moment ne laisse pas au corps le temps de ressentir la vraie faim. Si on ne connaît pas la sensation de faim, le rassasiement devient beaucoup plus difficile à reconnaître. Bref, le grignotage brouille les signaux de faim et de satiété du corps.

Quoi manger

Vous êtes le chef. Vous décidez du menu, et vous le cuisinez. Le « quoi » est de votre responsabilité. Fournir des aliments nourrissants est l’objectif principal. Les gâteries ont aussi leur place, mais les aliments riches en vitamines et minéraux doivent prédominer.

En cuisinant, vous connaissez la qualité et la quantité des ingrédients qui composent vos recettes. Vous déterminez également le mode de cuisson et c’est donc l’occasion de privilégier ceux qui nécessitent peu de matières grasses. Vous pouvez inclure beaucoup de légumes, des grains entiers (pain et pâtes de blé entier, quinoa, riz brun, orge mondé, etc.), une bonne source de protéines (poisson, viande, tofu, légumineuses, tempeh, lait, etc.), etc.

Ce sont tous des façons de rendre un repas plus rassasiant et bourré d’éléments nutritifs variés. La présence de légumes aide aussi à avoir des portions plus généreuses (donc satisfaisantes), tout en ajoutant peu de calories.

Où manger

Exigez qu’on mange à la table. Pas devant la télé, la tablette ou l’ordi. L’attention doit être disponible pour « écouter » les signaux de notre corps nous indiquant qu’on n’a plus faim. Ce n’est pas possible devant un écran, puisqu’on mange par automatisme, jusqu’à épuisement de la marchandise.

D’autres principes à mettre en pratique

  • On a droit au dessert, même si on n’a pas vidé son assiette. Peu importe ce qui a été mangé du plat principal, le dessert est le même. Ni plus gros, ni plus petit. Et il y a UN dessert, qu’il s’agisse de yogourt nature, de fruits, de crème glacée ou de gâteau. L’enfant comprend ainsi qu’il ne pourrait pas se nourrir de dessert, même si c’était son souhait initial. Cette règle s’applique à tous les membres de la famille. L’enfant ne doit pas penser qu’on lui interdit un (ou un 2e) dessert parce que son poids ou son appétit de lion vous préoccupe. Si vous voulez manger un autre dessert une fois votre enfant couché, c’est votre affaire. Mais à ses yeux, il ne doit pas être une exception.
  • Évitez de mettre des plats de service sur la table à manger. Les probabilités qu’on veuille une seconde portion sont bien plus grandes quand les aliments sont à portée de main.
  • Cuisinez les quantités proportionnelles aux nombres de personnes dans votre famille afin d’éviter qu’il y ait de gros surplus. Ou établissez tout de suite votre désir d’avoir des restes pour les lunchs, donc il faut en laisser!
  • À mesure que votre enfant grandit et qu’il devient plus conscient, aidez-le à comprendre les signaux de son corps. Demandez-lui comment il sait qu’il a faim, comment il sait qu’il a assez mangé, s’il lui arrive de se sentir « trop plein », etc.
  • Finalement, dites à votre enfant qu’il ne manquera jamais de nourriture. Il n’a pas besoin de faire de réserves. Offrez-lui des gâteries à l’occasion afin qu’il sache qu’elles peuvent faire partie de son alimentation. L’envie de s’empiffrer devrait s’estomper peu à peu.

Pour des parents, un enfant qui mange plus que la moyenne ou qui est plus enrobé que les autres enfants peut être préoccupant. Tout comme son propre poids comme adulte. Mais il ne faut pas partager cette inquiétude avec l’enfant ni parler de régimes amaigrissants. Consultez une nutritionniste pour connaître la meilleure marche à suivre qui s’applique à votre situation. C’est une question de santé physique et mentale à long terme.

 

Mise à jour le 27 octobre 2023
Publiée originalement le 14 octobre 2010

Naître et grandir

Photo : GettyImages/miodrag ignjatovic

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