Le pouvoir infini... des écrans

Le pouvoir infini... des écrans
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
17 octobre 2019
Une publicité montrant un tout-petit avec un écran dans un siège d’auto a suscité des réactions dans notre équipe. Julie Fortier, responsable éditoriale, s’exprime sur le sujet.

Récemment, en arrivant au bureau, une collègue a ouvert devant moi le journal gratuit qu’elle a pris dans le métro pour me montrer une publicité déployée sur deux pages. Un « Oh! » de découragement est rapidement sorti de ma bouche. De même que de celle d’autres collègues par la suite.

Que montrait la fameuse publicité? Une tablette électronique - sur laquelle défile un dessin animé - accrochée sur le dos du siège avant du passager et les petites jambes d’un très jeune enfant assis dans un siège d’auto. Et dans le coin droit, on pouvait lire : « Même le calme en voiture ».

Peut-être rien de bien choquant pour la plupart des gens, même que cela peut décrocher un petit sourire en coin. Toutefois, quand on sait tous les problèmes associés aux écrans, on ne peut que se questionner.

Chuuut!

Je ne saurais dire ce qui est le plus dérangeant dans cette publicité : l’image qui démontre comment les écrans s’infiltrent partout ou le texte qui envoie le message que « pour avoir la paix, pourquoi ne pas mettre votre enfant devant un écran? » Qui a dit, d’ailleurs, que les enfants – surtout les bébés! – devaient être calmes (lire silencieux) - « même en voiture »?

Je pense que c’est surtout l’association naturelle que les publicitaires et les fabricants de jouets, et bien d’autres, font maintenant entre « écran et jeune enfant » qui est préoccupante. Comme si les appareils mobiles étaient devenus un indispensable dès la petite enfance. C’est aussi une banalisation des écrans que l’on prétend être inoffensifs alors qu’ils sont loin de l’être. Mal et trop utilisés, ils peuvent en effet nuire au développement d’un enfant.

On ne le dira jamais assez, un tout-petit a besoin d’interactions avec les autres et, bien entendu, particulièrement avec ses parents pour bien se développer. Avec nos journées bien chargées, les périodes d’échanges avec nos enfants sont limitées. Tous les petits moments à table, en voiture, avant le coucher sont donc précieux (même avec un enfant de 1 an…).

Accrocher les bébés

Bien sûr, les écrans font maintenant partie du quotidien des familles et peuvent être utiles dans certaines circonstances (comme lors de longs trajets en auto, me direz-vous). Les experts s’entendent toutefois pour dire que les bonnes habitudes en lien avec les écrans doivent commencer en bas âge. D’où le défi comme parent d’y avoir recours de façon responsable. Les sollicitations sont d’ailleurs nombreuses, et ce, dès la petite enfance : les chaînes télé pour bébé, les applis annoncées à la fin d’émission pour les tout-petits, les vidéos conçues pour les jeunes enfants sur YouTube, les tablettes ou téléphones intelligents pour bébé…

L’accumulation de ces produits fait augmenter le temps d’écran des tout-petits dans une journée, souligne l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans un rapport. « De plus, ils contribuent à créer l’illusion qu’il est normal pour l’enfant de passer plusieurs heures de sa journée devant un écran », peut-on aussi lire.

S’assoir devant un écran est tellement devenu « normal » que le nombre d’heures que les enfants y passent inquiète grandement plusieurs experts qui parlent même d’un problème de santé publique. Il serait donc grand temps que tout le monde s’en préoccupe, et pas seulement les parents.

Quelques chiffres 

  • À 2 ans, un tout-petit canadien passerait en moyenne 2,4 heures par jour devant les écrans.
  • À 3 ans, ce chiffre s’élèverait à 3,6 heures.
  • À 5 ans, alors que l’enfant commence l’école, le temps-écran passerait à 1,6 heures par jour.
  • De 2 ans à 5 ans, un enfant ne devrait pas passer plus d’une heure devant les écrans, selon les recommandations de la Société canadienne de pédiatrie (SCP).
  • Avant 2 ans, un bébé ne devrait pas être exposé aux écrans, selon la SCP.

Source : Madigan S et al. Association Between Screen Time and Children’s Performance on a Developmental Screening Test, JAMA Pediatrics, janvier 2019.

 

Photos : GettyImages/lisegagne

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Commentaires (6)

  1. Julie P. 18 octobre 2019 à 10 h 27 min
    Bonjour, J'ai vu moi aussi cette publicité et elle m'a choqué. Chez moi, le temps devant les écrans est limité (30 minutes et pas tous les jours) et même si les enfants chialent parfois, ils finissent rapidement pas se trouver une autre activité.
  2. Catherine 19 octobre 2019 à 13 h 00 min
    Bien ici on a un lecteur Dvd dans l'auto. Je ne dis pas nécessairement que bébé c'est bien de montrer un écran, mais quand il y a des plus grand, bébé y a accès aussi par défaut! Je suis très pour le fait de limiter les écrans mais dans l'auto s'il y a bien en endroit wue c'est pratique c'est bien là! Sinon papa et maman ne peuvent JAMAIS se parler car on se fait constamment couper, ou ils demandent toute les 30 secondes (quand est-ce qu'on arrive)! Sur 3h de route là un moment donné ça fait du bien de les occuoer un peu! On limite les écrans à la maison, mais de grâce laissons les dans l'auto!
  3. Cbo 22 octobre 2019 à 12 h 31 min
    Nous sommes habitués des longs trajets en voiture et nous n'avons jamais eu recours aux écrans. Il existe de nombreux autres moyens de s'occuper pour passer le temps. Le plus simple: un cahier et des crayons pour dessiner (et, quand ils sont terminés, je garde les cahiers en souvenirs!), mais aussi autocollants, cherche et trouve et jouets favoris. C'est le bazar dans l'auto, mais je préfère ça à l'abrutissement des écrans. Maintenant, mes filles sont assez grandes pour savoir ce qu'elles doivent emporter (il m'arrive encore de vérifier que la plus petite a tout ce qu'il faut). À la maison aussi, l'usage des écrans est limité. N'oublions pas que les écrans sont aussi présents dans les écoles! Les enfants finissent toujours par se trouver une occupation s'ils s'ennuient, pas besoin de bébelles électroniques!! En plus, ça stimule leur créativité :)
  4. Lysanne 24 octobre 2019 à 09 h 58 min
    Ici aussi on a limité les écrans: pas d'écrans la semaine. Le plus difficile a été de convaincre mon conjoint! On a un garçon de 6 ans et une fille de 3 ans, et après 2-3 jours de ' je ne sais pas quoi faire', ils se sont vite habitués à trouver une autre occupation. Ce ne sont pas les jouets qui manquent dans la maison et dans la cour. En plus, on ne se sent pas coupables de paresser dans le lit la fin de semaine quand les enfants, le matin, écoutent leurs vidéos, hé hé!
  5. lila 25 octobre 2019 à 01 h 12 min
    bonjour, pourquoi peux t'on retrouver des âges différents en ce qui concerne les écrans ? En france, aux states ou chez vous par exemple 3 dates différentes, pourquoi ? De plus comment se fait il que nous qui ayons eu accès aux écrans nous n'avons pas de pb pour la majorité d'entre nous ? merci pour vos réponses ps pour ma part je suis plutôt no écran mais c'est vrai que j'aimerais que l'on m'explique ses points précisément merci bcp
  6. Julie Fortier 28 octobre 2019 à 16 h 41 min
    Il est vrai que les recommandations d'âge varient d'un pays à l'autre: il est conseillé de ne pas exposer les enfants aux écrans avant 2 ans au Canada, 18 mois au États-Unis (mais de façon très encadrée) et 3 ans en France. Cela dépend du consensus scientifique sur lequel s'appuient les experts. Tous s'entendent toutefois pour dire que les écrans n'apportent aucun bénéfice dans le développement d'un bébé et qu'un tout-petit a besoin d’avoir des contacts avec les autres et de faire toutes sortes d’activités et de jeux pour bien grandir. Les interactions qu’un enfant a avec son environnement et son entourage sont la meilleure source de stimulation pour lui. Or, en raison de l'apparition et de la multiplication des appareils mobiles, les enfants sont exposés en bas âge aux écrans et ils y passent beaucoup plus de temps que lorsqu'il n'y avait que la télévision par exemple. Cela représente un défi pour de nombreuses familles d'aujourd'hui.

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