Devenir un parent zen, est-ce possible?

Devenir un parent zen, est-ce possible?
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
7 mai 2015
Voici quelques pistes de réflexion d’Isabelle Filliozat, psychologue et auteure française.

« Il n’y a pas de mauvais parents », a lancé la psychologue et auteure française Isabelle Filliozat, qui était de passage à Montréal récemment dans le cadre du festival Métropolis bleu. Qu’est-ce qui fait alors que certains parents semblent réagir adéquatement aux besoins de leur enfant alors que d’autres s’emportent ou ont l’air dépassé par les événements? Voici quelques pistes de réflexion qu’Isabelle Filliozat a partagées avec les parents qui assistaient à sa conférence « L’art du parent zen ».

Pourquoi crions-nous? Pourquoi perdons-nous le contrôle?

La réponse est simple et à la fois… stressante. C’est en raison de ce phénomène qui nous a permis de survivre depuis la nuit des temps : notre réaction au stress. Que faisait l’Homme devant une bête féroce? Il attaquait, il fuyait ou, impuissant, il figeait. Devant un enfant (notre petite bête féroce à nous) qui pleure, qui crie ou qui tape, nous sommes plusieurs à avoir cette réaction de stress soit, par exemple, en criant (attaque), en claquant la porte (fuite) ou en ne faisant rien (figer). « La plupart de nos réactions excessives sont des réactions de stress », affirme Isabelle Filliozat.

Pourquoi ne m’écoute-t-il pas?

Il n’y a pas que nous qui réagissons au stress, les enfants aussi, même lorsqu’ils sont petits. La psychologue a donné l’exemple de cette mère qui au coin d’une rue passante a dit à son petit garçon sur un ton autoritaire : « Prends-moi la main tout de suite! » Qu’a fait l’enfant? Le ton de sa mère a entraîné chez lui une réaction de stress : il a donc « fui » en s’éloignant d’elle. Visiblement stressée, elle s’est fâchée encore plus. La mère a interprété le geste de son enfant comme de la désobéissance, mais aurait-il réagi autrement si elle avait énoncé clairement et calmement la règle? Probablement! « Trop souvent, les rapports difficiles avec les enfants, c’est stress contre stress », soutient-elle.

L’influence de notre propre enfance

S’il y avait eu des grands-parents dans la salle, ils n’auraient probablement pas aimé entendre ce qui suit : « Durant notre enfance, nous n’avons pas tous reçu l’attachement dont nous avions besoin. Qu’est-ce qui s’est passé? Nos parents n’avaient pas toutes les connaissances que nous avons aujourd’hui et ils étaient beaucoup enfermés dans les rapports de force. Plusieurs ont été humiliés, peut-être frappés, dévalorisés et surtout nos parents n’ont pas toujours écouté nos émotions. À l’époque, ils ne savaient pas. »

Or, les recherches le démontrent, le cerveau se construit autant par l’attachement que par le manque d’attachement, explique Isabelle Filliozat. Si nous avons reçu l’affection dont nous avions besoin, notre cerveau est alors bien équipé une fois adulte pour répondre positivement aux besoins de notre propre enfant grâce entre autres à l’ocytocine, hormone de l’amour qui favorise le lien d’attachement.

Par contre, que se passe-t-il dans notre cerveau si on a été rejeté ou maltraité durant l’enfance et que l’on doit répondre à un enfant qui pleure ou même qui tend les bras? On y revient toujours : c’est le circuit du stress qui s’active. Attaque, fuite ou immobilisme et malheureusement pas d’ocytocine ou très peu.

Nous prêtons aussi souvent à nos enfants des intentions qu’ils n’ont pas. Lorsque, par exemple, on dit à un enfant de 18 mois « Ne touche pas à cette table », que retient-il? Touche et table. À cet âge, le cerveau d’un enfant ne comprend pas la négation. « Nous pensons souvent que nos enfants nous cherchent. Mais non, ils cherchent tout simplement », affirme la psychologue.

L’éducation bienveillante

Ce sont toutes ces découvertes sur le cerveau qui font dire à Isabelle Filliozat qu’il n’y a pas de mauvais parents. Elle se méfie d’ailleurs du mouvement actuel autour de l’éducation bienveillante : « Je m’oppose à ce mouvement parce que ça pourrait signifier qu’il y a des parents bienveillants et d’autres malveillants. C’est faux ». Selon Isabelle Filliozat, tous les parents sont bienveillants, même ceux qui humilient ou maltraitent leurs enfants parce qu’à leurs yeux, ils agissent par bienveillance. « Évidemment, ça fait mal aux enfants, mais ce n’est pas en jugeant ces parents qu’on va en sortir », avance-t-elle. Ce n’est pas parce qu’ils sont de mauvais parents que certains vont réagir de façon autoritaire, mais parce que leur « cerveau n’est pas équipé pour être dans un maternage de proximité », ajoute-t-elle. Heureusement, il y a de l’espoir : avec de l’amour et de la tendresse, les récepteurs d’ocytocine se reconstruisent, à condition, bien sûr, de le vouloir.

Commentaires (3)

  1. Mathieu 7 mai 2015 à 21 h 33 min
    Tellement inspirant et rempli de vérités. Merci !
  2. Emy 11 mai 2015 à 21 h 12 min
    Voilà qui me laisse perplexe, car je suis plutôt zen avec ma fille, premier enfant, pas prévu, je n'ai pas eu le temps de m'interroger sur mon rôle de mère. J'ai eu une enfance abominable, 0 attachement et toutes les maltraitances physiques et émotionnelles que l'on puisse imaginer. Et pourtant, ma fille et moi sommes très attachées l'une à l'autre et il est très rare que "j'attaque", et jamais je ne fuis ni ne fige. Serais-je une espèce rare?
  3. Nathalie 13 mai 2015 à 09 h 21 min
    Vos articles m'aident beaucoup...ils me rassurent, me réconfortent et m'aident à continuer mon "bon" travail. Bien contente de voir ça maintenant comme du stress provenant des "2 côtés"... Et aussi, je peux vous dire que de l’ocytocine, je n'en ai pas eu durant mon enfance, mais que maintenant que j'ai des enfants, j'en fabrique à la tonne !! Ceux qui disent que tu ne peux pas donner ce que tu n'as pas eu ont tout faux. Je donne à mes enfants exactement ce que j'aurais aimer recevoir...consolation, réconciliation, explications, affection, réconfort, protection, encouragement...en résumé, beaucoup d'amour !!

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