TDAH à 2 ans?

TDAH à 2 ans?
23 mars 2015



On parle beaucoup de la multiplication des diagnostics du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/TDAH) et on se questionne à savoir si la médication est trop utilisée. Or, certains enfants ont réellement besoin de ce petit coup de pouce pour fonctionner adéquatement. Ce texte n’est pas une prise de position, mais bien une parcelle de ma vie que je souhaite partager avec vous.

Si vous me suivez régulièrement, vous savez que mon plus jeune garçon a plusieurs problèmes de santé. Nous avons d’ailleurs le privilège qu’il soit l’Enfant Soleil du Lac-Saint-Jean pour 2015.

 Parallèlement à l’épilepsie, à la dysphagie, à l’immunosuppression, aux problèmes rénaux, à son retard global de développement, il avait d’importants problèmes d’ataxie, un trouble qui affecte la coordination. Pour lui, demeurer debout, immobile était une mission impossible : il penchait d’un côté, d’un autre côté, faisait 2 ou 3 pas derrière, 2 ou 3 pas devant, tombait, etc.

De plus, il était excessivement actif. Anormalement. Il courait, il grimpait partout, il n’écoutait absolument rien lorsque nous tentions de l’arrêter et il n’avait aucune conscience du danger. Tout cela, en chutant en plus à répétition!

Il se réveillait le matin avec 2 objectifs en tête : courir et escalader tout ce qu’il pouvait escalader. Mais, ça devenait excessivement dangereux. Les chutes du divan étaient de plus en plus nombreuses. Lorsqu’il sortait dehors, il pensait uniquement à se sauver à toute vitesse en tombant à gauche et à droite. À la garderie, il escaladait la demi-porte pour sortir de son local, etc.

Patients pendant un très long moment, nous avons finalement dû agir parce que sa sécurité était en péril. Nous avons donc fait clôturer l’ensemble de notre cour pour qu’il ne puisse plus se sauver (avec une voie ferrée au bout du terrain, un gros chien chez le voisin et un petit attiré par la rue comme un aimant, c’était un incontournable). Puis, un casque protecteur était utilisé occasionnellement pour diminuer les risques de commotion cérébrale liée aux chutes.

Nous faisions notre possible pour rendre l’environnement plus sécuritaire, mais ce n’était pas assez.

C’est vraiment en décembre que j’ai pris conscience que ce que nous vivions n’était pas normal. Pendant que nous prenions part à une activité spéciale de Noël organisée par notre municipalité, nous avons vu que notre enfant détonnait totalement du lot. Il y avait environ 200 personnes dans la salle communautaire, incluant une cinquantaine de très jeunes enfants. Tout était là pour attirer l’attention des jeunes : un clown, un père Noël, des ballons, etc.

Mais, pour le mien, ça ne fonctionnait pas. Son seul but, encore une fois, était de courir partout, de foncer dans tout le monde, de tomber à répétition par terre, etc. Cela nous valait plusieurs commentaires, pas méchants, mais répétitifs. Les gens le trouvaient bien vivant!

Peu de temps après cette activité de Noël, nous avons appris que sa physiothérapeute et son ergothérapeute pensaient à cesser de le suivre parce qu’elles n’arrivaient pas à grand-chose avec lui. Mon garçon avait énormément de difficulté à s’arrêter, à faire des exercices, à se concentrer. Comme s’il n’avait pas d’intérêt.

Et ce manque d’intérêt, cette incapacité à s’attarder à une activité pendant plus de 15 secondes contribuait à creuser son écart de développement (écart de développement qu’il traîne depuis l’âge de 6 mois, ayant été hospitalisé pendant plusieurs mois).

Pour la ixième fois, nous nous retrouvions dans le bureau de notre pédiatre, en tentant de gérer notre enfant tant bien que mal, lui qui s’entêtait à ouvrir les tiroirs, à fouiller dans les armoires, à essayer de grimper dans la poubelle, etc. C’est à ce moment-là que le pédiatre nous a parlé d’une médication pour TDAH. Visiblement, ce n’était pas sa première option et je ne crois pas qu’il nous le proposait de gaieté de coeur.

TDAH à 2 ans, vraiment?

Oui, je sais, c’est hyper jeune. Ce n’est pas nécessairement un diagnostic définitif, mais il faut le travailler ainsi. Peut-être est-ce exactement cela ou peut-être est-ce une conséquence de ses problèmes neurologiques et de la prise de plusieurs médicaments. Rien n’est coulé dans le béton.

Nous avons la chance d’être suivis régulièrement par de nombreux intervenants et spécialistes du milieu de la santé. Ils voyaient bien qu’il y avait un problème. Nous étions donc plus enclins à tenter le coup avec la médication puisque nous étions bien entourés et savions que nous aurions leur soutien en cours de route.

Et les résultats?

Premièrement, son attitude a changé et il s’est mis à évoluer différemment. Nous avions peur qu’il soit « dénaturé », méconnaissable, mais ce n’est pas du tout ce qui est arrivé.


Deuxièmement, ses problèmes d’ataxie ont beaucoup diminué! Il marche encore un peu croche, mais tombe vraiment beaucoup moins. Il s’arrête. Il réussit à s’accroupir pour ramasser des choses au sol sans tomber. Il ne titube plus. C’est absolument incroyable et celle-là, nous ne l’aurions jamais espérée!

Notre enfant met les pieds l’un devant l’autre au lieu de les mettre l’un par-dessus l’autre!

Comme si, avant, il était incapable de synchroniser ses jambes avec sa tête. Comme si ses pieds étaient incapables de répondre au désir de son cerveau d’aller toujours plus vite.

Bref, depuis 2 mois, nous avons un enfant plus alerte, plus attentif, beaucoup moins casse-cou et capable de faire une activité sur une plus longue période.

Sa physiothérapeute et son ergothérapeute peuvent maintenant lui apporter tout le soutien nécessaire puisqu’il collabore beaucoup mieux avec elles. Nous sommes maintenant suivis chaque semaine et il est aussi accompagné par une orthophoniste, ce qui aurait été impensable il n’y a pas si longtemps.

Les éducatrices du CPE trouvent que son comportement s’est beaucoup normalisé et sont enchantées des résultats. Certes, il bouge encore, mais il écoute plus, il prend moins de risques et il s’intègre super bien à son groupe.

 Et nous avons un quotidien qui nous permet de respirer un peu mieux. De penser à autre chose qu’à éviter des accidents. Et de pouvoir avoir un bien meilleur impact sur ses retards de développement.

Je suis très fier de mon garçon qui continue de nous épater. Et je nous trouve vraiment chanceux d’avoir un pédiatre aussi proactif et désireux de rendre sa vie plus belle.

Même si c’est parfois difficile à accepter, il arrive que la médication fasse la différence dans la vie d’un enfant et s’avère nécessaire.

S’entourer de gens compétents et de confiance puis s’informer aide à prendre les meilleures décisions pour contribuer à l’épanouissement de nos petits ayant des besoins particuliers.


P.-S. : Je vous partage une photo prise 2 jours après avoir commencé sa médication. Notre garçon n’avait jamais voulu colorier ni peinturer. Cette fois-là, il l’a fait pendant 30 minutes et il « tripait », ce qui nous a fait vivre de grandes émotions!


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Jean-François Quessy
Je suis un père passionné, mais aussi un grand amoureux qui aborde sa vie avec humour.
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Commentaires (16)

  1. Annie levesque 23 mars 2015 à 11 h 21 min
    Bravo pour votre courage ! Votre texte m'a ému.
  2. Jean-François Quessy 23 mars 2015 à 11 h 29 min
    Merci beaucoup Annie!
  3. KatMarieChant 23 mars 2015 à 11 h 28 min
    C'est très émouvant de voir un enfant s'épanouir! Je suis contente pour vous!
  4. Jean-François Quessy 23 mars 2015 à 11 h 29 min
    Merci ma chère, c'est gentil.
  5. AndréAnne 23 mars 2015 à 11 h 30 min
    Merci pour ce billet.
    On sous-estime les effets du TDAH avec ses co-morbidités. Et ce trouble neurologique est encore tellement tabou. Et si on pensait au bien-être, à l'épanouissement et au développement de nos enfants (notre avenir!) plutôt que de juger. Et si on mettait en place tout ce qui est possible pour les aider (parce que malheureusement de nombreuses familles doivent se battre bec et ongle pour avoir droit aux services). Si on s'entraidait plutôt que de juger rabaisser, détruire...
    Filston a 5 ans, TDAH et médicamenté depuis ses 3 ans. Épilepsie (maintenant contrôlé), dysphasie réceptive et expressive sévère, dyspraxie verbale et la liste risque de s'allonger... On l'aime plus que tout et on met tout en oeuvre pour qu'il soit épanoui heureux et accompli.
  6. Jean-François Quessy 23 mars 2015 à 11 h 41 min
    C'est beau de vous lire AndréAnne. Pas de doute qu'il y a beaucoup d'amour chez-vous, votre enfant est chanceux de pouvoir compter sur vous. Je vous souhaite tout ce qu'il y a de mieux pour la suite.
  7. Marie-CLaude D 23 mars 2015 à 12 h 20 min
    Bravo vous êtes extraordinaire et lui es magnifique... si tou sle senfnats aurais des parents comme ça.....
  8. Marie-CLaude D 23 mars 2015 à 12 h 21 min
    Bravo vous êtes extraordinaire et lui es magnifique... si tous les enfants aurais des parents comme ça.....
  9. Barthiaux anais 23 mars 2015 à 12 h 31 min
    bonjour a tous,
    mon fils de 5 ans va bientot passer les examens pour confirmer le tdah mais tout le monde refuse de donner un traitement alors que ca nous changerai la vie. mon fils en souffre enormement de son tdah heureusement il n'a que ca alors que vos enfants ont des pathologies plus graves.
    pour les mdedcins il faut attendre les 6 ans de l'enfant pour le traitement aurelien va avoir 6 ans qu'en novembre.
    a coté de ca il y a ma fille de deux ans et demi bientot qui bouge enormement aussi qui a du mal a se concentrer qui est hyper emotivite et a du mal a canaliser ses emotions elle fait et est de plus en plus comme son frere je me demande si elle serait pas tdah. qu'en pensez vous?
  10. Leanne 24 mars 2015 à 13 h 56 min
    Il est normal à 2 ans de ne pas avoir le contrôle sur ses émotions. Là où il vous faut vous questionner c'est si votre enfant sort de l'ordinaire et que votre soutien et votre accompagnement à lui seul ne suffit pas à adoucir son cheminement, il serait bon de consulter juste pour en avoir le coeur net.

    Ma grande a reçu son diagnostic tout juste avant ses 7 ans. Elle souffre d'un TDAH impulsif sévère et je comprend que vous ressentiez l'urgence d'apporter de l'aide à votre enfant mais, je vous conseille de lire sur le TDAH et de mettre en place des trucs qui aideront votre quotidien à être plu léger en attendant qu'il soit évalué.
  11. yves wauthier 23 mars 2015 à 12 h 39 min
    Bonjour Jean-François,

    J'ai une petite question? Je donne certaines formations qui touchent aux TCC 3ème vague (en lien avec l'activation neurologique) et j'ai observé que, souvent, dans les premières années il y avait aussi des symptômes communs avec la non inhibition des réflexes archaïques (ou primitifs) tels que Moro, succion, labyrinthique, asymétrique, etc. Ces réflexes donnent, si ils ne sont pas inhibés correctement, toute une série de symptômes tels que la difficulté à rester en place, avaler tout rond ou garder la nourriture en bouche longtemps, écrire de façon tendue ou avachie, des problèmes de spatialisation (un enfant qui tombe beaucoup ou se cogne souvent), de dyslexie, de dyscalculie, d'énurésie et d'encoprésie, ... Bref, parfois quelques simples exercices permettent de débloquer l'inhibition et tout le reste se remet en place naturellement. En France, Paul Landon forme à ces approches. Voilà, je voulais renseigner ceci au cas où cela serait intéressant à connaître comme grille de lecture supplémentaire. Belle journée
    Yves
  12. Lel 23 mars 2015 à 14 h 06 min
    Essayez les mouvements rythmique (RMT: rythmique mouvement training). Il paraît que ça marche bien... (sur les conseils d'un psychomotricien). J'ai rapidement trouver ce lien qui explique mais il doit y en avoir d'autres.
  13. Lel 23 mars 2015 à 14 h 07 min
    Pas réussit à le coller avant.
    Bon courage

    http://www.imosan-kinesio.be/page_0p15p53.html
  14. Annie 23 mars 2015 à 14 h 49 min
    Bonjour,
    Tout d'abord bravo pour votre ouverture et votre résilience. J'ai un petit bonhomme un peu sur le même modèle que le votre et accepter de poser un diagnostic et donner de la médication à notre enfant de 2-3 ans n'est jamais une chose facile. On pense a lui, à son cheminement, son développement, à son estime de lui. Je n'ai jamais considérer le "je" dans ma prise de décision mise a part "je veux son bien et son bonheur". Medicamenté depuis ses 3 ans, aujourd'hui polymedicamenté, nous avons eu raison de débuter ce processus tot. Je ne regrette rien puisque mon fils suit un développement tout à fait normal avec la mise en place d'interventions spécialisées et la fréquentation scolaire spécialisé. Mais il y arrive! Tout ça pour dire qu'il ne sert a rien et surtout pas a l'enfant de retarder le diagnostic et la médication. Mon fils ne peut simplement pas faire sans. Il n'est pas lui même. La médication nous donne accès à notre fils, à son vrai caractère, à ses vraies forces et sa vraie amour et douceur. Je vous souhaite que le meilleure pour votre fils et vous.
  15. Geneviève Woods 23 mars 2015 à 15 h 47 min
    Bonjour, très beau témoignage. Je partage sur le fil FB de notre organisme, je suis certaine que de nombreux parents se sentiront compris. Bon courage à vous et votre entourage et au plaisir! GW
  16. Obouchard 18 avril 2015 à 12 h 32 min
    À mon avis, prendre la décision de médicamenter son enfant relève de courage, particulièrement lorsque cette démarche s’inscrit dans une série de mesures pour améliorer la qualité de vie de l’enfant.
    La médicamentation fait l’objet de beaucoup de préjugés, et lorsque cela concerne les enfants, les réactions sont parfois plus vives. Bien des gens se disent « anti-médicament ». Ils affirment que c’est chimique et qu’ils ne veulent pas dépendre d’une pilule. Cette réflexion, ils le transposent souvent sur les autres.
    Je crois que la médication nous donne une option de plus pour traiter le TDAH. On pointe souvent du doigt les effets indésirables de la médication, mais les conséquences de ne pas utiliser les médicaments peuvent être plus lourdes encore. Il ne faut pas l’oublier. C’est pour cela que je considère cette option comme une chance. Continuons à chercher des solutions de façon holistique, sans exclure l’aspect biochimique.

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