Des bibliothèques de faible qualité dans des classes de maternelle 4 ans

Des bibliothèques de faible qualité dans des classes de maternelle 4 ans
Des bibliothèques de faible qualité dans des classes de maternelle 4 ans
La qualité des bibliothèques des classes de maternelle 4 ans en milieu défavorisé serait insuffisante.

18 mai 2022 | Les bibliothèques dans les classes de maternelle 4 ans sont essentielles pour préparer les tout-petits à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Celles se trouvant dans les milieux défavorisés sont toutefois de piètre qualité, révèle une étude québécoise.

Cette conclusion a été présentée par Sarah Jane McKinley, étudiante au doctorat en éducation à l’UQAM, lors du 89e Congrès de l’Acfas. Il s’agit du résultat de l’analyse de 30 classes de maternelle 4 ans en milieu défavorisé réparties dans neuf centres de services scolaires.

« Nos résultats montrent que le niveau de qualité de la majorité des bibliothèques va de faible à minimale, et ce, autant pour la quantité que la variété ou la qualité des livres », souligne la doctorante. Sur une échelle allant de 0 à 24, 25 classes ont obtenu un score inférieur à 16,8.

Peu de livres accessibles

Lors de l’étude, 8 054 livres ont été répertoriés, mais un peu moins du tiers étaient accessibles pour les enfants. « Idéalement, on devrait compter 8 livres par enfant et la bibliothèque devrait contenir au moins 100 livres accessibles », explique Sarah Jane McKinley. Cependant 70 % des classes avaient moins de 75 livres et qu’il y avait en moyenne seulement 6,8 livres par enfant, a révélé l’analyse.

Point positif : la majorité des enseignantes déclaraient faire une rotation des livres au moins une fois par mois. Il y avait aussi une bonne fréquence d’ajout de nouveaux albums.

Des livres de faible qualité

Pour évaluer la qualité des livres présents dans les bibliothèques de classe, les chercheurs ont déterminé quelle proportion des livres se retrouvait sur la liste de Constellation, un répertoire suggéré aux enseignants par le ministère de l’Éducation pour les guider dans le choix des livres de leur bibliothèque. Les résultats révèlent que c’est à peine 8,2 % des albums analysés qui étaient sur cette liste.

Par ailleurs, plus du tiers des livres provenaient d’éditeurs non reconnus qui ne sont pas vendus en librairie et qu’on retrouve plutôt dans les grandes surfaces ou les magasins d’aubaines. Ces livres sont habituellement de type commercial (par exemple des livres de Bob l’éponge ou de Barbie) et ne représentent pas une littérature de qualité, selon les chercheurs.

Du côté de la qualité physique, la majorité des livres étaient en bonne condition ou un peu abîmé. « Les livres doivent être en bon état pour qu’ils soient attrayants et que les enfants aient envie de les lire », souligne Sara Jane McKinley.

Enfin, 70 % des livres analysés avaient été publiés après l’an 2000. Ils étaient donc assez récents, ce qui est important pour avoir des livres qui représentent la réalité d’aujourd’hui.

Peu de variété

Les bibliothèques des classes de maternelles sont essentiellement composées d’albums jeunesse. Ce type de livre où l’image prend une place plus importante que le texte est en effet idéal au préscolaire puisque les illustrations aident à la compréhension. Parmi les albums jeunesse, on peut trouver des récits, des documentaires, des chiffriers, des imagiers et des livres de comptines ou de poésies.

« Cependant, les deux tiers des livres analysés étaient des récits, souligne Sarah Jane McKinley. Ce genre domine donc dans les bibliothèques de classe. » Le documentaire était présent en faible proportion et représentait 13,2 % des livres. « Pourtant, les documentaires ont une importance particulière puisqu’ils aident les enfants à comprendre le monde qui les entoure et à élargir leur vocabulaire », ajoute-t-elle.

Quelles conséquences pour les tout-petits?

« On sait qu’un environnement physique de qualité est bénéfique pour les habiletés des enfants et que ceux issus de milieux défavorisés ou dont le français n’est pas la langue maternelle en bénéficient particulièrement », insiste Sara Jane McKinley. En effet, ces enfants ont généralement accès à moins de livres à la maison. Malheureusement, ces résultats suggèrent que les bibliothèques de classe dans les maternelles 4 ans en milieu défavorisé ne sont pas assez riches pour soutenir l’apprentissage de l’écrit chez les tout-petits.

Il faut donc investir davantage dans les bibliothèques de classes, mais l’argent ne réglera pas tout. « Des budgets spécifiques ont été donnés dans les maternelles 4 ans en 2018-2019 pour bonifier l’offre d’albums jeunesse, remarque la doctorante. Malgré l’argent investi, ce n’est toujours pas suffisant. »

C’est pourquoi elle recommande d’aider les futures enseignantes à reconnaître les caractéristiques d’un album de qualité. Pour l’instant, les futurs enseignants reçoivent en effet très peu de formation à propos de la littérature jeunesse, déplore-t-elle.

 

Source : Acfas et Tréma

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/RainStar

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