Connaissez-vous l’hypersensibilité sensorielle?

Connaissez-vous l’hypersensibilité sensorielle?
Les enfants qui présentent une hypersensibilité sensorielle peuvent vivre certaines difficultés au quotidien. Comment les aider?

11 novembre 2020 | Lorsque Camille entend un coup de tonnerre, elle se met les deux mains sur les oreilles et hurle en courant se cacher. Elliott ne peut pas manger à table avec les autres membres de sa famille, car les bruits de mastication le dégoûtent. Léa pousse et frappe ses camarades d’école s’ils s’approchent trop d’elle. Ces enfants ont tous un profil d’hypersensibilité sensorielle.

Cela signifie que leur cerveau filtre et traite différemment les informations reçues et il se retrouve en surcharge. « On dira d’eux qu’ils réagissent trop, à trop de choses, et trop longtemps », explique Josiane Caron Santha, ergothérapeute et auteure du livre 10 questions sur les hypersensibilités sensorielles chez l’enfant et l’adolescent (Éditions Midi trente).

L’hypersensibilité, aussi appelée hyperréactivité, n’est pas une maladie et n’est pas reconnue comme un trouble médical : elle ne fait pas partie du DSM-5, la bible des troubles mentaux. Il s’agit plutôt d’un ensemble de caractéristiques donnant une couleur, un profil. « On n’en guérit pas, mais on peut apprendre à vivre avec ses hypersensibilités sensorielles », précise Josiane Caron Santha.

Il n’est pas facile de déterminer la proportion d’enfants ayant une hypersensibilité sensorielle, car à ce jour très peu d’études ont porté sur le sujet. Selon l’une d’elles publiée en 2009, un enfant âgé entre 7 et 11 ans sur six (soit 16 %) serait de type hypersensible. Une autre de 2004 indique pour sa part qu’un enfant de moins de 7 ans sur vingt (5 %) serait touché.

Quels sont les signes de l’hypersensibilité sensorielle?

Les manifestations sont diverses et ressemblent aux trois réactions engendrées par un grand stress, soit combattre (en faisant une crise de colère, par exemple), fuir (en adoptant des comportements d’évitement) ou figer (en se cantonnant dans une position d’attente, d’apathie). Par exemple, un enfant qui a une hypersensibilité sensorielle par rapport aux textures et particulièrement au sable pourrait se fâcher et lancer du sable (combattre), éviter à tout prix de toucher au sable (fuir) ou rester assis dans le sable en pleurant et en ne bougeant plus (figer).

Les bébés aux besoins intenses (appelés BABI) sont, bien souvent, des enfants hypersensibles, selon l’ergothérapeute Valérie Ferron qui donne des ateliers en ligne sur l’hypersensibilité sensorielle. « Je pense qu’on entend plus parler d’hypersensibilité parce que les parents cherchent davantage à tenter de comprendre ce qu’il y a en dessous d’un comportement, dit-elle. Ce n’est toutefois pas nouveau comme problématique. »

Quand l’hypersensibilité devient-elle un problème?

Dans le cas de Camille, comme chez plusieurs petits hypersensibles, cela les empêche de fonctionner « normalement » : leur routine et leur quotidien sont affectés. Typiquement, le parent va alors consulter à cause des comportements difficiles ou inadéquats de son enfant, sans savoir que l’hypersensibilité est en cause. « C’est un important motif de consultation en ergothérapie », confirme Josiane Caron Santha.

L’hypersensibilité n’est par ailleurs ni un choix ni un caprice. « Je pensais que ma fille était difficile, que sa phase du “terrible two” était interminable, confie Annie, maman de Camille, une enfant hypersensible. J’ai consulté une psychologue qui m’a dirigée vers une ergothérapeute. Après avoir rempli un questionnaire sur ses hypersensibilités sensorielles, j’ai compris enfin ce que ma fille avait! »

Comment aider un enfant ayant une hypersensibilité sensorielle?

Selon Valérie Ferron, les parents doivent éviter de juger la réaction de leurs enfants et tenter de comprendre ce qui se passe. Empathie et tolérance sont les mots d’ordre! « Ce n’est pas du caprice, l’enfant ne fait pas exprès, indique-t-elle, et ce n’est pas du tout le fun pour lui. »

Il est possible de mettre en place des stratégies et de trouver des solutions pour minimiser l’impact des hypersensibilités sensorielles. « C’est important de valider comment l’enfant se sent pour qu’il se sente en sécurité, note Josiane Caron Santha. Ensuite, on tente de voir ce qu’on peut faire pour adapter l’environnement. »

Dans le cas de Camille, par exemple, le fait d’utiliser des coquilles, surtout lors des moments de transition, à la garderie comme à la maison, l’aide beaucoup. « Cela élimine une partie de l’imprévisibilité de la situation, confie sa mère. Cela l’apaise… et ça rend les choses beaucoup plus faciles pour elle comme pour nous. »

À bout de ressources, une consultation en ergothérapie peut être nécessaire pour décortiquer et soutenir les enfants et les familles emmêlés dans les hypersensibilités sensorielles. « Petit à petit, l’enfant doit apprendre à se connaître… et à se gérer et se responsabiliser », conclut Josiane Caron Santha.

 

Maude Goyer – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/tylim

Partager

À lire aussi