Portrait de famille: vivre avec un bébé aux besoins intenses

Portrait de famille: vivre avec un bébé aux besoins intenses

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Marie-Ève et Jonathan nous parlent des défis, mais aussi des belles surprises qui accompagnent la vie avec un « bébé aux besoins intenses ».

17 juin 2016 | Marie-Ève Dubois et Jonathan Séguin sont les parents d’Aurélie, 4 ans, d’Olivier, 2 ans et demi, et de Clara, 4 mois. Leur quotidien avec trois jeunes enfants est d’autant plus intense que l’aînée et la petite dernière sont ce que l’on appelle des BABI : des « bébés aux besoins intenses ».

« Qu’est-ce que je fais de pas correct ? », s’est questionnée des centaines de fois Marie-Ève avec sa première, Aurélie, qui pleurait beaucoup et qui demandait une attention constante, sans raison médicale particulière.

Pourtant éducatrice en petite enfance, la jeune mère de famille ne connaissait pas encore la réalité des BABI, ces petits êtres hypersensibles, réactifs et exigeants, intenses des orteils jusqu’au bout de leur coco, qui font passer leurs parents par toute une gamme d’émotions.

Des bébés intenses

« Quand ils pleurent : ILS PLEURENT ! Ce n’est pas du chignage, c’est de la vraie détresse », décrit Marie-Ève. « Au début, avec Aurélie, mon conjoint disait qu’elle allait s’habituer… Eh bien non, justement, ce sont des bébés qui ne s’auto-consolent pas. Leurs réactions sont intenses, comme indépendantes de leur volonté. Il n’y a rien d’autre à faire que de tenter de les apaiser », ajoute la mère de 29 ans.

L’image classique du bébé tranquille qu’on berce et câline paisiblement ou qu’on promène en poussette pendant qu’il roupille dans la sérénité: à oublier pour les parents de BABI.

« Non seulement ce sont des vrais bébés "à bras" qu’on ne peut déposer, mais il faut que ça bouge, tout le temps! » donne en exemple Marie-Ève. Et le papa doit aussi entrer dans la danse. « Quand je rentre du boulot, il n’est pas question de m’asseoir : je prends la petite des bras de Marie-Ève, et on se raconte notre journée en marchant d’un bon pas », raconte Jonathan. Le marathon continue ainsi jusqu’au coucher… et une partie de la nuit pour bien des parents de BABI.

« Ce sont aussi des bébés anxieux. Tout changement est difficile. Les nouveaux endroits, les nouvelles personnes… ils doivent tout apprivoiser à leur rythme », décrit la mère de famille. Les sorties ne se décident donc pas sur un coup de tête, et elles sont bien souvent un pensez-y bien, toute balade en auto ou en poussette impliquent des pleurs en continu. « On ne s’empêche pas de sortir, mais disons qu’on a bien des freins… » dit Jonathan.

Qu’est-ce qu’un BABI?
Bien qu’on entende parler davantage des BABI depuis quelques années, le concept n’est pas nouveau. C’est le Dr Sears, adepte du parentage de proximité, qui a inventé cette appellation dans les années 80. Selon les observations du célèbre pédiatre américain, les BABI ont en commun certaines caractéristiques. Ils sont souvent hypersensibles, réactifs aux stimuli et aux changements, imprévisibles, exigeants, et ont un grand besoin de contacts physiques. Un BABI peut donc pleurer beaucoup, ressentir un besoin constant d’être dans les bras de ses parents et avoir facilement le sommeil perturbé. Être un BABI n’est toutefois pas une condition médicale reconnue. Les scientifiques parleront plutôt de bébés au tempérament difficile.

Pour en savoir plus :
Qui sont les BABI?
Mon bébé est un BABI
Tempérament du nouveau-né

Techniques de survie avec un BABI

Tous les accessoires pratiques pour bien des parents – la coquille, la poussette, la balançoire, le tapis d’éveil… – sont considérés comme des instruments de torture aux yeux des BABI. « Ce qui est indispensable : le porte-bébé ! » s’exclame Marie-Ève, qui peut de cette façon avoir les bras libres quelques heures par jour.

Afin d’éviter l’épuisement, il est impératif selon elle de réduire toutes ses attentes en ce qui concerne l’état de la maison, la popote, le lavage, etc. « Ce sont des bébés très prenants : s’en occuper, c’est tout ce qu’on arrive à faire dans une journée. Cela demande de la réorganisation et un gros lâcher-prise », ajoute la jeune maman. Il ne faut surtout pas hésiter à demander de l’aide quand la soupape saute, conseille-t-elle.

On doit nécessairement aussi adapter ses attentes dans le choix des activités avec bébé. « On doit dire adieu aux longues promenades de jasette avec une copine ou aux soupers assis! Quand je vois des mères bruncher avec leur bébé qui somnole dans leur coquille, j’ai l’impression d’être sur une autre planète », dit Marie-Ève en riant.

« J’ai des collègues qui me montrent des photos de leurs bébés qui se sont endormis en jouant sur leur tapis d’exercice… On ne verra jamais ça ici! On ne peut même pas déposer Clara! » ajoute Jonathan.

La pierre angulaire d’un quotidien plus agréable et moins frustrant : l’acceptation. Marie-Ève Dubois précise sa recommandation : « Comme parent, on répond tout simplement aux besoins du bébé, sans chercher à le changer pour le rendre plus facile. »

Des bébés spéciaux

« Leur intensité touche aussi leur curiosité envers tout le monde qui les entoure. Ce sont de petits êtres tellement éveillés, des enfants très intelligents », selon la maman. Aurélie savait ramper à 6 mois, faisait des casse-tête à 12 mois, et elle est aujourd’hui très en avance pour ses quatre ans, de sorte que ses parents craignent qu’elle ne s’ennuie à l’école.

« Leurs yeux qui pétillent constamment, leur regard qui en demande toujours plus… C’est très gratifiant de nourrir cette soif d’apprendre. On le sent qu’ils sont différents. Ils sont plus vivants », confie fièrement Jonathan.

« Le lien d’attachement qu’on crée forcément avec un BABI est lui aussi tellement intense… et précieux, ajoute Marie-Ève. Et dès qu’ils arrivent à mieux comprendre le monde qui les entoure et à communiquer leurs émotions, ça devient beaucoup plus facile », conclut-elle en guise d’encouragement.

 

Véronique Champagne – 37e AVENUE

 

Photo : Marie-Ève Dubois et Jonathan Séguin

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