COVID-19 – Suivi médical ou enfant malade: ce qu’il faut savoir

COVID-19 – Suivi médical ou enfant malade: ce qu’il faut savoir
Comment le suivi médical des enfants est-il affecté par la pandémie de COVID-19?

25 mai 2020 | La pandémie de COVID-19 occupe considérablement les cliniques médicales et les hôpitaux. Comment cette situation affecte-t-elle le suivi médical des enfants?



De quelle façon la pandémie modifie-t-elle le suivi médical des enfants?

« Au début de la pandémie, les rendez-vous de suivi médical ont connu un certain ralentissement, reconnaît la Dre Marie-Claude Roy, pédiatre au CHU de Sherbrooke et directrice de la clinique de pédiatrie du développement. Cependant, quand nous avons senti que la situation se prolongerait, nous avons rappelé qu’il fallait que les soins primaires et les visites de suivi reprennent, surtout chez les enfants de 0 à 2 ans. »

La situation est semblable au CHU Sainte-Justine à Montréal. « Depuis les dernières semaines, nous tentons d’augmenter le nombre de rendez-vous que nous faisons en personne, confirme la Dre Marie-Joëlle Doré-Bergeron, pédiatre dans cet hôpital. Cependant, nous devons suivre des règles strictes et nous ne pouvons pas voir le même nombre de patients qu’avant. »

Selon Lin Quach, certaines cliniques ont fermé leurs portes parce qu’elles n’ont pas les dispositifs de sécurité nécessaires pour maintenir leurs services. Il est donc préférable d’appeler avant de se présenter dans une clinique pour s’assurer qu’elle est bien ouverte. Si la clinique est fermée, un message vocal offrira des directives sur la façon de rejoindre les ressources nécessaires.

« Les visites de suivi sont maintenues pour les enfants de 0 à 2 ans, précise pour sa part Lin Quach, coordonnatrice par intérim des services de périnatalité et de pédiatrie à la Direction du programme jeunesse au CISSS de Laval. Par contre, pour les enfants de plus de 2 ans, c’est de la télémédecine. »

C’est l’approche à privilégier selon la Dre Roy. Les visites de suivi sont en effet des occasions de dépister des problématiques chez l’enfant et de répondre aux questions des parents. Ces rencontres sont aussi essentielles pour faire de la prévention et pour vacciner.

« Les enfants de moins de 2 ans ont besoin d’un suivi en personne parce qu’il faut les examiner, explique-t-elle. Par exemple, si un enfant semble avoir un retard moteur, il faut s’assurer que l’examen neurologique est normal pour déterminer s’il n’y a pas une problématique particulière en cause. » Toutefois, pour un enfant de 4 ou 5 ans qui se développe bien, le suivi annuel peut être retardé de quelques mois.

Comment se déroulent les rendez-vous à distance?

« La façon de fonctionner dépend de chaque groupe de médecine familiale (GMF), répond Patricia Rhéaume, porte-parole au CISSS de l’Outaouais. Pour les rendez-vous, on demande aux parents de communiquer directement avec leur GMF ou leur clinique. Quelqu’un leur répondra et fera d’abord une évaluation par téléphone pour déterminer si un rendez-vous en personne est nécessaire. »

C’est aussi le fonctionnement de la clinique l’Autre maison à Longueuil. « Si un parent a des questions ou des inquiétudes à propos de son enfant, que ce soit à propos de l’alimentation, du sommeil ou autre chose, il peut nous appeler, confirme la Dre Chantal Ouellet, médecin. Nous allons alors lui demander de planifier le rendez-vous. Par exemple, s’ils ont une balance à la maison, ils pourront le peser et le mesurer. Ils peuvent aussi préparer une petite liste de questions qui les préoccupent. » Il est également possible d’envoyer des photos par courriel à la clinique lorsque cela est nécessaire.

La pandémie transforme la façon de faire de la médecine. « Avec toute l’élaboration de la télémédecine, on apprend à travailler autrement, souligne la Dre Roy. Nous pouvons faire un bon bout de chemin avec les suivis, soit avec des plates-formes virtuelles sécurisées, soit par téléphone. On fait un premier rendez-vous à distance et si on a besoin de voir l’enfant par la suite, on peut alors prévoir une rencontre en personne. »

Les enfants sont-ils toujours vaccinés?

« Toutes les activités vaccinales jusqu’à 18 mois sont maintenues sans modifications au calendrier de vaccination, précise Lin Quach. Toutefois, conformément aux directives de la santé publique, la vaccination pour les enfants de plus de 18 mois a été mise de côté. »

Il s’agit d’une sage décision selon la Dre Roy. « On veut maintenir la vaccination pour éviter le retour d’infections comme la rougeole et la méningite et ce sont principalement les vaccins donnés dans les deux premières années de vie qui sont impliqués. » Pour les vaccins donnés entre 4 et 6 ans, il s’agit surtout de rappels. De plus, la fenêtre pour les donner est plus large. Il est donc possible de les reporter de quelques mois. « Ces vaccins doivent toutefois être faits avant l’âge de 7 ans si on ne veut pas perdre l’efficacité des premiers vaccins qui ont été donnés. »

La Dre Doré-Bergeron remarque toutefois que certains CLSC ont diminué le nombre de rendez-vous de vaccination pendant la pandémie. « Dans les derniers mois, en lien avec la pandémie, nous avons noté un retard dans la vaccination chez les enfants. Il est primordial de tenter de reprendre ce retard. »

Que faire si mon enfant est malade ou se blesse?

« En période de pandémie, les gens ont le réflexe d’attendre et de ne pas se présenter dans les cliniques ou de ne pas appeler, déplore Patricia Rhéaume. Pourtant, cela peut créer d’autres situations très préoccupantes. »

Les parents ne devraient pas hésiter à consulter, croit la Dre Roy. « Le moindrement qu’on est inquiet, on consulte », insiste-t-elle. Pour les maladies qui se déclarent subitement, les recommandations sont les mêmes qu’en temps normal. Par exemple, si un enfant de 4 ou 5 ans fait de la fièvre, mais a un bon état général, on peut attendre 72 heures avant de consulter. Pour les accidents ou les blessures, il ne faut pas hésiter à voir un médecin non plus.

« Même pour les problématiques qu’on classifie comme moins urgentes, il ne faut pas hésiter à demander un rendez-vous, ajoute la Dre Roy. Certaines situations pourraient s’amplifier pendant cette période très anxiogène. » Il peut donc être utile d’avoir un rendez-vous téléphonique avec le médecin de famille ou avec le pédiatre qui suit l’enfant.

Pour les enfants sans médecin de famille, il est bon de savoir que les cliniques sans rendez-vous sont souvent disponibles. « Le CLSC peut aussi offrir un certain soutien, mentionne la Dre Roy. Il peut orienter les parents vers les bonnes ressources. De plus, beaucoup de lignes ont été proposées pour le soutien psychosocial et pour le soutien aux parents. »

Est-ce que mon enfant risque d’attraper la COVID-19 à la clinique ou à l’hôpital?

Selon la Dre Doré-Bergeron du CHU Sainte-Justine, certains patients et certains parents sont craintifs de venir à l’hôpital depuis le début de la pandémie et refusent les rendez-vous. « Il ne faut pas que la peur nous empêche de bien nous soigner, souligne la Dre Roy. On peut relativiser l’urgence de certaines consultations, mais ne pas consulter du tout n’est pas une option. Les milieux de soins sont sécuritaires. »

En effet, les mesures de précautions mises en place dans les cliniques et les hôpitaux sont extrêmement rigoureuses. « À l’accueil de l’hôpital, il y a un agent de sécurité pour diriger les gens au bon endroit, explique la Dre Roy. On s’assure que les gens potentiellement avec des symptômes de la COVID-19 ne rencontrent jamais les gens qui sont considérés comme froids. »

À la clinique externe du CHU Sainte-Justine, un système de triage est fait en fonction du risque de coronavirus. « Des questions sont posées au téléphone au préalable pour savoir si l’enfant ou sa famille sont à risque d’avoir le virus », ajoute la Dre Doré-Bergeron. Le but est de s’assurer que les enfants ayant la COVID-19 ou qui ont des symptômes ne fréquentent pas la clinique externe. Ces enfants peuvent être vus à l’hôpital, mais dans une autre section.

La situation est d’ailleurs semblable à la clinique l’Autre maison. « Les enfants avec des symptômes qui ressemblent à ceux d’un rhume ou d’une grippe ne peuvent pas être vus dans nos bureaux », explique la Dre Chantal Ouellet. Ces enfants sont évalués dans des cliniques désignées qui peuvent mettre en place les mesures nécessaires de désinfection et de protection pour le personnel.

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photo : GettyImages/AnnaStills

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