Vivre une grossesse quand on a subi une agression sexuelle

Vivre une grossesse quand on a subi une agression sexuelle
Lorsqu’une femme a vécu une agression sexuelle, la grossesse peut réactiver des souvenirs difficiles. Quelles peuvent être les conséquences?

13 novembre 2019 | La grossesse n’est pas qu’une période de changements physiques, mais aussi psychologiques. Pour cette raison, lorsqu’une femme a connu une agression sexuelle dans le passé, ces transformations peuvent réactiver des souvenirs douloureux. Afin d’aider ces futures mères à mieux vivre leur grossesse, une chercheuse de l’UQTR cherche à mieux comprendre ce qu’elles traversent.

« Les femmes touchées par une agression sexuelle ne vivront pas nécessairement la grossesse, l’accouchement et la parentalité de la même façon, souligne Roxanne Lemieux, psychologue et professeure au département des sciences infirmières de l’UQTR. Certaines d’entre elles s’adaptent très bien et ne connaîtront pas plus de détresse que les autres. » Cependant, chez certaines femmes qui continuent à subir les répercussions de l’agression sexuelle, le risque d’éprouver des difficultés est grand.

« Ces femmes peuvent être préoccupées par les changements physiques, les variations hormonales ou les mouvements du bébé, explique la chercheuse. Elles sentent qu’elles perdent le contrôle de leur corps et cela réactive ce qu’elles ont vécu lors de l’agression, sans qu’elles en soient nécessairement conscientes. » Certaines futures mères sont également très inquiètes face à l’idée de souffrir pendant l’accouchement.

Des conséquences au moment de la naissance

Leurs préoccupations peuvent aussi avoir des répercussions sur le déroulement du travail lors de l’accouchement. « Certaines femmes connaissent notamment une plus grande détresse lorsqu’elles ressentent une douleur physique et peuvent présenter des symptômes de dissociation, note Roxanne Lemieux. Cela signifie qu’elles se coupent émotionnellement de la situation pour se protéger de cet événement traumatisant pour elles. »

Elles risquent alors de gérer plus difficilement leurs émotions, de perdre le contact avec ce qui se passe dans la salle d’accouchement et de répondre moins bien aux interventions des professionnels.

L’arrivée du bébé peut aussi faire ressurgir des sentiments douloureux. En effet, il est normal pour une nouvelle mère de se sentir impuissante quand son enfant est inconsolable. Certaines victimes d’agressions sexuelles cherchent alors à se protéger de toute forme d’émotion qui pourrait réactiver des souvenirs traumatisants.

« La maman est ainsi plus détachée et moins chaleureuse dans ses interactions avec son bébé si elle vit encore des difficultés émotionnelles dans sa vie », soutient Roxanne Lemieux.

Reprendre le contrôle

Alors que peut-on faire pour aider ces futures mamans à vivre une grossesse et un accouchement plus agréables? « Comme l’expérience de l’agression sexuelle en est une d’impuissance, les professionnels de la santé doivent éviter les enjeux de pouvoir dans leur relation avec la patiente », explique Roxanne Lemieux.

Par exemple, le médecin, la sage-femme ou l’infirmière peut redonner du pouvoir aux femmes qui leur ont confié avoir été agressées en les écoutant, en leur offrant des choix lorsque cela est possible et en respectant leurs décisions. Ils peuvent aussi s’assurer qu’elles reçoivent l’information nécessaire pour mieux prévoir comment les choses pourraient se passer.

Par ailleurs, les futures mères qui ont vécu des agressions sexuelles et qui sentent que cela a des répercussions sur leur grossesse ne devraient pas hésiter à aller chercher l’aide dont elles ont besoin. « Le soutien est très important pour gérer la détresse psychologique, insiste Roxanne Lemieux. Ces préoccupations sont normales et y réfléchir avec quelqu’un peut aider à y voir clair plus rapidement. »

La professeure suggère donc aux femmes touchées de discuter avec une personne de confiance, que ce soit un professionnel de la santé ou un intervenant d’un organisme communautaire. Ces derniers pourront les diriger vers les bonnes ressources au besoin.

Participantes recherchées
Le projet de Roxanne Lemieux en est à ses débuts. Elle est toujours à la recherche de femmes qui ont vécu une agression sexuelle dans le passé et qui aimeraient témoigner anonymement de leur expérience concernant leur grossesse et leur accouchement. Pour participer au sondage en ligne : www.uqtr.ca/projetstep/recherchesenligne


Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photos : Gettyimages/tatyana_tomsickova et shironosov

Partager

À lire aussi