Comportement et santé mentale des élèves: des pistes d’intervention

Comportement et santé mentale des élèves: des pistes d’intervention
Le psychologue et professeur Égide Royer propose aux enseignants et aux parents des pistes d’intervention pour réagir aux problèmes de comportements et de santé mentale des élèves.

6 mars 2019 | On entend de plus en plus souvent parler de la santé mentale des élèves. Les enseignants font d’ailleurs face à des problèmes de comportement pour lesquels ils n’ont pas été formés. C’est pour cette raison que le psychologue et professeur Égide Royer a rédigé la « Petite encyclopédie de l’enseignant efficace » qui vise à apporter des solutions concrètes aux enseignants.

Entrevue avec cet expert réputé en réussite scolaire qui travaille depuis 40 ans dans le milieu de l’éducation.

Qu’est-ce qui vous a motivé à rédiger cette « encyclopédie »?

J’ai entre autres été éducateur et j’ai enseigné à l’université à plusieurs centaines de futurs enseignants. Ce livre est un peu la synthèse de ce que j’ai observé. Il dépasse le niveau théorique.

Quand j’ai passé ma licence de pilote d’avion, j’ai vu toute la liste de vérification qu’il fallait établir avant de mettre l’appareil en marche. J’ai suivi le même principe avec ce livre : j’ai rédigé une liste de vérification à l’usage des enseignants. Je pose des questions simples avec des réponses tout aussi simples. Par exemple, comment réagir lorsqu’un enfant fait une crise dans la classe ou lorsqu’il mord son copain dans la cour de l’école? J’apporte des savoir-faire à des problèmes très concrets.

Quelles sont les difficultés les plus fréquentes que vous avez observées dans les premières années d’un écolier?

La question de l’anxiété revient très souvent. Un enfant qui ne suit pas les consignes, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Cela a toujours existé dans les classes. Par contre, l’anxiété et la dépression touchent de plus en plus de jeunes écoliers, surtout des filles. La dépression touche trois filles pour un garçon, ce sont les mêmes chiffres pour l’anxiété. Au moins 10 % des jeunes Québécois vivent avec l’anxiété. L’enseignant ne peut pas faire de la thérapie. Par contre, il peut adapter sa classe et son enseignement.

L’anxiété serait-elle le nouveau fléau des écoliers?

Non, je ne dirais pas ça, car l’anxiété n’est pas quelque chose de nouveau. En plus, il peut y avoir de la bonne anxiété. C’est, par exemple, assez normal d’être anxieux la veille d’un examen. Par contre, l’anxiété qui a un impact direct sur le comportement, par exemple celle qui amène un enfant à faire pipi sur lui ou qui l’empêche de jouer avec les autres, doit être prise en charge. Dans mon livre, je donne des clés aux enseignants pour leur permettre de percevoir cette angoisse. Jusqu’à présent, il y avait une certaine retenue à évoquer ce sujet-là.

Quel rôle les parents peuvent-ils jouer à propos de l’anxiété, par exemple?

La classe, la cour de récréation et la maison sont trois lieux déterminants pour les enfants. Ce que je suggère, c’est de mettre en place un partenariat entre les parents et l’enseignant. Par exemple, l’anxiété d’un enfant peut se voir à la maison : s’il a mal au ventre ou s’il a du mal à s’endormir, votre enfant souffre certainement d’anxiété. Aller parler avec l’enseignant peut permettre d’apporter des solutions. Si la famille et l’enseignant collaborent, l’enfant se sent soutenu par cette stratégie commune. Je peux citer un autre exemple : si une petite fille montre des signes de phobies que l’on peut repérer grâce à une liste de vérification, l’enseignant doit jouer un rôle d’intermédiaire, le signifier aux parents et aussi prévenir un spécialiste.

Il est davantage question de TDAH depuis quelques années. Pensez-vous que les écoliers sont plus nombreux à avoir ce trouble qu’avant?

Les enfants ne sont pas nécessairement plus nombreux, mais les diagnostics, eux, sont plus nombreux. Moi, ce qui m’intéresse, plus que le diagnostic, c’est comment enseigner à un enfant qui a un trouble. Indépendamment du diagnostic, comment le professeur appréhende-t-il et agit-il avec un enfant atteint de TDAH? Là encore, il existe des solutions qui peuvent être mises en place dans la classe.

Dans le livre, vous soulignez aussi des enjeux présents à la garderie, notamment le cas des morsures. Comment faire en sorte qu’un enfant ne répète pas son geste?

On estime qu’un tiers des tout-petits qui sont en garderie ont déjà été mordus par un autre enfant. Même si cela fait partie du développement normal d’un enfant, on ne peut pas se satisfaire de cette réponse.

L’adulte peut commencer par séparer les deux enfants, trouver un endroit paisible pour aider l’enfant qui a mordu à comprendre les émotions qui ont précédé la morsure, en mettant des mots sur sa colère. L’éducateur peut dire, par exemple : « Ce n’est pas OK de mordre quand on est en colère » plutôt que de dire « c’est méchant » ou « c’est mal ». On peut donner à l’enfant une consigne facile à réaliser pour le remettre dans une situation positive et l’encourager. Il faut aussi accorder de l’attention à la victime. Cela peut d’ailleurs être l’occasion d’enseigner l’empathie. Si on met en place ces différentes réponses adaptées, ce comportement disparaît normalement autour de l’âge de 3 ans.

De quoi ont le plus besoin les enseignants d’aujourd’hui?

Je pense que toute la formation sur ces questions reste insuffisante. Les enseignants ont besoin de lire les indicateurs pour mieux s’adapter aux élèves souffrant de troubles du comportement, et donc agir sur leur réussite scolaire. Qu’est-ce que l’hyperactivité? Est-ce qu’un enfant montre des signes de schizophrénie? Les enseignants ont besoin d’outils pour répondre à ces nombreuses questions.

 

Propos recueillis par Agathe Beaudouin - Équipe Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photo : GettyImages/martinedoucet

Partager

À lire aussi