Portrait de famille: l'expérience de deux mamans amoureuses et complices

Portrait de famille: l'expérience de deux mamans amoureuses et complices
Carole et de Mariannick ont 3 enfants ensemble et elles toutes les deux vécu l’aventure de la grossesse.

22 janvier 2016 | L’histoire de Carole Sinou et de Mariannick Archambault ressemble à bien d’autres récits de maternité, à cela près qu’elle implique deux femmes amoureuses aujourd’hui mères de trois enfants.

« Notre envie d’enfant a été discutée dès le début de notre couple. Je pense d’ailleurs qu’il n’aurait pas pu durer si l’une de nous deux n’avait pas voulu d’enfant, dit Carole. Sauf que pour nous, il ne suffisait pas d’arrêter la pilule et d’essayer! »

La Coalition des familles LGBT, qui a pour mandat de veiller au respect des droits des familles homoparentales, leur a permis de découvrir leurs options pour fonder une famille. Pour le premier enfant, le choix a été simple, puisqu’il était clair que Mariannick voulait vivre une grossesse, alors que pour Carole, ce n’était pas une nécessité. «  Durant la grossesse de Mariannick, je me suis toutefois rapidement rendue à l’évidence que je voulais vivre les deux côtés de l’expérience », confie Carole. Coup de chance : dans les deux cas, l’insémination (du même donneur) a fonctionné au premier essai.

Expérience positive

« Quand Mariannick m’a parlé de la possibilité de pratiquer l’allaitement double, j’étais enthousiaste à l’idée que nous puissions toutes les deux avoir un lien si intime avec notre enfant et de pouvoir se relayer pendant les poussées de croissance et les nuits! », raconte Carole. Option doublement utile dans le cas des jumeaux par la suite!

Dès le départ, elles ont décidé d’un commun accord de toutes deux se faire appeler « maman » par leurs enfants. Aujourd’hui, selon l’humeur et l’urgence de la demande, on entend des « Maman Role » et des « Maman Nick » en canon!

Elles s’estiment chanceuses d‘avoir des familles très ouvertes. Elles peuvent également compter sur un service de garde « fantastique ». Au sein d’une société où le couple hétéro est la norme, elles changent à leur façon les mentalités par de petits gestes. À la fête des pères, par exemple, les éducatrices proposent à leurs enfants de créer un bricolage pour grand-papa ou tonton.

Les deux biologistes sont d’ailleurs également bénévoles au GRIS-Montréal, organisme qui, depuis 20 ans, démystifie l’homosexualité dans les écoles. « L’éducation des gens face à cette réalité est la meilleure façon de faire tomber les tabous et les préjugés », dit Mariannick.

Présence masculine

« Dans le regard de la société, c’est toujours le papa qui est strict. Si tu demandes à Ludovic, c’est moi la maman qui dit non et c’est Mariannick qui cède », rigole Carole. Mais même si il n’y a pas de papa à la maison, la présence de modèles masculins est très importante pour elles. La famille côtoie donc régulièrement grands-papas et tontons. « Ludovic adore regarder mon père se raser lors de ses visites », souligne Carole. Les deux mamans participent aussi à des activités en compagnie d’autres familles de la Coalition. « Certains ont des enfants plus vieux, c’est intéressant de discuter et de partager ce que l’on vit avec eux », affirme Mariannick.

Aucun tabou

 « Plus on est à l’aise dans nos choix, plus facile ce sera d’en parler à nos enfants, poursuit Mariannick. Notre plus vieux comprend qu’il a deux mamans, mais pour lui ce n’est pas anormal. Il y a tellement de modèles différents aujourd’hui : enfant adopté, famille recomposée… »

Bien sûr, elles ont parfois dû apprivoiser les regards lors des cours prénataux ou des promenades main dans la main durant leurs grossesses, mais elles ne ressentent pas de discrimination dans leur quotidien. « Si j’ai un conseil à donner aux femmes et aux hommes qui veulent fonder une famille ensemble, c’est de ne pas avoir peur de se lancer. Le regard des autres, il est beau, il est curieux, il n’est pas malsain », déclare Carole.

Leur volonté de transparence les a amenées à choisir un donneur ouvert, offrant ainsi la possibilité à leurs enfants de connaître son identité à partir de leurs 18 ans. « Sur la photo qu’on a de lui, on voit qu’il revient d’une randonnée en escalade. Les trois enfants adorent grimper, je trouve que c’est un beau clin d’œil! », s’émerveille Mariannick, les jumeaux alpinistes sur les genoux!

Sandra Mathieu - 37e AVENUE

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