En manque de sommeil

En manque de sommeil
Chez plusieurs enfants, dormir n’est pas si simple. Certains sont très bons dans l’art de repousser l’heure du dodo ; d’autres se réveillent plusieurs fois par nuit.

Chez plusieurs enfants, dormir n’est pas si simple. Certains sont très bons dans l’art de repousser l’heure du dodo ; d’autres se réveillent plusieurs fois par nuit. De plus, nos petits dorment en moyenne un peu moins que les générations précédentes.

Au cours des dernières décennies, la durée du sommeil a diminué, tant chez les adultes que chez les enfants. D’après les études, les enfants dormiraient de 30 à 60 minutes de moins par jour. Cela peut sembler peu, mais c’est suffisant pour nuire à l’humeur, à la capacité d’attention ou à la mémoire, par exemple.

« Les enfants se couchent plus tard qu’avant, mais l’heure du lever est la même. Ce qui réduit le temps de sommeil, constate Dominique Petit, agente de recherche au Centre d’études avancées en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. De plus, beaucoup vont au lit trop tard. Quand l’heure du coucher dépasse 21 h, les enfants mettent plus de temps à s’endormir et se réveillent plus souvent la nuit. »

Pourquoi l’heure du coucher est-elle plus tardive? Dans bien des familles, les deux parents travaillent. Forcément, cela repousse le moment du souper et du dodo. « Aussi, certains parents se sentent coupables de mettre leur enfant au lit plutôt que de passer du temps avec lui, ajoute Dominique Petit. Ils ont alors tendance à mettre moins de règles quant à l’heure du coucher. » Sans compter que les soirées sont souvent occupées par toutes sortes d’activités. Votre tout-petit n’y participe peut-être pas encore, mais l’agenda chargé des autres membres de la famille peut avoir un impact sur lui.

« Quand les heures de repas et de coucher ne sont pas régulières, cela dérange la routine alors qu’elle est très importante pour le sommeil de l’enfant », explique Jennifer McGrath, une professeure en psychologie de l’Université Concordia qui mène des recherches sur le sommeil. De plus, quand les activités ne sont plus en phase avec la lumière du jour, l’enfant est davantage exposé à la lumière artificielle. Le fait d’être exposé à ce type de lumière le soir dérange le rythme de l’enfant. Il peut ainsi avoir plus de mal à stabiliser son horaire de sommeil en fonction de la lumière du jour et de la noirceur.

La lumière provenant des écrans (ordinateur, tablette, cellulaire, télévision) nuit aussi au rythme de l’enfant en plus de stimuler le cerveau et de réduire le temps de sommeil. Les enfants de 3 ans à 5 ans qui regardent la télévision après 19 h auraient plus de problèmes de sommeil, selon une étude américaine. « L’accès aux écrans en soirée retarde l’heure du coucher, allonge le temps pour s’endormir et augmente les réveils nocturnes », ajoute Jennifer McGrath.

Les problèmes de sommeil fréquents

Le quart des enfants ont des difficultés de sommeil, rapporte Evelyn Constantin, pédiatre et codirectrice du Laboratoire du sommeil de l’Hôpital de Montréal pour enfants. « Cela peut monter jusqu’à 90 % chez les enfants atteints d’un retard de développement, d’un TDAH, d’un trouble envahissant du développement ou de paralysie cérébrale », ajoute-t-elle.

Voici les problèmes les plus courants liés au sommeil :

  • La difficulté à aller au lit.

« J’ai chaud, j’ai soif, j’ai envie de pipi, je veux un autre câlin… » Certains enfants ont beaucoup d’imagination pour retarder l’heure du dodo! Entre 2 ans et 5 ans, plusieurs font ce qu’on appelle de la résistance au coucher. « C’est normal que votre tout-petit essaie de vous garder auprès de lui le plus longtemps possible, dit Dominique Petit. Mais vous avez tout avantage à établir des limites claires. »

  • La difficulté à s’endormir.

Le temps moyen pour s’endormir est généralement de 30 minutes pour un enfant. Si c’est plus long, c’est peut-être parce qu’il ne se couche pas au bon moment. S’il est trop tard, le tout-petit peut être plus agité et ainsi avoir du mal à s’endormir, surtout s’il est très fatigué. S’il est trop tôt, au contraire, son corps n’est pas encore prêt à dormir. Pour qu’un enfant s’endorme rapidement, il est donc important d’établir un horaire qui respecte le plus possible son rythme naturel, ainsi qu’une routine du coucher stable. De plus, il devrait y avoir une durée d’environ quatre heures entre la fin de la sieste et le coucher du soir pour ne pas nuire à l’endormissement, surtout après 3 ans.

  • La difficulté à se rendormir seul la nuit.

Les enfants de 1 an à 3 ans se réveillent en moyenne trois fois par nuit, ce qui est normal s’ils se rendorment tout de suite. Cela devient toutefois un problème si l’enfant se met à pleurer, à appeler ses parents ou à se lever chaque fois qu’il se réveille. Cette situation arrive la plupart du temps lorsque le tout-petit est habitué à s’endormir en présence d’un parent.

Les parents d’Éloïm, 2 ans, en savent quelque chose. Sa maman avait l’habitude de s’étendre avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. Un moment agréable… sauf la nuit. « Il se réveillait deux ou trois fois et il avait besoin de sa mère pour se rendormir », raconte Étienne, son papa.

« Si vous endormez toujours votre enfant au coucher, vous lui apprenez qu’il ne peut pas s’endormir sans vous, dit Dominique Petit. S’il se réveille la nuit, il vous réclamera. » Or, la différence entre un bon et un mauvais dormeur, c’est entre autres la capacité à se rendormir seul après un éveil. Votre enfant dormira mieux, et vous aussi, si vous lui montrez comment s’endormir tout seul.

C’est ce qu’essayent maintenant de faire les parents d’Éloïm. « Le soir, on lui lit une histoire, puis on lui dit qu’on reviendra le voir plus tard, dit Étienne. Souvent, il s’endort avant qu’on revienne. Le plus beau, c’est qu’il arrive de plus en plus à se rendormir seul la nuit. » Pour éviter de revivre tout ça avec leur petit dernier, Anaël, 8 mois, le couple le met au lit lorsqu’il est encore éveillé.

Parents en manque de sommeil
Environ 41 % des parents d’enfants de moins de 18 ans dormiraient moins de 7 heures chaque nuit, selon une étude américaine. Les parents d’un tout-petit de moins de 2 ans, quant à eux, risquent de dormir seulement de 5 à 6 heures par nuit. Cette situation a un impact sur le bien-être des parents. « Le manque de sommeil peut même nuire à leur relation avec leur enfant ainsi qu’avec leur partenaire », indique la spécialiste du sommeil Dominique Petit.
Ne pas dormir assez est aussi associé à une hausse des symptômes dépressifs, autant chez les mères que chez les pères. Selon certains chercheurs, ce n’est pas la fréquence des réveils nocturnes qui serait une source de stress parental, mais plutôt l’impression que l’enfant a un trouble du sommeil. Les parents qui dorment mal auraient d’ailleurs tendance à surévaluer les problèmes de sommeil de leur enfant.

D’autres problèmes de sommeil

Lytycya, 5 ans, ronfle en dormant. Mais quand son papa, Éric, a réalisé qu’elle s’arrêtait aussi de respirer quelques secondes, il s’est inquiété. À l’hôpital, il a su que c’était de l’apnée du sommeil, une condition qui touche de 1 % à 5 % des enfants. « Si votre enfant ronfle, respire par la bouche ou fait des pauses respiratoires la nuit, il faut consulter un médecin », conseille la Dre Evelyn Constantin.

Il existe d’autres troubles du sommeil courants comme les terreurs nocturnes, grincer des dents et se promener ou parler en dormant. Ils sont habituellement sans gravité et finissent souvent par se régler d’eux-mêmes. Toutefois, s’ils surviennent plusieurs fois par semaine pendant plusieurs semaines, mieux vaut consulter.
 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, octobre 2016
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Evelyne Martello, infirmière clinicienne, clinique spécialisée des troubles du sommeil, CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Hôpital Rivière-des-Prairies

 

Photo : iStock.com/Bodler