Trop de mamans souffrent en silence

Trop de mamans souffrent en silence
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir

iStock_000019699643_petiteEnfin! Avec les journées qui allongent et l’arrivée du printemps, ce sera bientôt le retour des poussettes sur les trottoirs et des longues promenades. Vous croiserez peut-être au parc cette maman avec qui vous avez sympathisé l’automne dernier. « Comment ça va? » « Comment va bébé? » Vous vous raconterez les nuits, les dents, les boires, les poussées de croissance…

Pendant quelques instants, cette maman avec qui vous parlez se sentira bien, presque normale. Ce qu’elle ne vous dira pas par contre, c’est qu’en vérité, elle est toujours de mauvaise humeur et fatiguée, qu’elle se sent inutile, presque vide à l’intérieur. Elle n’osera jamais l’avouer : plus rien ne l’intéresse, pas même son bébé. Le soleil lui fait un peu de bien, mais en général depuis qu’elle est maman, elle trouve la vie moche.

Cette mère qui présente plusieurs symptômes de dépression post-partum peut être votre amie, votre sœur, votre voisine, votre collègue… La dépression touche près de 15 % des mères. Sur les quelque 87 000 femmes qui accouchent chaque année*, c’est plus de 13 000 qui en souffriront. De ce nombre, environ 7 % présenteront des symptômes importants de dépression au cours des 3 premiers mois suivant l’accouchement; et 19 %, des symptômes légers ou modérés.

En parler, un premier pas

Malheureusement, ayant peur de passer pour une mauvaise mère, bien des femmes se taisent. D’autres se rendront compte après coup qu’elles ont souffert de dépression. C’est ce qui est arrivé à notre Drôle de maman, Catherine Goldschmidt, après sa première grossesse. Comme elle le dit si bien dans ce texte touchant, si elle avait su…

« Si j’avais su, j’aurais parlé. Si j’avais su quel nom portait mon ennemie, je me serais battue contre elle. Je me serais inscrite à des activités malgré l’hiver. Je me serais confiée à mon médecin. J’aurais rencontré plus souvent d’autres parents. Bref, j’aurais trouvé des alliés pour m’aider à profiter pleinement de ma nouvelle vie de maman. Lors de mes deux autres congés de maternité, je suis restée à l’affût des symptômes et, croyez-moi, la petite sournoise est restée sur le palier! »

Être soignée…

Selon certaines études, près de la moitié des cas de dépression maternelle ne seraient pas diagnostiqués ou traités. Nancy Verreault, psychologue qui a fait son doctorat sur la dépression post-partum, déplore aussi que les symptômes dépressifs souvent observés durant la grossesse sont encore peu traités. En effet, plus du tiers des femmes qui font une dépression post-partum commenceraient à avoir des symptômes pendant qu’elles sont enceintes. Des mesures préventives prises durant la grossesse pourraient diminuer le risque de dépression après l’accouchement, souligne la psychologue.

Tout comme les autres problèmes de santé mentale, la dépression post-partum doit être traitée. Le soutien social des amis, des parents ou des groupes d’entraide est certes essentiel, mais il se peut que cela ne suffise pas, affirme Nancy Verreault. Il est donc important d’en parler avec un médecin ou un psychologue. Le traitement proposé dépendra de l’importance des symptômes et des problèmes de santé mentale de la mère avant sa grossesse. Une psychothérapie pourrait être recommandée. Certaines auront peut-être aussi besoin d’antidépresseurs pour quelque temps, ajoute la psychologue. Mais peu importe la démarche choisie, il est important de savoir que plus la dépression post-partum est détectée tôt, plus il sera facile d’en guérir. Lentement, mais sûrement, la maman qui a le moral au plus bas retrouvera l’envie de sourire. Elle pourra alors profiter pleinement de sa famille et des journées ensoleillées.

*Donnée estimée à partir des données provisoires de l’ISQ sur les naissances simples et multiples en 2013.

Références

Naître et grandir 

La dépression post-partum

La dépression prénatale

Une pilule une petite granule

Dépression post-partum

Meilleur départ

Surmonter la dépression : un guide destiné aux femmes souffrant de dépression durant la grossesse et après l’accouchement

Ordre des psychologues du Québec

La dépression postnatale chez les mères : plus qu’un simple baby blues

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