COVID-19 et grossesse: plus de stress que lors du verglas

COVID-19 et grossesse: plus de stress que lors du verglas
La COVID-19 aurait eu davantage d’impact sur le stress des femmes enceintes que lors de la crise du verglas en 1998.

18 novembre 2020 | Comment le stress vécu par les femmes enceintes pendant la pandémie se compare-t-il à celui causé par la crise du verglas en 1998? Annick Bérard, chercheuse au CHU Sainte-Justine, a lancé une vaste étude internationale pour répondre à cette question. Elle a aussi voulu savoir comment les femmes enceintes québécoises s’en sortaient par rapport à celles ailleurs au Canada et dans le monde.

« Notre hypothèse est que le confinement imposé par la COVID-19 a des effets encore plus importants sur la santé mentale de la mère et le développement de son enfant que lors du verglas », explique Annick Bérard. Et les résultats préliminaires semblent lui donner raison : 45 % des femmes interrogées ont rapporté des symptômes de dépression modérée à sévère. Le niveau de stress des femmes enceintes a également beaucoup augmenté depuis le début de la pandémie.

Cette proportion est deux fois plus élevée que ce qui avait été décrit par les mères lors de la crise du verglas qui avait commencé en janvier 1998. Le Projet Verglas* a été entrepris par la chercheuse Suzanne King quelques mois après la crise, en juin 1998. Ses recherches ont permis d’étudier le stress prénatal lors d’une catastrophe naturelle.

Annick Bérard a, quant à elle, mis rapidement sur pied un projet de recherche lorsque le confinement a commencé. Elle a ainsi recruté 2 400 femmes enceintes à travers le monde grâce aux réseaux sociaux. « Nous avons des collaborateurs partout au Canada, mais aussi aux États-Unis et en France, ajoute-t-elle. Dernièrement, nous avons commencé à recruter en Chine et dans les pays hispaniques. Enfin, nos questionnaires sont sur le point d’être traduits en portugais puisque le Brésil est fortement frappé par la pandémie. »

Un suivi de grossesse chamboulé

Ces résultats ne sont pas étonnants, sachant que la COVID-19 a causé un bouleversement du suivi médical et de la prise en charge de la grossesse. Par exemple, le conjoint ne pouvait pas être présent pendant les rendez-vous prénataux. De plus, au début de la pandémie, certains hôpitaux ne permettaient pas la présence de l’autre parent à l’accouchement.

« Les politiques varient selon les établissements et évoluent dans le temps, remarque la chercheuse. Cela crée une incertitude qui peut avoir des répercussions psychologiques pour la femme enceinte. Elle n’a pas encore accouché, mais elle imagine le moment de la naissance et cela lui cause un stress. » Pour les mères dont ce n’est pas la première grossesse, le fait d’avoir dû garder les autres enfants à la maison pendant la quarantaine a pu contribuer à augmenter l’anxiété, ajoute-t-elle.

Les Québécoises moins stressées?

« Nous savons toutefois que les femmes enceintes québécoises sont moins affectées qu’ailleurs au Canada et dans le monde, souligne Annick Bérard. Au Québec, la proportion de femmes rapportant des symptômes de dépression est d’environ 40 %. Bien que cela soit élevé, les femmes québécoises semblent s’en sortir mieux. Maintenant, nous aimerions comprendre pourquoi. »

Plusieurs hypothèses sont sur la table. Par exemple, au début de la pandémie, les femmes enceintes québécoises étaient peut-être mieux informées. « Les conférences de presse quotidiennes pendant les premières semaines permettaient de recevoir de l’information, même s’il ne s’agissait pas toujours de choses agréables à entendre », explique la chercheuse. Elle veut aussi explorer la possibilité que les femmes québécoises sont plus résilientes ou que le réseau des services sociaux était mieux équipé.

Protéger les futures mamans

Les études qui existent déjà sur le sujet démontrent que le stress, l’anxiété et la dépression maternelle ont des effets négatifs non seulement sur la santé de la mère, mais aussi sur celle du bébé. Par exemple, cela peut augmenter le risque de petit poids à la naissance, de prématurité ou de retard de développement.

Annick Bérard souligne donc l’importance d’agir pour protéger les futures mères. « Je pense qu’il faut commencer à s’inquiéter pour nos mamans enceintes, ajoute-t-elle. Il faut mieux les prendre en charge, même si plusieurs visites prénatales ont maintenant lieu virtuellement. Il faut les contacter plus souvent et leur donner davantage d’information qu’elles pourront utiliser et synthétiser afin de prendre des décisions éclairées. »

Par ailleurs, le projet d’Annick Bérard n’en est qu’à ses débuts. « Nous avons demandé aux mères la permission de les rappeler 2 mois après la naissance pour en savoir plus sur les circonstances de leur accouchement, sur leur santé et sur celle de leur bébé », mentionne-t-elle. De plus, dans le cas des mères canadiennes et françaises, la chercheuse aura accès à des données administratives, comme celles de la RAMQ. Cela permettra à son équipe de mieux comprendre l’effet de la pandémie sur les bébés COVID.

*Pour en savoir plus sur le Projet Verglas : Les bébés du verglas

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/damircudic

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