Êtes-vous un parent surprotecteur?

Êtes-vous un parent surprotecteur?

Le bain du dimanche soir, quelle activité agréable! Pas de contrainte de temps puisqu’on a toujours le loisir de commencer la routine plus tôt qu’en semaine. Une attention exclusive et soutenue est possible, car on n’a pas à superviser les devoirs du plus vieux ou les demandes du deuxième (par opposition à un bain rapide sans cérémonie, car, bien sûr, on s’entend, on ne laisse jamais un bébé de 10 mois dans le bain sans surveillance!). Ma petite Leeloo est assise et s’amuse dans l’eau… quand soudainement, elle se met à tanguer doucement vers la droite.

Dilemme! Est-ce que je la rattrape ou est-ce que je la laisse tomber?

 Premier scénario : la surprotection

Rapidement et brusquement, je la rattrape avant qu’elle touche l’eau. Elle sursaute, car mon mouvement est brusque. Elle est sensible à ma réaction émotionnelle de peur. Elle est surprise et elle a aussi peur. Elle pleure, elle a l’impression qu’elle a évité un danger. Elle demande avec ses bras d’être sécurisée dans les bras de Papa. Le bain se termine ainsi. Leeloo sort du bain avec l’impression qu’il peut y avoir du danger dans une baignoire.

Deuxième scénario : une bonne gestion de l’anxiété

Je la laisse faire. Dès que son visage touche à l’eau, elle place ses bras au fond et se pousse vers le haut afin de ne pas avoir le visage dans l’eau. Avec beaucoup de difficulté, elle se rassoit et me regarde fièrement en s’applaudissant après avoir réussi.

L’illusion de l’évitement

Je ne m’étendrai pas sur la meilleure façon de faire dans cette situation, je crois que l’illustration est  évidente. Le plus pernicieux dans ces situations, c’est le raisonnement du parent surprotecteur dans la première situation. Il conclura certainement : « Ouf, une chance que j’ai rattrapé ma fille, sinon elle aurait pu se noyer… ». Or, c’est justement ce raisonnement, après avoir évité une situation, qui demande une tolérance à l’anxiété, qui va faire que le parent deviendra de plus en plus protecteur de son enfant. C’est ce que j’appelle, l’illusion de l’évitement.

Ce genre de situation arrive à tous les parents et survient tous les jours. On a souvent fait référence dans les médias au lien entre les parents qui sont anxieux et leurs enfants qui deviennent eux-mêmes anxieux à l’adolescence ou à  l’âge adulte. Or, cette situation illustre très bien comment notre comportement peut conditionner la réaction émotionnelle de notre enfant. Il y a 2 facteurs importants à prendre en considération lorsqu’il est question du développement d’une personnalité anxieuse chez l’enfant.

Le premier facteur est génétique. Certains individus vont naître avec une certaine sensibilité devant l’inconnu. Cette sensibilité fait qu’on aura tendance à réagir physiologiquement d’une façon plus forte aux situations qui nous semblent menaçantes. Par exemple, si on mesure la réaction du système nerveux sympathique (SNC) d’un individu à un bruit soudain, la plupart des gens vont ressentir une anxiété de 3 ou 4 sur une échelle de 10 (10 étant la pire des peurs jamais vécues). Or, face à ce même bruit, l’individu qui est plus sensible va ressentir une anxiété située entre 5 ou 6 sur une échelle de 10. Cette sensibilité va donc rendre plus difficile la gestion de cette émotion pour ces enfants, ce qui les rend plus vulnérables aux troubles anxieux.

Le second facteur est lié à l’environnement de l’enfant. La recherche a démontré depuis un bon moment que nos enfants apprennent grâce aux interactions avec leur environnement. On sait également que les parents qui sont trop protecteurs vont contribuer au développement d’un trouble anxieux. Il devient donc important de se poser les bonnes questions quant à nos propres comportements de parents dans certaines situations. Est-ce que je protège trop mon enfant dans certaines situations? Est-ce que je l’empêche de faire des apprentissages importants ? Est-ce que je tente de lui faciliter la vie au détriment de son développement?

Je termine avec une demande spéciale de ma femme. Elle me dit que je dois vous rappeler que je ne suis pas un père parfait. Pour preuve, elle aimerait que je vous dise qu’il y a 7 ans, lorsque Toshiro avait 10 mois, j’ai tenté de le rattraper alors qu’il penchait vers la droite dans son bain. Dans mon empressement, je lui ai asséné un coup d’avant-bras qui non seulement l’a envoyé au fond du bain, mais qui lui a également donné une belle prune en plein front pour une semaine…

La morale de cette histoire : ce qu’on a fait dans le passé importe peu, c’est ce qu’on va faire la prochaine fois que la situation se produira qui est important.

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
Toutes les chroniques de l'auteur

Chroniques sur le même sujet