J'ai raté la rentrée de mon enfant

J'ai raté la rentrée de mon enfant
Les enfants étaient presque tous accompagnés d’un parent pour le grand jour, mais moi, j’ai laissé mon fils partir seul, dans l’immense autobus jaune.

Nous avons emménagé dans une toute nouvelle région à la mi-juin et mon plus vieux faisait son entrée en 1re année il y a quelques jours. Les enfants de sa classe étaient presque tous accompagnés d’un parent pour le grand jour, mais moi, je l’ai laissé partir seul, dans l’immense autobus jaune, comme le plus mauvais père de la Terre.

Ici, la plupart des parents accompagnent leurs enfants pour la première journée d’école. Certains vont les conduire, d’autres les laissent prendre l’autobus et vont les rejoindre dans la cour d’école. Ils peuvent rencontrer brièvement les enseignantes et enseignants qui seront responsables de leurs amours pour l’année et partager ce moment avec leurs enfants. Il semble que ce soit le cas à plusieurs endroits au Québec.

N’ayant pas reçu d’invitation formelle et ayant lu sur la lettre adressée aux parents que la rentrée débutait à cette date et que les autobus seraient en fonction normalement, ma conjointe et moi étions certains qu’il s’agissait d’une journée d’école « standard » puisque nous n’avions jamais connu cette façon de faire dans le passé.

Un sentiment de culpabilité…

Puisque l’horaire était écourté, je suis allé le chercher sur l’heure du midi et j’avais bien hâte de savoir comment s’était déroulé son avant-midi.

Nous l’avions tellement préparé au grand jour! Sachant que d’arriver dans un nouveau milieu à 6 ans comporte son lot de stress et que notre petit homme a déjà un tempérament anxieux, il avait pris part au camp de jour de la municipalité pendant l’été, il avait rencontré des jeunes de son âge (potentiellement des amis de classe), nous avions visité l’école avec son directeur, il avait rencontré la responsable du service de garde, nous avions beaucoup discuté du déménagement et de ses émotions, etc.

Mais, dès qu’il a sauté dans la voiture, au lieu de me parler de son enseignante ou des enfants de sa classe, il a commencé par me dire qu’il était presque le seul à ne pas avoir eu un parent avec lui!

Quoi??? Nous n’étions pas au courant de ça, ai-je répliqué, sentant la culpabilité envahir tout mon corps.

Du grognement à la fierté

Mon premier réflexe a été de me demander comment il se faisait que personne ne nous avait avisés que les parents étaient invités. J’étais frustré, je croyais qu’on avait oublié de nous remettre un papier. Et il y avait cette petite voix intérieure qui me chuchotait : « Oh! Boy! T’en as échappé une belle. Imagine ce que les autres parents vont penser… »

Rapidement, mon garçon m’a rassuré :

« C’pas grave, papa. J’ai été full autonome. Il y avait aussi Jean-Christophe qui était tout seul. Ça a super bien été. T’as vu la conductrice de l’autobus quand j’ai embarqué ce matin? Elle est super fine. Elle m’a demandé mon nom, elle est jeune et de bonne humeur. Au service de garde, ça a bien été aussi et on a un local juste pour notre groupe! Dans ma classe, ma prof est vraiment gentille. »

Rassuré, je lui ai demandé s’il y avait des amis du camp de jour dans sa classe.

« Non, ils sont tous dans d’autres classes. Mais c’pas grave. Je vais m’en faire d’autres. Y’en a plein qui ont l’air gentils, je vais apprendre à les connaître. Ça va bien aller je pense. »

J’ai regardé mon petit bonhomme qui avait les yeux brillants, qui ne m’en voulait pas du tout et qui était tellement optimiste devant tous ces changements et ce monde de nouveauté.

De façon inattendue, mes émotions ont fait volte-face complètement. Le sentiment de fierté est apparu, a grandi, puis est venu botter le derrière de la culpabilité qui m’avait envahi.

Même en étant le « plus mauvais père de la Terre », j’ai sûrement fait un petit quelque chose de pas trop mal en cours de route…

Je suis très fier de toi, fiston.

Et sache que j’ai été à côté de toi en pensées dès le moment où tu as mis le pied dans l’autobus ce jour-là.

 

Jean-François Quessy est aussi l’auteur du blogue  Un gars, un père.

 

Photo : GettyImages/kali9