Difficile de faire des phrases!

Difficile de faire des phrases!
Par Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
À 3 ans, c’est la période des phrases. Certains enfants font des phrases courtes, d’autres de plus longues. Mais ils sont tous en apprentissage!

Mon plus jeune a déjà 3 ans et je n’en reviens toujours pas! J’ai l’impression que je vous parlais hier de ses premiers mots! À 3 ans, c’est plutôt la période des phrases. En effet, à cet âge, la majorité des enfants s’expriment avec des phrases complètes comme « Maman mange une carotte ». Certains font exclusivement ce type de phrases courtes, d’autres en font de plus longues. Ce qui est certain, c’est que tous les enfants sont en apprentissage.

Un apprentissage exigeant

De mon côté, je trouve Renaud très mignon quand il a plein d’idées en tête et qu’il s’efforce de les formuler en phrases. Plus ses idées sont élaborées, plus il se lance dans des phrases complexes (ex. : avec des « parce que »), et plus il risque de faire des erreurs. Par exemple, il sait utiliser le présent, le passé et le futur, mais il peut très bien faire des phrases comme : « J’ai tout boit mon lait! » ou « T’as le droit aller dans ma cabane! ». Tout n’est pas encore automatique.

Généralement, lorsqu’un enfant emploie à l’occasion (mais pas systématiquement) un petit mot (ex. : « elle ») ou qu’il conjugue parfois les verbes correctement, parfois non, c’est qu’il est en train d’apprendre. Il faut du temps et de la pratique avant de maîtriser complètement la grammaire de la langue à l’oral. Les pronoms sont particulièrement difficiles à apprendre. Par exemple, il est normal d’avoir de la difficulté à utiliser le pronom « je » jusqu’à 3 ans et demi. D’autres petits mots comme « au » peuvent être encore plus longs à assimiler. Par exemple, plusieurs enfants disent longtemps : « Je vais aller à le magasin ».

Comment aider son enfant à faire des phrases

La bonne nouvelle c’est qu’on aide son enfant à apprendre à faire des phrases dès qu’on lui parle! En effet, l’adulte donne constamment des modèles de phrases bien construites à l’enfant, ce que ne peuvent pas faire les amis du même âge. D’où l’intérêt, justement, de ne pas imiter les phrases du tout-petit quand on s’adresse à lui (ex. : dire « Veux biscuit, Alice? » au lieu de « Tu veux un biscuit, Alice? »). À force d’entendre de vraies phrases, l’enfant finira par comprendre comment fonctionne sa langue.

Une autre bonne façon d’aider son enfant à améliorer ses phrases est de reformuler ce qu’il dit quand il fait une erreur. Par exemple, pour reprendre l’exemple de Renaud, s’il m’explique : « J’ai tout boit mon lait! », je peux répondre : « C’est vrai, tu as tout BU ton lait! ». En accentuant la correction à faire, on donne la chance à l’enfant de bien l’entendre. Dans certaines situations, il se reprendra même spontanément.

Quand l’enfant ne se reprend pas, ça ne sert à rien de lui demander de répéter. Cela pourrait le démotiver et même lui faire oublier ce qu’il disait. À l’inverse, s’il sent qu’on s’intéresse à ce qu’il dit et qu’on lui donne raison sur le contenu de sa phrase, il aura envie de poursuivre l’échange… et de faire d’autres phrases!

Et vous, vos enfants de 3 ans et 4 ans font-ils beaucoup de phrases? Est-ce difficile pour eux?

 

Photo : iStock.com/Vanessa Van Rensburg

Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
À la fois orthophoniste et maman, je vous parle dans mes mots du développement de la communication et du langage de mes deux enfants.
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