Un plan parfait de parent

Un plan parfait de parent
27 septembre 2018
Les jardins sont une grande source de leçons. On peut bien avoir dessiné le plan parfait, bien des choses ne sont pas entre nos mains.

Cet été, j’ai fait un jardin. Et ça m’a tellement fait penser à la job de parent!

J’avais d’abord dessiné une partie du jardin, en décidant où je planterais mes fleurs : phlox, rudbeckies, monardes... J’avais bien réfléchi, équilibré les couleurs et les moments de floraison. J’avais consulté d’autres jardiniers également.

Sauf que ce n’est pas nous qui décidons du meilleur emplacement pour une plante. On peut bien croire que l’on sait tout d’elle et que l’on contrôle tout, c’est elle qui a le dernier mot.

C’est pareil pour la job de parent. On peut bien avoir dessiné le plan parfait, bien des choses ne sont pas entre nos mains.

Qui aurait pu prévoir la chaleur écrasante et continuelle de cet été? Mes monardes ont fait des boutons qui ont séché sur place sans faire de fleurs. Déception, vous dites? Je faisais ce jardin afin d’avoir des monardes!

J’ai alors songé à tous les enfants qui ne se développent pas comme prévu en raison d’un accident ou d’un trouble envahissant du développement qui surgit malgré toutes nos préparations. Malgré toutes nos connaissances et tous les livres qu’on a lus. Oui, on est déçu, même si on n’a jamais le droit de le dire, apparemment. Pourtant, vous avez le droit d’être déçus. Et on a le droit de pleurer autant qu’on veut à ce propos.

Je suis restée là, devant ces monardes, refusant d’admettre qu’il n’y aurait pas de fleurs cette année. C’est seulement quand j’ai accepté le problème que j’ai pu les tailler afin qu’elles ne se vident pas de toute leur énergie.

C’est un passage difficile dans la job de parent avec un enfant différent, quand il nous faut prendre une mesure qui confirme la différence. Mais, les jardins sont une grande source de leçons. Sept semaines après que je les ai taillées, et contre toute attente, quelques monardes ont fleuri!

Toutes ces manœuvres autour des monardes m’ont rappelé les plans d’intervention qui nous tombent dessus sans arrêt avec un enfant différent et tout ce monde qui s’agite pour obtenir des « résultats ». C’est particulièrement vrai pour les nouveaux parents. Et quand les enfants ne donnent pas de « résultats », on cherche ce qui ne va pas chez lui. Pourquoi ne « collabore-t-il » pas? On essaye d’autres manières de faire la même affaire; on lui retire des privilèges; on le menace de punition.

Je ne sais pas de votre côté, mais moi, je n’ai jamais entendu de jardiniers déclarer que ses monardes ne collaborent pas, le leur reprocher et s’obstiner à les laisser là, à dépérir, parce que son plan de jardin était vraiment parfait.

 

La version originale de ce texte a été publiée sur le blogue de  France Paradis.

 

Photo : GettyImages/eclipse_images

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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Commentaires (1)

  1. Laura 1 octobre 2018 à 08 h 31 min
    Je ne peux qu'approuver vos propos. Mais même si nous acceptons que l'enfant ne réalise pas nos plans "parfaits", qu'il n'est pas parfait lui-même, il est vraiment difficile de ne pas céder à la pression. Notamment celle de l'école : si l'enfant n'est pas "très" collaborant à la maison, on s'en accommode, on trouve des plages de négociation. Mais à l'école... c'est compliqué. C'est aussi compliqué de ne pas angoisser. Ma fille, a 2 ans et 9 mois, est entrée dans une classe "poussin", c'est-à-dire une classe encore en dessous de la première maternelle. Mais déjà, un mois à peine après la rentrée, on nous dit déjà : "Elle n'obéit pas bien!". Personnellement, je suis éducatrice. Je sais que ma fille traverse une phase de développement pendant lequel il est naturel - et sain - qu'elle s'oppose à l'adulte. Mais en tant que parent, c'est difficile de ne pas angoisser, de ne pas se faire de soucis. A la maison, nous mettons des limites claires, et elle tente quand même de passer au travers ; je suppose que c'est pareil à l'école. Il faut prendre son mal en patience, savoir aussi que tout n'est pas entre mes mains de mère. Quand je la laisse à l'école... je ne suis pas là pour la "tenir". Je pense que tout le problème vient de la pression qu'on nous met. Alors, après, on fait ce qu'on peut...

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