Enfant introverti: faut-il s’en faire?

Enfant introverti: faut-il s’en faire?
Mais que veut dire au juste être introverti? Peut-on y faire quelque chose? La réflexion de notre psychologue et papa Nicolas Chevrier.

J’ai participé récemment à une discussion à la radio sur les personnes introverties. Ce sujet m’a amené à réfléchir sur ce trait de caractère chez les enfants en général et chez les miens en particulier. Il faut dire que, chez nous, l’introversion, on ne connaît pas beaucoup : mes trois enfants sont plutôt extravertis!

Mais que veut dire au juste être introverti ou extraverti? Pour résumer, disons qu’une personne introvertie préfère souvent être seule et se sent bien ainsi, contrairement à la personne extravertie qui aime être en présence des autres. C’est un trait de caractère parmi tant d’autres et la personnalité d’un enfant ne se résume pas qu’à ça. Ce n’est pas non plus une caractéristique innée, mais plutôt acquise. Cela veut dire que le milieu dans lequel l’enfant grandit peut avoir une influence sur son niveau d’introversion ou d’extraversion. Par exemple, quand je regarde mes enfants, je constate qu’ils ont de bien meilleures habiletés sociales que moi à leur âge. Je soupçonne d’ailleurs l’effet positif du service de garde à cet égard, car plus on socialise tôt, plus nos habiletés sociales se développent tôt.

De plus, dès leur plus jeune âge, nous les avons inscrits dans des cours de groupe qui permettent de développer les habiletés sociales de plusieurs façons. Pour ma fille Leeloo, c’est entre autres la danse qui lui a permis de se sentir à l’aise en présence des autres. On danse entre amis, on imite des animaux, on suit les mouvements du professeur, etc. Pour Toshiro, ce fut la natation; et pour Akira, le judo.

Une personnalité en construction

Cela dit, l’introversion, comme l’extraversion, n’est pas une bonne ou mauvaise chose en soi. Ce n’est pas une dimension de la personnalité qui pose problème. Bien sûr, si notre enfant est trop introverti, son bien-être peut-être compromis, mais il en va de même pour un enfant trop extraverti. Il faut donc faire attention aux étiquettes que l’on appose, car plus un enfant entendra qu’il est introverti, plus il se comportera comme tel. Ce qui est important de prendre en considération comme parent, c’est la capacité d’adaptation de son enfant. Est-ce que mon enfant peut s’adapter au plus grand nombre de situations possibles?

Aider notre enfant à se dépasser, à faire face aux situations dans lesquelles il est moins à l’aise est donc très important. C’est souvent dans ce genre de situations que l’on réussit à développer de nouveaux comportements. Si votre enfant est introverti, amenez-le à sortir de sa zone de confort et à développer ses habiletés sociales. Faites-le graduellement, par étape, mais ne vous limitez pas à faire ce que votre enfant a envie, aidez-le plutôt à faire des choix qui vont l’aider à se développer et à s’adapter selon les situations.

N’oubliez pas non plus que la personnalité n’est pas quelque chose de figée, elle se développe au même rythme que l’enfant. Ainsi, lorsqu’on remarque certaines caractéristiques qui pourraient nuire à notre enfant plus tard, on peut l’aider à développer de la souplesse dans sa personnalité en l’exposant graduellement à de nouvelles expériences qui lui permettront de développer ces habiletés.

Par exemple, votre garçon est très craintif? Vous pouvez faire un peu de judo parent-enfant avec lui. Votre enfant a peur de l’eau? Allez hop, dans la piscine les samedis matin! Votre enfant est timide? Invitez des amis à la maison, jouez à des jeux de société ensemble, inventez des jeux à base d’improvisation, de chant ou d’expression théâtrale. En agissant ainsi, vous lui donnez un carré de sable dans lequel il pourra exercer et développer ces habiletés de façon rassurante!

 

Photo : iStock.com/skynesher

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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Commentaires (9)

  1. Une Introvertie 21 septembre 2016 à 11 h 51 min
    Il ne faut pas confondre introversion avec timidité ou manque d'habiletés sociales. Être introverti, c’est notamment voir son énergie diminuer au fur et à mesure qu'on passe du temps en groupe; du coup, refuser d'aller à certaines fêtes, par exemple, ou en partir tôt, devient un mécanisme d'auto-protection dont les autres ne devraient pas essayer de nous dissuader. Cet article traite assez bien du sujet : http://www.bustle.com/articles/103474-are-introverts-born-that-way-what-makes-some-people-introverted-according-to-science
  2. Julien 22 septembre 2016 à 04 h 54 min
    Bonjour, Merci pour cet article, très intéressant. Je me permets de réagir car je m'intéresse à ce sujet depuis maintenant quelques années (je suis l'auteur du blog http://unmondepourlesintrovertis.fr), et d'après les définitions que j'ai pu lire de psychologues comme Jung, Elaine Aron, Marti Olsen Laney, ou Laurie Hawkes, j'ai cru comprendre que l'introversion serait avant tout une question d'orientation de l'énergie : est-ce que l'on s'emplit d'énergie plutôt au contact des autres, ou plutôt dans la solitude. L'axe introversion - extraversion étant un continuum, chacun le vit de manière différente, et suivant les situations ou les moments de sa vie on peut être plutôt introverti ou extraverti. Cependant, quand on parle de quelqu'un d' "introverti", c'est quelqu'un qui, dans la plupart des situations, a un grand besoin de solitude pour se réaliser, pour se sentir bien. L'un des problèmes que je rencontre souvent chez les parents, c'est qu'ils ont tendance à vouloir aller à l'encontre de la personnalité de leur enfant, sous prétexte de vouloir les faire sortir de leur zone de confort pour progresser. Mais si l'on force un enfant introverti à être le plus possible au contact d'autres enfants pour gagner en sociabilité, j'ai l'impression que cela aura plus tendance à créer des traumatismes (en tout cas c'est mon cas, et celui de beaucoup de lecteurs qui viennent sur mon blog). D'ailleurs, lorsque l'on rencontre des adultes introvertis qui sont bien dans leur peau et tout à fait sociables (car on peut tout à fait être introverti et sociable :-)), souvent ce sont des gens qui ont eu des parents très respectueux de leurs besoins de solitude, de lecture, de calme, de rêveries... Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il faut développer chez l'enfant une certaine "souplesse", comme vous le dites, en l'ouvrant à des aspects de sa personnalité qui ne sont pas très développés. D'accord aussi sur le fait qu'il est mauvais d'accoler des "étiquettes", car les enfants ont ensuite tendance à s'identifier à celles-ci et ne plus oser s'en écarter. Mais je pense qu'il faut avant tout respecter son enfant tel qu'il est, tout en lui montrant des alternatives de temps en temps, en douceur, pour l'ouvrir à d'autres horizons... L'idée est d'être à l'écoute de son tempérament, de ses besoins (sans pour autant lui dire : "tu es introverti, donc tu dois faire ça"). On peut par exemple observer qu'il devient nerveux au jardin d'enfants après 1h de jeu avec d'autres enfants, et l'inviter à aller se balader seul avec nous, ou à rentrer à la maison, pour se ressourcer. Qu'en pensez-vous ?
  3. Dr Nicolas Chevrier 23 septembre 2016 à 09 h 39 min
    En fait, la théorie à laquelle vous faites référence provient de C.G. Jung qui avait émis ces hypothèses dans sa théorie des Types psychologiques (1920). Malheureusement, plusieurs recherches scientifiques ont tenté de démontrer cette théorie sans jamais réussir à le faire. La psychologie a donc laissé tombée cette théorie qui a malheureusement été reprise par de quelques ouvrages de psychologie populaire mal informée, ce qui explique qu’on en parle encore aujourd’hui. C’est cette théorie qui parle d’orientation de l’énergie. Dans ce blogue, je tente de réorienter le débat vers un point fondamental, la capacité d’adaptation de l’enfant. Aussi, en encourageant et même parfois en poussant l’enfant à développer ses habiletés sociales, on lui permet de développer ses habiletés sociales. Car on ne peut oublier que pour développer une habileté, on doit la pratiquer. Pas de pratique pas d’apprentissage! Ces apprentissages vont pouvoir nous permettre de faire des choix éclairés plus tard. Des choix qui ne seront pas guidés par la peur du jugement des autres ou par une faible estime de soi, mais bien par un choix éclairé de prendre du temps seul. Pour répondre à votre question, forcer un enfant à faire des choses dont il n’a pas envie ne créera pas de traumatisme. Je vous le garantis, sinon mes enfants auraient développé une phobie des asperges depuis longtemps. Bien sûr, il y a une façon de faire qui va permettre à l’enfant de s’exposer à des situations difficiles de façon sécurisante. Pas question de lui demander de prendre le premier rôle d’une pièce de théâtre, mais il peut commencer en interprétant une fleur durant deux minutes sur la scène. En terminant, je crois important d’ajouter une mise en garde face aux questions des « natures » de l’enfant ou de bagages innés de l’enfant. Lorsque nous réfléchissons de la sorte, on fait habituellement fausse route et cela, au détriment de notre enfant. Rien n’est décidé d’avance, la personnalité de tous est malléable et c’est ce qu’il importe de garder en tête.
  4. Une Introvertie 28 septembre 2016 à 09 h 33 min
    je crois que le problème qu'on avait avec votre article, Julien et moi, c'est que vous confondez introversion avec timidité ou manque d'habiletés sociales. L'introversion est une donnée innée, comme être nain, ou avoir de grandes oreilles, ou les yeux bruns. Il y a des façons de fonctionner avec cela qui ne cantonnent pas les personnes qui s'y identifient à des rôles prédéterminés. On peut avoir un enfant introverti ET timide, et effectivement on peut l'aider à sortir de sa timidité en lui proposant des jeux et activités qui le challengent juste assez pour qu'il sorte très légèrement de sa zone de confort, et qu'il découvre progressivement qu'il peut l'agrandir. Globalement, j'aime beaucoup votre article, je pense seulement qu'il y a un mot mal utilisé.
  5. Sadi 22 septembre 2016 à 15 h 15 min
    Mon garçon de 8 ans est très introverti en classe (on dit qu'il est un ange, trop gentil, trop doux, bouge peu, parle peu) mais à la maison c'est un lion: il crie, court partout, saute sur les divans, tient tête à ses parents et est très méchant avec son frère. Que faire?
  6. C 28 septembre 2016 à 09 h 21 min
    Étant introvertie, je trouve qu'il y a une surabondance d'articles pour expliquer aux parents comment développer les habiletés sociales de leurs enfants introvertis (et je tiens à noter que l'introversion n'est pas synonyme d'un manque d'habiletés, mais simplement une manière différente d'appréhender le contact humain). À quand l'article qui expliquera aux parents comment développer chez leurs enfants extravertis un goût pour la solitude, ou pour la profondeur et l'authenticité dans le contact humain (par opposition au papotage sur la pluie et le beau temps, qui est légion dans notre société biaisée vers l'extraversion)?
  7. emma 15 octobre 2016 à 17 h 06 min
    Quand s'inquiéter, c'était la question du titre mais l'article n'y répond pas XD Pour ma part je suis actuellement en démarche de diagnostic vers quelque chose qui s'apparenterait au spectre autistique et par exemple _ j'ai été socialisé plutôt tôt (maternelle à deux ans tout pile) _ j'ai été inscrite en natation et en danse pendant plusieurs années et pourtant, dans ces groupes, je n'ai jamais socialisé. Je ne refusais pas d'y aller parce que je pensais que c'était obligatoire mais je ne parlais pas aux autres enfants, je ne connaissais pas leurs prénoms, je faisais juste ce que l'adulte me demandait sans y prendre de plaisir. Quand j'étais dans l'âge de la maternelle une petite fille un peu plus âgée que moi, une voisine, était venu jouer avec moi plusieurs fois mais ça a cessé, je pense qu'elle s'emmerdait avec moi. Je n'ai apprit son prénom que des années plus tard quand on m'a expliqué que c'était elle qui avait essayé ^^ Peut être qu'on peut s'inquiéter quand on voit que dans des situations qui sont censées requérir de la socialisation cette socialisation ne se met pas en place, de façon systématique dans tous les groupes.
  8. emma 15 octobre 2016 à 17 h 20 min
    Je précise qu'en maternelle des enseignantes ont tenté de "me forcer à développer des habiletés sociale" en "me démontant l'épaule dans un geste de traction désespéré pour me déplacer vers des groupes d'enfants" XD et que ça n'a eu aucun effet puisque le rejet des autres enfants a été immédiat. Du moins j’interprète maintenant comme du rejet le fait de me donner, à la demande de l'adulte, un rôle dans leur "jeux de faire semblant" qui consistait à faire semblant d'aller faire une course ailleurs ou faire semblant d'être un élève puni au coin, ou le bébé de la famille qui dort, bref un rôle excluant. A l'époque je ne percevais pas vraiment ça mal, je ne voyais pas d’inconvénient à placer mon corps où il me l'était demandé ^^; Donc les tentative de socialisation ont été des échecs même quand des adultes ont essayé de me sortir de ma zone de confort. La plasticité de la personne humaine est quand même relative. Ce n'est pas parce qu'on place quelqu'un dans une situation qu'il va forcément réagir de la manière attendue ou espérée. Niveau timidité je n'ai pas eu de barrière à monter sur scène pour les spectacle de danse et je n'ai pas non plus une mauvaise estime de moi. Ayant passé beaucoup de temps avec moi même pour seule interlocutrice je peux même avouer que je m'ai en très bonne estime XD
  9. emma 15 octobre 2016 à 17 h 21 min
    * La demande de l'adulte étant évidemment de me donner un rôle dans le jeu de faire semblant, pas de m'y donner spécifiquement un rôle excluant, je me suis exprimée comme une merde dans cette phrase °-°