Apprivoiser le rôle de beau-parent

Apprivoiser le rôle de beau-parent
Apprivoiser le rôle de beau-parent
Devenir beau-parent n’est pas simple. Comment faire pour que cela se passe le mieux possible?

12 mai 2022 | Au Québec, quatre familles sur dix vivent une séparation. Puisque celle-ci survient de plus en plus alors que les enfants sont jeunes, les ex-conjoints ont plus de chance de se remettre en couple et d’expérimenter le rôle de beau-parent. Comment faire pour que cela se passe le mieux possible?

En couple pendant 15 ans avec la mère de ses deux enfants, Patrice a rencontré son amoureuse deux ans après sa séparation. Ses filles avaient alors 4 et 7 ans, et celles de sa nouvelle conjointe, 5 et 8 ans. « Dire que ce fut facile serait mentir, lance le père de 45 ans. Mais c’est une deuxième union, et je savais davantage ce que je voulais… et ce que je ne voulais pas! »

Il avoue qu’il avait sous-estimé la réalité de famille recomposée, surtout que le petit clan habite ensemble depuis peu. Ils ne sont toutefois pas toujours tous présents à la maison, car les quatre filles sont en garde partagée.

Le plus difficile pour lui est d’arrimer les routines (heures de repas, bain, dodo), qui étaient différentes dans chaque famille, et de partager l’attention entre quatre fillettes enthousiastes, volubiles et aux tempéraments distincts. « Il faut faire attention de donner de la place à chacune, que ce soit à l’heure des discussions aux repas ou lors de petites activités », raconte Patrice.

Quelle place prendre comme beau-parent?

« Avec quatre enfants de cet âge-là, c’est évident que mon rôle de beau-père comprend une partie de discipline et d’encadrement, mentionne Patrice. Ce n’est pas moi la figure principale d’autorité avec les enfants de ma blonde, mais si je veux le moindrement la soutenir, c’est sûr que je m’implique et que je m’engage! »

Pour sa part, Marie-Soleil approche son rôle de belle-mère sur la pointe des pieds : elle qui n’avait pas d’enfant se retrouve la belle-maman de trois enfants de 2, 5 et 8 ans. « Cela fait seulement un an que j’ai rencontré mon amoureux, confie la femme de 35 ans. Pour le moment, je reste un peu à l’écart et j’endosse le rôle d’amie, avec qui c’est agréable de jouer, d’aller au parc et de faire du bricolage. On souhaite prendre notre temps. On veut mettre toutes les chances de notre côté pour que cela se passe bien. »

Voilà une excellente stratégie, croit Solène Bourque, psychoéducatrice et auteure. « Le parent demeure la personne significative pour l’enfant, souligne-t-elle. Tout ce qui touche aux soins, que ce soit le brossage de cheveux ou de dents, le bain, la routine du dodo et même le magasinage de vêtements, est un élément délicat. Il vaut mieux, du moins en début de relation, laisser cela au parent. »

Un beau-parent d’un enfant âgé de 0 à 8 ans aura, forcément, un rôle éducatif. À nouveau, Solène Bourque recommande de mesurer ses interventions, surtout au début. « Il vaut mieux laisser le parent prendre l’initiative et comme beau-parent, venir en appui », indique-t-elle.

Avant d’habiter ensemble

Selon Marie-Christine Saint-Jacques, travailleuse sociale et professeure à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, avant de devenir une famille recomposée qui habite sous un même toit, il est bon de prendre le temps de bien se connaître. « Ce sera un contexte facilitant si le couple est en mesure de bien communiquer, de se parler de comment on veut que ça se passe, quelles sont nos attentes, quels rôles on veut jouer, qui va faire quoi, qui va gérer quoi », dit-elle.

Au Québec, 16 % des familles sont recomposées.

Solène Bourque renchérit : « On peut être deux très bons parents, mais être différents. Il faut se parler de nos attentes et des règles qui sont importantes pour nous. Si cela est possible, on inclut les ex-conjoints dans la conversation pour qu’il y ait une cohérence. »

Pour que l’adaptation entre les enfants et le nouveau beau-parent se passe le mieux possible, les premières rencontres peuvent se faire dans un endroit neutre, comme au parc, suggère Solène Bourque.

L’idée est de créer des moments agréables pour forger des souvenirs positifs, ajoute Marie-Christine Saint-Jacques. « Avant la cohabitation, qui reste un choc pour les enfants, c’est tout indiqué de faire de petites activités ludiques ensemble, des escapades ou des vacances, cite-t-elle en exemple. Cela permet aux liens de se développer et à la relation de s’établir tranquillement. »

Se laisser de l’espace

L’un des pièges qui guettent le nouveau beau-parent : en faire trop. Aussi, être omniprésent, voire envahissant. « Laissez le parent avoir du temps seul avec ses enfants, conseille Solène Bourque. Une famille recomposée est composée de petites familles et celles-ci doivent continuer à exister sans la tribu complète. »

La psychoéducatrice signale également l’importance de la transition, soit une période tampon où les enfants peuvent souffler un peu avant l’arrivée du beau-parent, qu’il ait ou non des enfants. Et c’est exactement ce que fait Marie-Soleil : « Lorsque les enfants reviennent de chez leur mère, on attend au moins une journée avant que j’arrive, illustre-t-elle. Ça leur laisse du temps seuls avec papa. Ils peuvent raconter leurs dernières journées et passer du temps de qualité avec lui. »

Et si ça se passe mal?

Parfois, il faut plier bagage et retourner chacun chez soi. Mais parfois, aussi, il faut persévérer. « Au début, les gens sont en amour et ils ont tendance à porter des lunettes roses, expose Marie-Christine Saint-Jacques. Ils sont convaincus que leurs enfants sont adorables et que tout va aller comme sur des roulettes… Mais cela va évoluer. Et c’est sûr qu’à un moment donné, ça va mal aller. La question est : que feront-ils devant ces difficultés? Quelle énergie vont-ils déployer pour trouver des solutions, ensemble? »

La travailleuse sociale rappelle qu’être beau-parent, c’est un peu comme être parent : il n’existe aucun mode d’emploi, aucune recette miracle ni format universel. « Il n’y a pas une seule façon d’être une famille recomposée, conclut Marie-Christine Saint-Jacques. Cela se développe et s’apprend, selon le contexte, les affinités, les personnalités des enfants et des parents. Et cela évolue dans le temps! »

Statut conjugal des parents récemment séparés

Plus de la moitié (57 %) des parents séparés depuis moins de 24 mois ne se déclarent pas en couple.
Parmi ceux qui sont en couple :
  • 41 % habitent à temps plein avec leur nouveau partenaire
  • 41 % habitent de façon intermittente avec leur nouveau partenaire
  • 17 % n’habitent jamais ensemble

Source : Enquête longitudinale auprès des parents séparés et recomposés du Québec, dirigée par Marie-Christine Saint-Jacques, professeure à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval.

 

Maude Goyer – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/monkeybusinessimages

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