Collation et lunch: qui décide ce que peut manger votre enfant à l'école?

Collation et lunch: qui décide ce que peut manger votre enfant à l'école?
Quels sont les rôles respectifs de l’école, des parents et des élèves concernant les habitudes alimentaires en milieu scolaire?

21 janvier 2022 | Il est courant de voir des écoles interdire aux parents des aliments pour la collation ou le lunch de leur enfant. Or, même si les écoles doivent favoriser les saines habitudes alimentaires, ce n’est pas leur rôle d’imposer des interdits sur ce qui se trouve dans la boîte à lunch des élèves, selon la Coalition Poids.

Charlène Blanchette, conseillère aux politiques publiques pour la Coalition Poids, l’admet d’entrée de jeu : « le dossier des interdits alimentaires à l’école est un sujet chaud. » Il est souvent commenté sur les réseaux sociaux et l’organisme qui milite pour de saines habitudes de vie se fait régulièrement interpeller à ce sujet. C’est pourquoi de concert avec l’Association québécoise de la garde scolaire, la Coalition Poids a créé un outil pour définir les responsabilités de chacun (personnel, parents et élèves) dans l’alimentation à l’école.

Interdire des aliments à l’école : une pratique courante

Si les interdits alimentaires font réagir, c’est parce qu’ils sont très présents dans les écoles du Québec. Selon un sondage réalisé en novembre dernier par l’Association québécoise de la garde scolaire (AQGS), 81 % des écoles interdisent des aliments dans la boîte à lunch des élèves. Quand un aliment jugé non-santé se trouve dans le lunch d’un élève, dans 71 % des cas, il ne peut pas le manger. Dans 33 % des cas, l’élève peut manger l’aliment interdit et, dans 6 % des cas, il peut le manger, mais il est mis à l’écart pour le faire loin du regard des autres enfants.

En plus d’interdire des aliments, il arrive que le personnel de garde scolaire intervienne auprès des élèves pour leur demander de manger certaines parties de leur lunch plus que d’autres ou de prendre quelques bouchées de plus. Le sondage de l’AQGS révèle d’ailleurs que presque la moitié du personnel éducateur interrogé est d’accord avec le fait de contrôler la quantité d’aliments mangée par les élèves.

Des pratiques aux conséquences néfastes

Pour la Coalition Poids et l’Association québécoise de la garde scolaire, il est important de changer ces pratiques, car les consignes et les interdits alimentaires ont plusieurs conséquences négatives.

  • Pour les parents, les interdits peuvent limiter la variété des aliments qu’ils offrent à leur enfant, même les aliments sains et nutritifs. À titre d’exemple, certaines écoles interdisent les bâtonnets de fromage emballés (ex. : Ficello) parce qu’ils produisent trop de déchets. « Les interdits ajoutent un fardeau aux parents », mentionne Charlène Blanchette. Cela peut aussi générer des tensions entre les parents et le personnel scolaire.
  • Pour l’équipe-école, les directives qui imposent des restrictions ajoutent une tâche non nécessaire. Certains membres du personnel vivent aussi de la pression quand des parents demandent des explications pour savoir pourquoi leur enfant n’a pas bien mangé son lunch.
  • Les restrictions ne favorisent pas de saines habitudes alimentaires chez les élèves, souligne Lucie Laurin, chargée de projet à l’AQGS. « Ces restrictions montrent à l’élève qu’un aliment interdit, c’est très attirant. Il risque de se sentir coupable d’en manger, dit-elle. À long terme, cela peut nuire au développement d’une relation saine avec les aliments. »
  • Les restrictions sur les collations peuvent empêcher de répondre aux besoins nutritionnels de certains enfants qui ont besoin de manger plus à ce moment-là.

À chacun son rôle dans l’alimentation à l’école

L’outil créé par la Coalition poids et l’AQGS s’adresse aux conseils d’établissement. Il leur propose un modèle de résolution pour promouvoir un meilleur partage des responsabilités et un changement dans les pratiques.

Voici en bref le partage des rôles.

  • Les parents sont responsables des collations et des aliments offerts dans la boîte à lunch de leur enfant. Ils connaissent bien les préférences et les besoins particuliers de leur enfant. Ils peuvent aussi avoir développé des astuces pour s’assurer qu’il s’alimente bien.
  • L’élève est responsable de sa consommation. C’est lui qui décide ce qu’il mange et la quantité qu’il mange parmi les aliments proposés dans sa boîte à lunch. Cette approche est nécessaire pour habituer l’enfant à reconnaître ses signaux de faim et de satiété. Cela développe également son autonomie et favorise une relation saine avec la nourriture.
Impliquer votre enfant dans la préparation de sa boîte à lunch est un bon moyen de développer de bonnes habitudes alimentaires et de faire en sorte qu’il mange bien à l’école.
  • L’école est responsable d’offrir un contexte de repas agréable et de faire la promotion de la saine alimentation. Ainsi, l’école peut transmettre de l’information aux parents pour leur donner des idées de lunchs et de collations nutritives, mais ce n’est pas son rôle d’imposer des restrictions, elle doit même éviter de le faire. L’école sert toutefois de modèle en étant responsable d’offrir des aliments nutritifs dans ce qu’elle propose aux élèves, par exemple dans le menu offert par le traiteur et les collations qu’elle offre au service de garde.

Des idées de collations à offrir

Les collations saines permettent à votre enfant de combler ses besoins nutritifs en plus de favoriser sa croissance et de maintenir sa concentration en classe. Pour une collation nutritive, pensez à associer un fruit ou un légume à un aliment protéiné. Voici quelques idées :

  • un fruit frais avec du yogourt;
  • des crudités (carottes, céleris, pois mange-tout) avec du houmous ou une trempette de tofu;
  • un œuf cuit dur avec du céleri;
  • des edamames avec des tranches de concombre;
  • des raisins, une poire ou une pomme avec du fromage;
  • une compote de pommes non sucrée avec des pois chiches grillés;
  • un fruit frais avec du lait ou une boisson de soya.

 

Pour en savoir plus :

 

Julie Leduc – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photos : GettyImages/Sol Stock et gpointstudio

À lire aussi