COVID-19 - Hésitation à la vaccination: comment prendre une décision pour son enfant?

COVID-19 - Hésitation à la vaccination: comment prendre une décision pour son enfant?
Vaccination des enfants de 5 à 11 ans : certains parents sont hésitants. Des conseils pour y voir plus clair.

12 novembre 2021 | La vaccination contre la COVID-19 pour les enfants de 5 à 11 ans est commencée aux États-Unis. Le feu vert devrait aussi être donné sous peu au Canada. Plusieurs parents qui sont hésitants concernant la vaccination devront donc prendre une décision difficile dans les prochaines semaines.

« Beaucoup de parents n’ont pas eu trop de réticences à se faire vacciner eux-mêmes, mais appréhendent de prendre cette décision pour leur enfant », confirme Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’UQAM.

Plusieurs facteurs peuvent augmenter l’hésitation des parents. Par exemple, la surabondance d’information sème parfois la confusion. « Les parents voient beaucoup d’informations contradictoires et c’est vraiment difficile de s’y retrouver », remarque le Dr Arnaud Gagneur, médecin et chercheur à l’Université de Sherbrooke.

De plus, selon Geneviève Beaulieu-Pelletier, les nombreux revirements concernant les consignes sanitaires peuvent aussi avoir déstabilisé les parents. « Ces revirements sèment un doute dans leur esprit et quand on sème un doute, on est moins rassuré pour prendre une décision », explique-t-elle.

Certains parents peuvent aussi craindre de se sentir coupables si jamais des effets secondaires graves devaient survenir. « La culpabilité est très difficile à porter comme parent », note la psychologue. Par ailleurs, si l’entourage des parents remet en question le bien-fondé de leur décision, cela peut également les influencer dans un sens ou dans l’autre.

Réfléchir à ses craintes et à ses réticences

Que peuvent donc faire les parents qui ont de la difficulté à prendre une décision? Geneviève Pelletier-Beaulieu suggère aux parents hésitants de commencer par faire l’inventaire de leurs connaissances en se posant les questions suivantes.

  • Qu’est-ce que je comprends de la transmission de la COVID-19?
  • Qu’est-ce que je connais des risques de la maladie?
  • Quelles ont été les conséquences sociales de la COVID-19 pour mon enfant ? A-t-il vécu de l’isolement ou des fermetures de classe ou d’école?
  • Qu’est-ce que je comprends du fonctionnement des vaccins?
  • Est-ce que je connais les bénéfices et les risques des vaccins?

Cette étape est très importante, selon le Dr Arnaud Gagneur. En effet, plutôt que de simplement aller chercher de nouvelles informations, il faut plutôt partir des connaissances que l’on possède déjà pour ensuite en construire de nouvelles qui auront plus de sens pour nous.

Geneviève Pelletier-Beaulieu recommande aussi aux parents de réfléchir à l’aspect émotionnel de la question. « Qu’est-ce qui m’inquiète par rapport à la vaccination? La réponse sera différente pour chacun », souligne-t-elle.

Le Dr Gagneur abonde dans le même sens. « C’est vraiment important de passer par cette première étape qui est d’exprimer ses craintes et ses réticences, ajoute-t-il. C’est ce qui va permettre de cibler les informations qui sont pertinentes pour le parent. »

Enfin, selon Geneviève Pelletier-Beaulieu, il faut aussi considérer nos préoccupations par rapport au regard des autres. « Si je prends une décision parce que je sens une pression sociale ou pour éviter la culpabilité, cela pourrait nuire à mon bien-être psychologique, explique-t-elle. Au contraire, si je prends le temps de réfléchir avant de choisir, je ferai un choix cohérent avec ce que je ressens et j’ai beaucoup plus de chances de me sentir à l’aise avec ma décision. »

La psychologue suggère aussi aux parents de parler de la vaccination avec leur enfant. Ainsi, ils pourront voir si lui aussi a des craintes et chercher de l’information valide avec lui.

Où trouver de l’information fiable?

Beaucoup d’informations contradictoires circulent au sujet de la vaccination et il n’est pas toujours facile de déterminer quelles sources sont fiables. « De nombreux sites donnent l’apparence de sites scientifiques, mais n’en sont pas alors ce n’est pas évident de s’y retrouver », confirme le Dr Gagneur.

Le médecin suggère donc de se méfier des réseaux sociaux. « On y trouve vraiment de tout, souligne-t-il. La moitié du temps, les informations qui y sont véhiculées le sont par des gens non professionnels. De plus, les fausses informations circulent beaucoup plus vites que les vraies. »

Il recommande aussi d’opter pour des sources officielles comme l’Institut national de santé publique du Québec. « Ce sont des experts en santé publique, en immunologie et en maladies infectieuses. Ce sont des chercheurs qui publient leurs propres résultats et qui émettent des recommandations que le ministère peut suivre ou non. Ils sont indépendants dans leurs recommandations, ce qui est rassurant selon moi. »

De son côté, Geneviève Beaulieu-Pelletier suggère de ne pas hésiter à aller consulter pour trouver des réponses. « Par exemple, on peut aller voir notre médecin de famille ou demander à un pharmacien de nous expliquer le fonctionnement d’un vaccin. »

Par ailleurs, pour l’aspect émotionnel, il est possible d’en discuter avec nos proches. « Au lieu d’être dans une hésitation qui est paralysante, on peut mettre en mots nos préoccupations et cela permet d’y voir beaucoup plus clair », remarque la psychologue.

Questions à se poser pour savoir si une source est fiable

  • Quels sont la mission et les buts de la source d’information? A-t-elle pour objectif de renseigner la population? Soutient-elle une cause personnelle ou un groupe particulier? Vend-elle des produits ou des documents?
  • L’information est-elle basée sur des données scientifiques sérieuses ou s’agit-il d’opinions ou de témoignages personnels?
  • Quelle est la compétence de la source d’information en matière de santé? Certains auteurs sont uniquement présentés comme des « spécialistes » éminents ou des scientifiques reconnus. S’il n’y a pas d’autres précisions sur la formation de la source, il faut se méfier de l’information.
  • L’article est-il daté et l’information qui s’y retrouve est-elle récente?

Quand les parents ne s’entendent pas

Les discussions sur la vaccination peuvent être difficiles dans certaines familles. La communication et le respect sont alors les approches à privilégier.

« Il faut respecter que l’autre ait une opinion différente puisque nous n’avons pas les mêmes expériences ou les mêmes stratégies de régulation des émotions », souligne Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Le Dr Arnaud Gagneur rappelle pour sa part que les deux parents veulent la même chose. « Ils souhaitent protéger leur enfant, mais leur perception pour arriver à ce but n’est pas la même », explique-t-il.

Selon la psychologue, il faut commencer par avoir une discussion où chacun parle de ses préoccupations concernant la vaccination et ainsi déterminer les zones de conflit. Les parents peuvent ensuite aller chercher de l’information ensemble. « En travaillant ensemble, les parents pourront arriver à un compromis acceptable pour tout le monde », ajoute le Dr Gagneur.

Lorsque les parents sont séparés, ce genre de discussion peut toutefois être difficile. Dans certains cas très conflictuels, des parents peuvent donc se rendre jusqu’en cour. « Il faut alors se rappeler que la décision sera toujours prise dans l’intérêt supérieur de l’enfant, fait remarquer Geneviève Beaulieu-Pelletier. Nous commençons d’ailleurs à avoir des cas où la cour a jugé que l’intérêt supérieur de l’enfant, c’est de se faire vacciner, à moins qu’il y ait des contre-indications majeures. »

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/Irina Velichkina

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