Dons de lait maternel informels: des risques méconnus

Dons de lait maternel informels: des risques méconnus
La Société canadienne de pédiatrie met les familles en garde contre les échanges informels de lait maternel.

5 février 2021 | Tous les experts s’entendent : le lait maternel est l’aliment par excellence pour les bébés. Toutefois, lorsque la production de lait d’une mère n’est pas suffisante, devrait-elle avoir recours à celui d’une autre femme? Dans un document récent, la Société canadienne de pédiatrie s’attarde, entre autres, au don informel de lait maternel qu’elle déconseille.

Dans sa publication, la Société canadienne de pédiatrie (SCP) aborde tous les types de dons de lait, qu’ils proviennent d’une banque ou non. « Il s’agit d’un nouveau document avec des mises à jour importantes à la version précédente, y compris une nouvelle section sur le partage informel de lait », précise Geneviève Brouillette, coordonnatrice des relations avec les médias de l’organisme.

Dons de lait maternel en ligne

Le don ou l’achat de lait maternel a en effet pris de l’ampleur ces dernières années sur Internet grâce aux réseaux sociaux. Selon la SCP, cette pratique est préoccupante. Le document décrit en effet des cas de lait contaminé acheté auprès de donneuses qui n’avaient fait l’objet d’aucun dépistage.

Le lait maternel obtenu dans le cadre d’un don informel entre deux mères n’est pas aussi sécuritaire que celui que l’on retrouve dans une banque de lait. « Le lait non pasteurisé de donneuses est relié à des problèmes de sécurité attestés », mentionne le document. Pour cette raison, la Société canadienne de pédiatrie ne recommande pas son utilisation.

Cette prise de position est la bienvenue selon Louise Godin, infirmière bachelière et consultante en lactation IBCLC. « Je suis tout à fait d’accord avec ce document, explique-t-elle. Cette publication est importante puisque le don informel de lait maternel existe et que la Société canadienne de pédiatrie envoie ainsi un message clair. »

Une étude américaine révèle que 74 % des échantillons obtenus sur Internet contenaient des taux bactériens supérieurs aux normes des banques de lait. De plus, 10 % des échantillons présentaient une concentration d’ADN bovin assez élevée pour supposer qu’un produit de lait de vache y avait été ajouté.

Les dons de lait informels sont en effet présents au Québec. « Plusieurs de nos marraines d’allaitement et de nos modératrices sur notre forum Facebook se sont déjà fait poser des questions à ce sujet, confirme Julie Richard, coordonnatrice de la Fédération Nourri-Source. Certaines de nos bénévoles ont même vu du lait maternel à vendre sur Kijiji. »

Une solution tentante, mais risquée

Avoir recours au don de lait informel peut être tentant pour les mères qui ne produisent pas suffisamment de lait et qui ne répondent pas aux critères pour avoir accès à la Banque publique de lait maternel d’Héma-Québec. « Ces mères préfèrent offrir le lait d’une autre maman plutôt que de donner de la préparation commerciale pour nourrissons à leur bébé, explique Louise Godin. De plus, plusieurs d’entre elles ne connaissent pas toutes les solutions possibles pour augmenter leur production. Le partage informel de lait apparaît alors comme une option rapide et facile. »

Par ailleurs, les dangers de cette pratique ne sont pas nécessairement bien connus. Lors des rencontres prénatales et des ateliers qu’elle offre sur la production insuffisante de lait, Louise Godin aborde le sujet avec les familles. « Dans chacun de ces ateliers, je parle de la Banque publique de lait maternel d’Héma-Québec et des risques du partage informel de lait, raconte l’infirmière. Plusieurs parents en entendent alors parler pour la première fois. »

Banque de lait : un processus strict

Les femmes qui choisissent d’offrir leur lait à une banque doivent, quant à elles, se soumettre à un processus rigoureux de dépistage, explique le document de la SCP. Cela permet de garantir qu’elles ne sont pas porteuses de virus dangereux et qu’elles ne consomment pas de médicaments, de drogues ou d’alcool. Elles doivent aussi suivre des procédures strictes d’hygiène et de manipulation du lait.

Celui-ci est ensuite pasteurisé. « Le processus de pasteurisation du lait humain désactive des contaminants bactériens et viraux comme le cytomégalovirus », souligne le document. Cette procédure élimine également des virus comme ceux responsables des hépatites, du SIDA ou de la COVID-19. Le lait pasteurisé de donneuse peut donc être une solution temporaire et sécuritaire pour les mères qui ne sont pas en mesure de produire une quantité de lait suffisante pour leur bébé.

Prendre le temps de discuter et de conseiller

Alors, que dire à ces parents qui envisagent d’utiliser du lait non pasteurisé de donneuse à leur bébé? « Est-ce qu’on peut en discuter? », répond Louise Godin. Selon elle, en prenant le temps d’expliquer aux familles les avantages et les risques de chaque situation, on leur permet de prendre une décision éclairée.

Chez Nourri-Source, on adopte la même philosophie. « Comme il y a plusieurs risques pour la santé du bébé, Nourri-Source ne recommande pas le don informel de lait maternel, insiste Julie Richard. Toutefois, nous savons que cette pratique existe au Québec. Nous préférons alors donner les recommandations internationales de l’Academy of Breastfeeding Medicine afin que les parents qui choisissent cette option le fasse de la façon la plus sécuritaire possible. » L’organisme a d’ailleurs ajouté des informations à ce sujet dans l’édition à paraître de son livre Le Petit Nourri-Source.

Pour sa part, la SCP suggère aux intervenants qui travaillent avec les familles d’insister sur les précautions suivantes pour limiter les risques liés au don informel de lait maternel. Ces recommandations sont similaires à celles de l’Academy of Breastfeeding Medicine.

  • S’assurer que les donneuses ont obtenu des tests négatifs à l’hépatite B, à l’hépatite C, au VIH, au HTLV et à la syphilis.
  • S’assurer que les donneuses envisagées ne consomment pas de drogues illégales, de cannabis, de tabac, ni d’alcool.
  • Vérifier que les donneuses sont en bonne santé et ne prennent pas régulièrement des médicaments ou des nutriments.
  • Demander aux donneuses d’arrêter de donner leur lait si elles sont malades.
  • Bien connaître les pratiques sécuritaires de manipulation et d’entreposage du lait humain.
  • Envisager d’utiliser la technique de traitement technique (flash heating) qui désactive entre autres le VIH, mais qui peut détruire certains éléments nutritifs du lait maternel. Cette technique consiste à placer le contenant de lait dans une casserole remplie d’eau qu’on chauffe à feu élevé. Aussitôt que l’eau se met à bouillir, on retire le contenant et on le laisse refroidir.

 

Source : Société canadienne de pédiatrie

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/MonthiraYodtiwong

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