COVID-19: comment les familles québécoises vivent-elles la pandémie?

COVID-19: comment les familles québécoises vivent-elles la pandémie?
Les enfants s’adaptent assez bien au contexte de la pandémie, selon une étude québécoise.

4 novembre 2020 | Depuis le confinement en mars jusqu’au retour en classe en septembre, les enfants semblent s’être bien s’adaptés au contexte de la pandémie, mais la situation rend les parents plus anxieux. C’est ce que révèlent les premières analyses d’une étude de l’Université du Québec en Outaouais sur l’expérience de la pandémie sur les familles.

L’étude Réactions vise à décrire l’expérience des enfants de 6 à 17 ans avec la pandémie et à voir ses effets sur les familles, explique une des chercheuses, Christine Gervais, professeure au département des sciences infirmières de l’Université du Québec en Outaouais.

Pour réaliser cette étude, près de 200 enfants ont été interrogés à trois moments différents de la pandémie, soit lors du confinement, lors du déconfinement au début de l’été et après le retour en classe. En parallèle, leurs parents ont rempli un questionnaire en ligne pour mesurer, entre autres, leur état de bien-être à chacune des étapes. Voici les premiers résultats de l’enquête avec ce qu’avaient à dire les enfants et leurs parents.



Les hauts et les bas du confinement

Entrevues effectuées de la fin avril à la mi-mai

  • Les enfants trouvent difficile de perdre de contact avec leurs amis pendant le confinement. « Les jeunes de 10-11 ans disent utiliser les réseaux sociaux pour garder le contact, mais plusieurs enfants de 7-8 ans n’ont pas les coordonnées de leurs amis, dit Christine Gervais. Ils ont perdu le contact et ils s’ennuient. »
  • Les enfants comprennent que la COVID-19 n’est pas nécessairement dangereuse pour eux, mais que les risques sont plus élevés pour leurs grands-parents. « Les enfants confient avoir cessé de voir leurs grands-parents. Ils ne voudraient pas leur transmettre la maladie, mais ils s’ennuient d’eux », rapporte la chercheuse.
L’étude Réactions représente l’expérience de familles favorisées. Le recrutement des participants s’est fait essentiellement par les réseaux sociaux. La majorité des parents questionnés vivent en couple, ils ont fait des études universitaires et 65,5% rapportent un revenu familial de 80 000$ et plus.
  • Plusieurs enfants sont heureux de faire des choses spéciales avec leurs parents pendant le confinement. « Beaucoup jouent plus avec leurs parents et découvrent de nouvelles activités comme le tricot, la cuisine et le jardinage, dit Christine Gervais. Le fait de ne pas être contraints à un horaire leur fait aussi du bien. »
  • Le confinement a un effet plus négatif sur les parents. Ainsi, 74 % des parents ont un niveau de bien-être inférieur à ce qu’on observe habituellement dans les études populationnelles, 65 % rapportent un niveau d’anxiété plus élevé que les moyennes habituelles et 39 % présentent des symptômes associés à une dépression légère. L’état des parents n’a toutefois pas d’effet négatif sur le fonctionnement de la famille. « Les enfants ne sont pas conscients de ce qui affecte leurs parents, constate la chercheuse. Les parents font un bon travail pour protéger leurs enfants de leurs inquiétudes. »
  • Les parents trouvent quand même du positif dans le confinement : 70 % d’entre eux affirment que la pandémie les a rapprochés de leurs enfants. Ils disent aussi prendre plus de temps pour eux-mêmes.

Les bienfaits du déconfinement estival

Entrevues effectuées de la fin juin au début juillet

  • Les enfants accueillent positivement l’arrivée de l’été et le déconfinement progressif. « Ils sont contents de recommencer à jouer dehors avec leurs amis, mentionne Christine Gervais. Ils apprécient entre autres aller au parc, faire du vélo et se baigner. » Ils se sentent moins isolés et plus libres. La reprise de certaines activités physiques leur fait aussi du bien. Certains notent toutefois que leurs parents sont moins disponibles pour jouer avec eux.
  • Les enfants ont bien intégré les mesures sanitaires (ex. : port du masque, lavage des mains, distanciation), mais ils sont nombreux à trouver difficile de ne pas pouvoir faire de câlins, particulièrement à leurs grands-parents, plus vulnérables face à la COVID-19.
  • Les parents se sentent mieux qu’au printemps, mais certains demeurent anxieux. Par exemple, 63 % d’entre eux ont un niveau de bien-être inférieur à la moyenne, 48 % des parents rapportent un niveau d’anxiété plus élevé que les moyennes habituelles et 30 % présentent des symptômes associés à une dépression légère.
  • Les élèves du primaire qui sont retournés à l’école en mai disent qu’ils ont eu du mal avec les mesures sanitaires strictes. « Ils ont aimé être en petits groupes avec leur professeur et recevoir plus d’attention, indique Christine Gervais. Mais ils ont trouvé difficile de suivre toutes les mesures pendant les déplacements, les récréations et les dîners. »
  • Les enfants qui ont fait l’école à distance n’en parlent pas d’une manière très positive. Certains disent qu’ils apprenaient moins qu’en classe. D’autres soulignent que leurs parents n’étaient pas disponibles pour les aider. Certains enfants n’étaient pas capables de se brancher seuls, d’utiliser les plateformes ou de trouver leurs travaux. « Plusieurs disent que ce qu’ils aiment à l’école, c’est de voir leurs amis et que là, ils se retrouvaient quand même seuls chez eux », rapporte la chercheuse.
 Les recommandations des enfants au premier ministre

Les enfants étaient heureux que des chercheuses s’intéressent à leur expérience et leur demandent leur avis. Ils en ont profité pour faire des recommandations au gouvernement de François Legault.

  • S’il faut un jour se reconfiner, les enfants aimeraient que le gouvernement autorise les contacts avec une autre famille-bulle. Cela leur permettrait d’être moins isolés avec au moins un ami dans leur bulle pour jouer.
  • En prévision de l’école à distance, les enfants suggèrent aux enseignants d’utiliser tous la même plateforme et de faire des pratiques en classe pour les cours en ligne.
  • Les enfants proposent aux écoles de tenir compte des amitiés dans la formation des bulles classes.

Joie et fatigue à la rentrée scolaire

Entrevues commencées à la fin septembre et toujours en cours

  • Les enfants sont contents de retourner à l’école à l’automne. « Plusieurs parmi ceux qui n’étaient pas retournés en classe depuis 6 mois réalisent qu’ils aiment l’école, note Christine Gervais. Ils se comptent chanceux de pouvoir y aller et réalisent que l’école en présence n’est pas garantie, alors ils l’apprécient davantage. » Les consignes sont moins contraignantes et les enfants aiment jouer sans distance avec les amis de leur bulle-classe. « Par contre, ceux qui n’avaient pas d’amis dans leur classe ont trouvé la rentrée plus difficile », ajoute-t-elle.
  • Les enfants s’ennuient encore de la proximité physique. « Ils ne s’habituent pas au fait de ne pas pouvoir faire de câlins à certaines personnes, note la chercheuse. Ils nous en ont parlé dans les trois moments de l’étude. Ils restent notamment prudents avec leurs grands-parents. La majorité leur parle seulement au téléphone et s’ennuie de les voir. »
  • Une certaine fatigue par rapport au respect des consignes se fait sentir, particulièrement chez les enfants de 12 ans et plus. « Les jeunes du secondaire qui doivent porter le masque en tout temps trouvent ça difficile, dit Mme Gervais. Pour eux, c’est dérangeant, c’est chaud et certains disent qu’il est plus difficile de s’exprimer avec un masque. Ils n’aiment pas ça, mais ils comprennent pourquoi ils doivent le faire. »
  • De nombreux enfants ne voient pas la fin de la pandémie et pensent qu’elle est là pour rester. « Pour eux, il y aura toujours des vagues de COVID-19 et il faut s’habituer à vivre comme ça », rapporte la chercheuse.

Premières conclusions des chercheuses

L’équipe de recherche poursuit sa collecte de données jusqu’à la mi-novembre avant d’en faire une analyse complète, mais déjà certains constats s’imposent. « On est impressionné de voir que les jeunes semblent bien naviguer dans le contexte de pandémie, dit Christine Gervais. Ils sont moins affectés que l’on pensait. »

Elle soutient que les enfants vivent une période de leur vie qui est moins intéressante pour leur épanouissement, mais elle ne croit pas qu’il y aura un impact sur leur développement à moyen terme.

Une inquiétude demeure toutefois dans le cas où la pandémie s’étirerait encore longtemps. « Je me demande si on est en train de construire une nouvelle norme en habituant les enfants à rester à deux mètres des autres, à ne pas se toucher et à porter un masque en public, confie la chercheuse. Est-ce que les enfants pourraient garder des séquelles dans leur construction sociale et penser que l’autre peut aussi être un danger pour eux? C’est une crainte que la majorité des enfants n’ont pas en temps normal. » À suivre.

 

Julie Leduc – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photos : GettyImages/lisegagne et skynesher

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