Confinement: les enfants se sont ennuyés des câlins!

Confinement: les enfants se sont ennuyés des câlins!
Une étude démontre que les enfants ont manqué de câlins pendant le confinement du printemps dernier.

29 octobre 2020 | Les câlins, voilà ce qui a le plus manqué aux enfants le printemps dernier alors qu’ils étaient en confinement. Surtout ceux avec leurs amis qu’ils ne voyaient plus. C’est ce qui ressort d’une étude québécoise sur les conséquences de la pandémie sur la vie sociale des enfants.

Miriam Beauchamp, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche de l’Hôpital Sainte-Justine, dirige une équipe qui s’intéresse au développement social des enfants. Au printemps dernier, alors que nos vies sociales étaient chamboulées par la pandémie de COVID-19 et le confinement, elle a décidé de se tourner vers les enfants pour les entendre dire dans leurs mots comment ils vivaient la situation.

« De la mi-mai au début de juin, on a fait des entrevues avec 67 enfants âgés de 5 à 14 ans, explique la chercheuse. La plupart venaient du grand Montréal et n’étaient pas encore retournés à l’école. Notre objectif était de voir comment ils se sentaient après environ trois mois de confinement. »

Manque de contacts physiques entre amis

« Je suis déçu de pas pouvoir faire de câlins à mes amis. Les câlins, c’est trop cool. Quand la COVID sera finie, la première chose que je fais, c’est un câlin à mes amis! »
- Un garçon de 10 ans

La quasi-totalité des enfants interrogés a dit s’ennuyer de la proximité physique avec leurs amis, confirme Miriam Beauchamp. « Beaucoup d’enfants ont dit que les câlins avec leurs amis leur manquaient. Pour eux, ce n’est pas pareil de les voir en virtuel ou à deux mètres de distance. » La chercheuse souligne par exemple que plusieurs ont dit s’ennuyer de jouer à la tague. D’autres ont mentionné qu’ils trouvaient plus amusant de jouer avec leurs amis quand ils pouvaient se toucher.

« Bien sûr, les parents étaient là pour faire des câlins à leurs enfants, note-t-elle. Toutefois, on constate que leur besoin de contacts physiques va au-delà de ça. » Au quotidien, les enfants se collent et se touchent en jouant et ils apprécient cet aspect du jeu.

L’importance des moments en famille

« J’ai aimé passer plus de temps avec mes parents. D’habitude, je vais à l’école et c’est go, go, go, vite, vite tout le temps! »
- Une fille de 9 ans

Un des éléments positifs de l’étude qui est rassurant pour les parents : les enfants interrogés ont apprécié se retrouver en famille pendant le confinement.

« Ce qui leur a fait du bien, c’est de sortir de la routine de l’école et du travail et de passer plus de temps avec leurs parents, indique Miriam Beauchamp. Ce sont surtout les plus jeunes qui ont dit ça, mais des ados l’ont aussi mentionné. »

À ce sujet, la chercheuse précise toutefois que son étude comporte un biais de sélection. Les participants ont été recrutés entre autres sur les réseaux sociaux et représentent majoritairement des enfants provenant de milieux favorisés. « On peut s’imaginer que les enfants de familles défavorisées ont eu une expérience moins positive du confinement », dit Miriam Beauchamp. Elle pense notamment à ceux qui vivent dans une famille où il y a de la violence. « Ils nous diraient sans doute que ce n’était pas positif de passer plus de temps à la maison. »

L’école et ses bienfaits sociaux

« J’ai plus hâte pour voir mes amis que d’aller travailler et faire des devoirs. »
- Un garçon de 10 ans

L’école a aussi manqué aux enfants pendant le confinement. Les deux tiers des participants de l’étude avaient hâte de retourner à l’école lorsqu’ils ont été interrogés. Toutefois, c’est davantage l’aspect social de l’école que les apprentissages scolaires qui leur ont manqué.

« La plupart ont dit avoir hâte d’être entourés de leurs amis et de jouer à la récréation. Il y a une vie sociale à l’école qui est importante pour les enfants. » Ils ont par exemple des amis qu’ils ne voient nulle part ailleurs qu’à l’école dont ils se sont ennuyés.

« On savait que l’école est un lieu propice à l’apprentissage des habiletés sociales », dit Miriam Beauchamp. La belle surprise, c’est que les enfants s’en sont rendu compte par eux-mêmes. « Plusieurs apprentissages sociaux se font notamment dans la cour d’école, comme résoudre un petit conflit, inviter un ami à jouer ou partager. Ces expériences leur manquent quand ils ne sont pas à l’école. »

Les limites du virtuel

« Avec la tablette, tu vois pas les gens en personne, pis tu as envie de faire des câlins à tes amis. Des fois, je les vois flous, ça me cache leur visage et je me sens bizarre. »
- Un garçon de 5 ans

Que ce soit pour rester en contact avec leurs amis ou leurs proches ou encore pour faire des cours à distance, les enfants de l’étude ne sont pas complètement satisfaits de leur expérience avec les plateformes numériques. « Plusieurs ont dit qu’ils ne pouvaient pas faire les mêmes choses ni jouer à trop d’affaires », relate la chercheuse.

Les commentaires des enfants démontrent que la technologie ne remplace pas la présence humaine. « Même les plus jeunes disent qu’ils ne peuvent pas parler de la même façon, signale Mme Beauchamp. Quand on décode ces commentaires, on imagine que les enfants veulent dire qu’ils ne peuvent pas interpréter les émotions et les intentions des autres de la même façon. En virtuel, ils n’ont pas accès à la richesse du langage non verbal. » Elle trouve intéressant de constater que les enfants ont réalisé d’eux-mêmes qu’ils ont besoin du contact direct et physique pour vivre des expériences sociales complètes et satisfaisantes.

Même questionnés sur leur expérience des classes virtuelles, plusieurs enfants déploraient le fait qu’ils ne pouvaient pas parler à leurs amis. « En virtuel, les élèves échangent surtout avec leur professeur, indique la chercheuse. Alors que dans une classe, toutes sortes de petits échanges se passent entre les élèves, à bien ou à tort, même quand l’enseignant parle. Ces petits contacts leur ont manqué. »

Des pistes de réflexion

Pour Miriam Beauchamp, cette étude permet une prise de conscience de certains aspects négatifs du confinement pour les enfants. À son avis, leurs commentaires peuvent servir à améliorer certaines choses.

Elle suggère entre autres aux parents d’être attentifs aux besoins physiques de leurs enfants et de ne pas hésiter à redoubler d’affection. « Les enfants ont besoin de se coller, dit-elle. Et ils ne nous le disent pas autant qu’ils en ont besoin. »

La chercheuse voit d’un bon œil la décision du gouvernement de garder les écoles ouvertes malgré la 2e vague. « Mais avec les classes qui ferment, je pense qu’il y a du travail à faire pour améliorer l’expérience des enfants en ligne. Il y a peut-être moyen de favoriser les contacts, par exemple avec des groupes plus petits où les enfants peuvent parfois se parler entre eux. »

 

Julie Leduc – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/Onfokus

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