COVID-19 et grossesse: comment ça se passe pour les pères?

COVID-19 et grossesse: comment ça se passe pour les pères?
Comment se sentent les futurs pères pendant cette crise de la COVID-19? Voici les constats d’une étude québécoise menée auprès de futurs pères.

11 mai 2020 | La pandémie de COVID-19 a beaucoup modifié le suivi de grossesse et le déroulement des accouchements au Québec. Ces changements ont bien sûr affecté les futures mères. Toutefois, comment les futurs pères traversent-ils cette crise? Une étude de l’Université du Québec à Trois-Rivières nous donne déjà un aperçu de leur vécu.

Roxanne Lemieux est l’une des chercheuses responsables de l’Étude sur l’attente d’un enfant dans le contexte de la COVID-19. Dans le cadre de cette étude, qui est toujours en cours, elle a eu l’occasion d’analyser le témoignage d’une soixantaine de futurs papas. « Bien que certains pères disent que la pandémie a changé peu de choses pour eux, une forte proportion rapporte plutôt vivre des aspects désagréables associés à la pandémie », remarque-t-elle.

Beaucoup de préoccupations

Certains pères ont toutefois relevé certains aspects positifs à la pandémie, notamment la possibilité de passer plus de temps avec leur conjointe et de partager le bonheur de la grossesse ensemble.

Plusieurs pères disent vivre du stress. Par exemple, certains sont préoccupés par la santé du bébé. Les modifications au suivi de grossesse impliquent parfois que moins d’examens sont faits pour s’assurer que tout va bien. « Puisque les pères ne peuvent plus être présents lors des rendez-vous, ils perdent l’espace qu’ils avaient pour poser des questions, explique Roxanne Lemieux. Ils ne peuvent plus entendre les interventions du médecin. »

Un autre sujet qui inquiète les futurs pères est le bien-être de leur conjointe. « Ils parlent beaucoup de la santé physique et psychologique de la mère », précise la chercheuse. Par exemple, certains craignent que leur conjointe attrape le virus, en particulier ceux qui travaillent dans les services essentiels. D’autres semblent préoccuper de ne pas pouvoir soutenir leur conjointe lors des rendez-vous médicaux dans cette période propice à l’anxiété.

Selon Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement pour la valorisation de la paternité, cette préoccupation peut être angoissante pour les futurs pères. « Si le père a l’impression de ne pas pouvoir jouer son rôle, il peut se sentir inadéquat. »

Roxanne Lemieux note d’ailleurs que plusieurs pères s’inquiètent de ne pas être en mesure de bien préparer l’arrivée du bébé, soit en raison de la fermeture des commerces, soit en raison de difficultés financières. « Plusieurs parlent d’un stress financier en lien avec la perte d’emploi, souligne-t-elle. Ils sont préoccupés de ne pas pouvoir prendre soin de l’enfant comme ils l’auraient voulu. »

Le deuil de la grossesse rêvée

Selon le témoignage des pères, la déception est une autre émotion ressentie par plusieurs d’entre eux. « Ils sont déçus, entre autres, de ne pas pouvoir s’impliquer dans la grossesse, particulièrement lors des rendez-vous médicaux », remarque Roxanne Lemieux. Certains pères craignent notamment de ne pas pouvoir être présents lors de l’accouchement. « L’accouchement est un événement fondateur, explique Raymond Villeneuve. C’est souvent à ce moment qu’un homme se sent devenir père. S’il n’a pas accès à ce vécu, il lui en manque un bout. »

Roxanne Lemieux a également noté que certains pères regrettent de ne pas pouvoir partager la grossesse avec les autres membres de leur famille. « Ils doivent renoncer à l’image qu’ils s’étaient construite concernant la façon d’accueillir ce bébé dans leur vie », ajoute-t-elle.

Traverser la crise

L’étude que mènent Roxanne Lemieux et son collègue Nicolas Berthelot est toujours en cours. Les hommes en attente d’un enfant qui souhaiteraient y participer peuvent se rendre sur le site de l’étude : www.uqtr.ca/projetstep/recherchesenligne

Pour aider les pères, Roxanne Lemieux croit qu’il faut favoriser leur implication dans la grossesse. « Certains papas nous ont parlé de médecins qui acceptaient de faire certains aménagements, mentionne-t-elle, en utilisant par exemple la téléconférence lors des rendez-vous. » Les pères ont besoin d’un espace pour être entendus et pour recevoir de l’information fiable, selon elle.

« Si les pères ont l’occasion de jaser avec d’autres pères de leur entourage, que ce soit leur propre père ou des amis, ça peut être une bonne occasion de parler de leurs préoccupations », ajoute Raymond Villeneuve.

En bref, selon Roxanne Lemieux, il faut aider les futurs pères à réaliser qu’ils ont les capacités et les ressources pour élever leur enfant, malgré la pandémie.

Quelques conseils pour les futurs pères
  • Faire des activités qui réduisent le stress, faire du sport et bien manger.
  • Parler à quelqu’un de vos préoccupations.
  • Avoir confiance que les professionnels de la santé font de leur mieux pour prendre soin de votre conjointe, du bébé et de vous.
  • Passer du temps avec votre bébé, même avant sa naissance.
  • Trouver de l’aide pour les choses qui sont difficiles à gérer seul.
  • Prendre des nouvelles de votre famille et de vos amis que ce soit par téléphone, FaceTime, Zoom ou Skype.
  • Se rappeler que ce qui arrive n’est pas votre faute et que vous n’êtes pas seul à trouver les choses difficiles.
Source : Programme SMS4dads

 

Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photo : GettyImages/nd3000

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