COVID-19: comment annoncer la mort d'un proche à un enfant?

COVID-19: comment annoncer la mort d'un proche à un enfant?
COVID-19 : comment annoncer la mort d’un proche à un tout-petit dans le contexte de la pandémie?

16 avril 2020 | Comme la COVID-19 cause beaucoup de décès chez les personnes âgées, il est possible que des enfants perdent un proche comme un grand-parent ou un arrière-grand-parent durant la pandémie. Il y a aussi les proches qui étaient déjà malades et qui décèdent durant le confinement. Comment aborder le sujet avec les enfants? Deux spécialistes du deuil offrent leurs conseils aux parents.

Même si le sujet n’est pas facile, il ne faut pas attendre qu’un décès survienne dans son entourage pour en parler avec son enfant, soutient Josée Jacques, psychologue spécialisée dans le deuil. Si des parents s’inquiètent pour un proche atteint de la COVID-19 ou d’un autre problème de santé comme un cancer avancé, ils doivent en parler à leur enfant.

« Plus le parent est ouvert, plus l’enfant se sent respecté », indique pour sa part Josée Masson, travailleuse sociale et directrice de Deuil-Jeunesse. On peut lui dire, par exemple, que grand-maman a attrapé la COVID-19, que du personnel médical prend soin d’elle et qu’on va le tenir au courant de son état de santé.

« On n’annonce pas de mort, quand il n’y en a pas, poursuit la travailleuse sociale. Mais on peut annoncer la gravité. Dire par exemple que grand-maman a 80 ans, que sa santé est fragile et qu’elle a plus de risque que la maladie devienne grave. » On précise qu’il est aussi possible qu’elle s’en sorte bien. Cette ouverture est rassurante pour un enfant. Il peut ainsi mieux comprendre pourquoi son parent est inquiet. De plus, en lui disant ce qui se passe, le parent garde un lien de confiance avec son enfant et le prépare à ce qui peut arriver.

Trouver les bons mots pour annoncer un décès

Les deux spécialistes conseillent aux parents d’aller droit au but et d’utiliser des mots faciles. On peut dire par exemple : « J’ai une triste nouvelle à t’annoncer. Tu te souviens, je t’avais dit que grand-maman avait la COVID-19. Hier, je t’ai dit qu’elle n’allait pas très bien. Aujourd’hui, elle est morte. »

Évidemment, cette annonce suscite de vives émotions tant chez le parent que chez l’enfant. On ne les cache pas. « C’est le moment de prendre son enfant dans ses bras, de lui donner beaucoup d’affection, dit Josée Masson. C’est correct d’être bouleversé et de pleurer avec lui. Cela lui montre que c’est grave, que c’est triste et que c’est difficile même pour les adultes. »

Ensuite, le parent devrait vérifier ce que l’enfant a compris et répondre à ses questions. Cela permet d’ajuster les informations à son âge. « C’est important de donner des informations concrètes qui reflètent la réalité », indique Josée Jacques. Par exemple, on peut dire : grand-maman a arrêté de respirer, son cœur ne bat plus, elle ne voit plus, elle n’entend plus, il n’y a plus de vie dans son corps. Le but est d’aider l’enfant à comprendre que la mort c’est l’arrêt du fonctionnement du corps pour qu’il n’attende pas le retour du défunt.

Les parents doivent éviter d’adoucir la réalité avec des images comme grand-maman s’est « endormie ». « L’enfant pourrait ne plus vouloir aller au lit, de peur de mourir », explique Josée Jacques. Même chose si on lui dit que sa grand-mère « est partie » pour un long voyage. Il pourrait alors attendre son retour ou être anxieux quand quelqu’un part en voyage.

 

Une annonce en famille
Les parents devraient annoncer rapidement la mort d’un proche à tous leurs enfants en même temps. Cela évite qu’ils l’apprennent par quelqu’un d’autre. Même un tout-petit de 1 an ou 2 ans doit être mis au courant. Il ne comprendra pas tous les mots, mais il peut sentir qu’il se passe quelque chose de sérieux. Plus tard, s’il demande où il était quand sa grand-mère est morte, ses parents pourront lui dire comment ils lui ont appris.

Comment rassurer l’enfant?

Avoir un proche qui meurt de la COVID-19 peut être inquiétant pour un enfant. Josée Jacques suggère de le rassurer en misant sur la vérité. « On ne peut pas lui dire qu’il ne peut pas mourir ou qu’on ne mourra jamais. Mais on lui précise que présentement ce sont presque toujours les personnes âgées qui en meurent », dit la psychologue. « On lui rappelle aussi tous les bons gestes qu’il fait pour se protéger de la maladie : laver ses mains et ne pas jouer avec ses amis, ajoute Josée Masson. Et on peut dire qu’on a un bon système de santé pour nous soigner si on l’attrape. »

En plus de la peur, la mort d’un proche peut susciter des réactions comme la confusion, la peine, la colère, la culpabilité et parfois même l’indifférence. Tout est possible, chacun vit son deuil à sa façon. « Peu importe la réaction de l’enfant, on l’accueille et on le réconforte. On lui répète par exemple que c’est normal d’avoir de la peine ou d’être en colère et qu’il n’est pas responsable du décès », dit Josée Jacques. « L’enfant a besoin de la même chose que les adultes dans ces circonstances : de l’amour et de la chaleur humaine, ajoute Josée Masson. On le câline, on passe du temps avec lui, on l’aide à parler de ses émotions, on lui fait plaisir avec un repas qu’il aime. »

L’importance de créer des rites

Le contexte de la pandémie repousse les rites funéraires habituels, mais les familles peuvent se créer des rituels. Les deux spécialistes suggèrent plusieurs gestes pour souligner le départ d’un proche à la maison.

  • Créer un endroit avec la photo de la personne décédée à côté d’une veilleuse. Quand l’enfant passe à côté, il allume la veilleuse.
  • Faire un dessin, un collage ou un album photo de la personne décédée.
  • Planter un arbre ou prendre soin d’une plante à sa mémoire.
  • Créer une boîte à souvenirs avec des photos et des objets que l’enfant peut ouvrir et regarder quand il s’ennuie.
  • Faire une recette de grand-maman ou cuisiner un plat qu’elle aimait pour penser à elle.

Les rites aident à intégrer l’absence d’un proche. Ils permettent aussi à l’enfant de maintenir un lien avec le défunt. « Le but n’est pas qu’il arrête d’avoir de la peine, mais qu’il soit capable de l’exprimer », explique Josée Masson.

Elle reconnaît toutefois que le confinement impose des conditions difficiles pour vivre un deuil. « Les parents doivent trouver des moyens de briser l’isolement en appelant leurs proches et leurs amis pour parler. » C’est important que les parents prennent soin d’eux pour pouvoir soutenir leur enfant. S’ils se sentent dépassés, ils peuvent trouver de l’aide auprès d’organismes comme Deuil-Jeunesse, Info-Social 811, l’Ordre des psychologues du Québec et Tel-Aide.

 

Ressources

 

Julie Leduc - Naître et grandir

Naître et grandir

 

Photos : GettyImages/Nadezhda 1906 et Pekic

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